CHAPITRE V. i8r
si renommés à la fin du quinzième siècle, que se formèrent, sous les yeux et par les bienfaits de Laurent -le -Magnifique, tant d'artistes plus ou moins célèbres, et à leur tète le plus puissant génie qui, chez les modernes, ait illustré les arts du dessin, Michel -Ange. L'un des fils de Laurent, Jean de Médicis, devenu souverain-pontife sous le nom de Léon X, suivit l'exemple de son père et de son aïeul, encouragea tous les talens, sut apprécier et récompenser Raphaël, et n'eut pas une médiocre influence sur la splendeur du seizième siècle. A l'histoire de Laurent de Médicis est mêlée celle de la république de Florence; à l'histoire du pontificat de Léon X, celle de l'Italie entière, celle encore des agitations politiques et religieuses de l'Europe, spécialement des réformes de Zuingle en Suisse, et de Luther en Allemagne. Dans les deux ouvrages, toutefois, ce qu'il y a de plus curieux et de mieux traité, c'est la partie relative au progrès des lettres et des arts en Italie, depuis l'époque de leur véritable renaissance, au siècle du Dante, jusqu'à l'époque de leur plus grand éclat. Mais, si les recherches sont précieuses , l'ordonnance , il faut en convenir , laisse beaucoup à désirer : les faits se succèdent, sans être liés entre eux , et l'ensemble est indigeste ; les détails abondent, surabondent, soit dans les chapitres, soit dans les noies: la plupart sont ins-
i82 LITTERATURE FRANÇAISE.
tructifs; mais on les voudrait plus choisis, et mieux fondus. Il se pourrait que l'auteur n'eût point assez travaillé; car le lecteur travaille lui-même, et trouve d'excellens matériaux, plutôt que d'excellens ouvrages. De belles pierres accumulées dans un grand espace, fussent-elles rangées en ordre, et même taillées avec art , ne font pas encore de beaux édifices.
Dans V Histoire de la guerre de trente ans, Schiller a des formes plus larges, plus de précision , plus de méthode. En Allemagne, où les ouvrages allemands sont appréciés un peu haut, on n'a fait aucune difficulté de comparer cette histoire à celle de Charles-Quint, composée par Robertson. Le parallèle nous semble inadmissible : on ne trouve pas dans Schiller la plénitude, le profond savoir, la marche égale et sûre du chef des historiens anglais. Le sujet qu'a traité Robertson , quelque brillant qu'il soit , n'est pourtant pas supérieur au sujet choisi par l'auteur allemand. Le dernier même nous semblerait préférable : une étendue heureusement circonscrite , soit pour le temps, soit pour les lieux; une seule génération, une seule contrée, mais des puissances, des nations s'armant de toutes parts ; un conquérant réformateur, et avec lui, ou après lui, une foule d'éminens personnages venant concourir ou s opposer à ses projets; des généraux illustres, des