CHAPITRE V
preneur les calomnie, en leur imputant ses ou-
vrages.
Marmontel, en qualité d'historiographe, avait composé une Histoire de la Régence. On l'a publiée depuis sa mort. Dire qu'elle est supérieure à l'ouvrage d'Anquetil, et aux Mémoires du faux Massillon, serait lui rendre une justice incomplète : moins piquante que les Mémoires secrets de Duclos, elle est écrite d'un style plus noble et plus grave. Marmontel ne court point après les anecdotes , comme faisait son prédécesseur : il en est sobre , et les choisit avec circonspection. Ainsi que Duclos, il consulte beaucoup les Mémoires de Saint-Simon ; il en copie même d'assez longs passages : ce que n'avait point fait Duclos. Tous deux professent une égale défiance pour cet écrivain passionné, non moins connu par ses opinions féodales et ses haines ardentes que par son éloquence naturelle et l'extrême inégalité de son style. Tous deux pourtant le suivent pas à pas dans les détails secrets des évéuemens; ce qui est peut-être une inconséquence; car ses opinions et ses haines n'ont pas médiocrement influé sur la manière dont il a vu les objets. Duclos, ne s'attachant qu'à peindre les mœurs, comme il en convient lui-même, avait trop négUgé ce qui concerne les finances. Marmontel v consacre deux longschapitres.DansIe premier, remontant jusqu'à
uyi LITTERATURE FRANÇAISE.
Colbert , il explique fort nettement les opérations de ses successeurs, Pont-Chartrain, Chainillard, Desmarets. Dans le second, sous le Réeent, il examine avec plus de détail encore l'administration du conseil de finance , ensuite celle de Law, et enfin celle de Eepelletier, qui le remplaça. En traitant des affaires politiques , l'auteur répand beaucoup de clarté sur les intrigues du cardinal Albéroni, Pour les affaires intérieures, la partie relative au jansénisme et aux querelles ecclésiastiques est celle où il déploie le plus de talent. Il raconte aussi très-bien quelques événemens particuliers : la description de la peste de Marseille est d'une vérité sombre et terrible. Un défaut de l'ouvrage, à notre avis, c'est qu'à chaque chapitre on est obligé de rétrograder, de parcourir de nouveau des époques déjà parcourues, et de s'enfoncer très-loin dans le règne précédent. Ce n'est pas ainsi qu'est distribué le Siècle de Louis XI Vy chef-d'œuvre dont Marmontel a cm peut-être imiter le plan. Là, les vingt-qnatre premiers chapitres contiennent, selon l'ordre des temps, toute l'histoire politique et militaire du règne. C'est dans les quinze derniers que Voltaire examine successivement les divers objets qui auraient ralenti sa marche; et de l'ensemble il résulte autant d'instruction une d'intérêt. D'ailleurs les réflexions que Voltaire entremêle à ses écrits, sont courtes