‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 90 sur 179 · CHAPITRE V. 20I · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. 20I

et d'y ajouter aisément ce qu'une critique impartiale y peut avec raison désirer encore.

L'Histoire de Frédéric -Guillaume II, roi de Prusse, offrait à M. de Ségur un cadre heureux pour tracer le tableau politique de l'Europe durant les dix années qui suivirent immédiatement la mort du grand Frédéric. Il avait fallu tous les talens d'un prince aussi extraordinaire , pour donner à un royaume tel que la Prusse cette influence prépondérante qui la faisait intervenir successivement, et presque à la fois, dans les révolutions de la Hollande, du Brabant, de la Pologne et de la France. Un précis sur sa vie et , avant ce précis, une courte introduction font connaître , autant que le peuvent des aperçus si rapides, l'état progressif de l'électorat de Brandebourg, et du duché de Prusse, érigé en royaume à la fin du dix-septième siècle. Bientôt M. de Ségur expose à grands traits la situation des États de l'Europe à l'avénement de Frédéric-Guillaume II au trône de Prusse. Il peint avec plus de développemens le caractère du monarque, ses premières opérations, les espérances qu'il donne et qu'il trompe. Viennent ensuite les événemens mémorables qui , tantôt par lui , tantôt malgré lui , ont changé la face de l'Europe. Toujours heureux dans ses transitions , l'auteur sait unir avec beaucoup d'art les différens objets qu'il embrasse. Ce qu'il dit sur les

révolutions du Brabant et de la Pologne est curieux à lire et bien présenté. Ce qui concerne la révolution française forme la plus grande partie du livre. Il faut l'avouer, en cette partie, les faits que raconte iNI. de Ségur, la manière dont il les expose , les sentimens qu'il manifeste , les jugeraens qu'il lui plaît de porter, seraient susceptibles de très-longues discussions ; mais elles seraient ici hors de place ; et , la matière étant aussi délicate qu'importante , nous croyons à cet égard devoir nous interdire l'éloge et le blâme, afin de ne partager ni sur les choses ni sur les personnes la responsabilité de l'historien. Rendre justice à ses talens comme écrivain , nous suffira pour le moment; et c'est un devoir que nous aimons à remplir. La sagesse et la clarté font le principal mérite de son style, auquel on ne saurait reprocher ni l'excès de chaleur ni les ornemens ambitieux. Content de raconter nettement, l'auteur ne cherche point les effets : on sent qu'il veut instruire , et non remuer ses lecteurs. Sous le titre modeste de Mémoire sur la révolution de Hollande, son troisième volume est à lui seul un morceau d'histoire complet; c'est même une production trèsremarquable. Elle est entièrement de Caillard, qui , après avoir rempli avec succès plusieurs missions diplomatiques, est mort, il y a peu d'années, archiviste des relations extérieures. Là se

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