‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 95 sur 179 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

l'éloquence du style, comme aussi pour celle des passions. En seconde ligne, un peu loin de la première , se présentent I^Iarivaux , moins maniéré peut-être dans ses romans que dans ses comédies; mesdames de Tencin, de Graffigny, Riccoboni, qui se firent apercevoir sur les traces de madame La Fayette; Duclos et Crébillon le fils, qui se plurent à peindre des moeurs dont l'existence est restée problématique; enfin ]Marmontel, dont le Bélisaire et les Contes moraux offrent des tableaux heureux , d'utiles préceptes et le mérite d'un bon style. On a remarqué plus récemment les Liaisons dangereuses de Laclos et le Faublas de Louvet. En composant Numa Pompilius, Florian ne fit qu'augmenter le nombre des faibles copies de Télémaque : il fut plus heureux dans ses Nouvelles, et surtout dans les pastorales d'Estelle et de Galatée. Ces compositions aimables, quoiqu'un peu fi^oides, eurent quelque temps la vogue; mais leur éclat pâlit bientôt devant les brillans ouvrages de M. Bernardin de Saint-Pierre. Déjà, par les Etudes de la Xature, cet excellent écrivain s'était acquis une renommée légitime : elle s'est beaucoup augmentée lorsqu'il a publié Paul et Virginie et la Chaumière indienne. Le premier de ces romans est un peu antérieur à l'époque où remontent nos observations ; si nous en parlons ici, c'est uniquement pour rappeler

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le prodigieux succès qu'il obtint, et qu'il a toujours conservé. C'est peu d'avoir protégé sur nos théâtres lyriques deux copies trop peu dignes de leur modèle: il a franchi les bornes de la France; et partout il a réussi; car il a su partout émouvoir. L'intérêt d'une fable charmante a réchauffé la tiédeur des traductions ; mais quel traducteur a pu rendre la couleur et la mélodie d'un pareil style? La Chaumière indienne a paru trois ans après : ce petit livre honore et embellit les temps dont nous écrivons l'histoire littéraire ; il unit des vues philosophiques à tous les genres de mérite qui distinguent Paul et Virginie ; il respire une raison aimable, qui sent avec délicatesse, plaisante avec grâce, sourit même en s'attendrissant, ne prêche pas, mais persuade, et, toujours ferme avec douceur , reste inaccessible aux préjugés. Comme l'auteur peint tout ce dont il parle , Bénarès et les bords du Gange , et le temple de Jagrenat, si respecté des peuples de l'Inde! Comme il fait sentir le respect des Brames pour les Brames , et leur mépris pour le genre humain ! Comme il met bien eu contraste l'orgueil ignorant d'un grand-prêtre , et la modestie éclairée d'un paria ! Comme il est simple avec élégance, soit dans le récit des amours du paria , soit dans le tableau des divers aspects que présente, au milieu de la nuit , l'intérieur à demi silencieux d'une grande

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