‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 99 sur 179 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

bres , de plantes , ne sont pas des descriptions ; des couleurs jetées péle-méle ne forment pas des tableaux. M. de Chateaubriand suit la poétique extraordinaire qu'il a développée dans son Génie du christianisme. Un jour, sans doute, on pourra juger ses compositions et son style d'après les principes de cette poétique nouvelle , qui ne saurait manquer d'être adoptée en France du moment qu'on y sera convenu d'oublier complètement la langue et les ouvrages des classiques.

De toutes les dames françaises qui ont cultivé la littérature , celle qui a produit le plus d'ouvrages, c'est assurément madame deGenlis. Avant la révolution, nous lui devions déjà quinze volumes ; elle en a donné plus de vingt depuis cette époque. Le plupart contiennent des romans , qui sont estimables dans quelques parties, mais défectueux à plusieurs égards. On n'écrit pas toujours bien quand on veut toujours écrire : l'esprit et l'imagination ne sont pas constamment aux ordres de ceux même qui en ont le plus. Ainsi , dans les Vœux téméraires ., les vertus de lady Clarendon , ses chagrins , le déchaînement de ses alliés , les froideurs de son époux long - temps abusé, la justice éclatante qu'il lui rend avant de mourir, le serment qu'elle grave sur le tombeau de cet époux chéri , produisent d'assez grands effets. L'intérêt se soutient encore au milieu des

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calomnies qu'occasionne le séjour de l'héroïne en France; mais il se ralentit par de nouvelles amours, et s'anéantit par un dénoûment aussi triste que péniblement amené. Dans Alphonsine ^ on est touché des malheurs de Diana, plongée au fond d'un souterrain , où elle fait naître , conserve , élève une fille adorée. On excuse d'assez fortes invraisemblances rachetées par une émotion continue ; mais l'émotion cesse quand Diana n'est plus captive : un nouveau roman commence et se traîne longuement, sans exciter même la curiosité du lecteur. Dans les Mères rivales^ la marquise d'Erneville offre sans doute un beau caractère ; mais , sans rappeler des tracasseries provinciales,qui tiennent beaucoup d'espace,et procurent peu d'amusement, que dire de mademoiselle de Rosmond ? Elle n'est point vicieuse , au moins dans l'intention de l'auteur, et pourtant , facile à l'excès pour un homme qu'elle n'a jamais vu , et qu'elle ne saurait épouser , puisqu'il est marié , elle envoie secrètement le fruit de sa faiblesse, à qui? à l'épouse même de son amant! Pour jouir injustement d'une renommée sans tache, elle fait planer, durant dix-huit ans, sur cette épouse vertueuse un soupçon que tout confirme; et, au bout de dix-huit ans, elle en est quitte pour se faire religieuse, après un aveu tardif, qui ne rend point à sa victime une jeunesse noyée de larmes.

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