‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 98 sur 179 · CHAPITRE VI. 2i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. 2i

un homme de la chair blanche : à quoi Sinaghan , qui est très-magnanime^ répondit : Puisque tu as été sincère^ je ne te couperai pas le nez et les oreilles. Or, cet homme de la chair blanche se nommait Lopes : c'est le père d'Atala: c'est aussi le père de Chactas. Tous deux se félicitent d'être frère et sœur : Chactas n'en est que plus ardent; la chrétienne et pieuse Atala, loin d'être effarouchée de ce changement d'état , n'opposait plus qu une faible résistance; mais un orage survient à propos ; et les amans sont rencontrés par le père Aubri et son chien. Ce père Aubri est un missionnaire, qui habite au milieu de quelques sauvages convertis par ses prédications. Il est le chef de la prière; il est aussi V homme des anciens jours; il est de plus le vieux génie de la montagne; il est encore le serviteur du grand esprit; il n'en est pas moins Xhomme du rocher. Il emmène chez lui Chactas et Atala , leur donne à souper, à coucher, et le lendemain leur dit la messe : de quoi Chactas est fort ému , quoiqu'il juge à propos de rester païen. Quelques jours s'écoulent à peine , lorsqu'il survient une catastrophe, assurément très-imprévue. Atala, d'après un ancien vœu de sa mère, se croit condamnée à rester vierge : en conséquence , elle s'empoisonne. Le père Aubri eût tout arrangé , s'il eût été informé à temps, comme il a soin de l'observer

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lui-même. Faute de cette précaution , il ne peut que confesser Atala mourante, qui voit avec joie sa virgifiité dévorer sa vie. Elle regrette pourtant de n'être point à Chactas. Quelquefois j'aurais voulu, lui dit-elle, que la divinité se fût anéantie^ pourvu que , serrée dans tes bras , j'eusse roulé d'ahime en abime avec les débris de Dieu et du monde. Le récit des funérailles vient ensuite; enfin l'auteur se met lui-même en scène dans ce qu'il nomme un épilogue. Il trouve cette histoire parfaitement belle; car le Siminole, qui la lui conta, y mit la fleur du désert et la grâce de la cabane. Il est temps de s'arrêter : nous ne voulons pas déterminer avec une justesse rigoureuse le genre d'imagination dont cet ouvrage offre les symptômes ; mais nous avons peine à concevoir ce qu'il peut y avoir de moral dans un amour charnel et sauvage , auquel la religion vient mêler des sacremens très -graves, dont le mariage ne fait point partie ; quel intérêt peut résulter d'une fable incohérente, où des événemens, qui restent vulgaires en dépit des formes les plus bizarres, ne sont ni amenés , ni motivés , ni liés entre eux , ni suspendus par aucun obstacle. Quant aux détails , on y sent l'affectation marquée d'imiter l'auteur de Paul et Virginie; mais, pour lui ressembler, il faudrait, comme lui, décrire et peindre. Des noms accumulés de fleuves, d'animaux, d'ar-

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