AUX FUNERAILLES DE M. LE BRUN
Le 3 septembre 1807.
'VInstitut national, en exécution de l'arrêté pris dans sa séance du aS frimaire an VII, a assisté aux Funérailles DE M. Le Brun (Écouchard, Ponce-Denis), membre de la classe de la Langue et de la Littérature Françaises. Le convoi arrivé au lieu de la sépulture , M. M.-J. Chénier, membre de la classe, a prononcé le discours suivant :
Messieurs,
L'Institut vient de perdre un poète justement célèbre : Le Brun n'est plus. Divers travaux ont signalé sa longue carrière ; mais , quoiqu'il ait obtenu des succès brillans en des genres qui semblaient opposés, la poésie lyrique , principal objet de ses études, fondera sa réputation ^ Racine le fils, dont il se félicitait d'être l'élève, lui transmit
I. \oyez Vépitrc que Chénier lui a dédiée en 1/83, tome III des Œuvres anciennes , pages 45 et suiv. , et les divers éloges qu'il a eu occasion de lui adresser <lans un grand nombre de ses (cnvrcs. , Xnte de V Editeur.)
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la tradition des beaux vers, et la langue de ce siècle mémorable ou les Français eurent à la fois du génie et du goût. Ce fut Le Brun qui , jeune encore, intéressa la gloire de Voltaire en faveur de la nièce de Corneille. Le poète lyrique ne parut pas indigne d'être l'intermédiaire entre deux grands hommes. Il osa faire parler l'ombre classique du créateur de la scène française; et l'auteur de Mérope entendit la voix de l'auteur du Cid. Imitateur de Pindare, Le Brun chanta l'enthousiasme en vers inspirés. Quand les envieux ennemis de Buffon croyaient ternir sa renommée , Le Brun vengea l'éloquent philosophe par une ode , qui restera dans notre poésie comme monument d'un talent supérieur et d'une amitié courageuse. Ainsi le nom de ce poète habile s'alliait aux noms de ses plus illustres contemporains. Souvent élevé, quelquefois ambitieux dans son style, cherchant la hardiesse , et ne fuyant point l'audace , il célébra tout ce qui donne les hautes pensées : Dieu , la nature, la liberté , le génie et la victoire. Tant d'exploits , qui depuis dix ans commandent l'admiration des peuples, ont ranimé sa vieillesse. Près d'expirer, sa voix, harmonieuse encore, n'est pas restée inférieure à des prodiges, les derniers et les plus grands qu'il ait chantés. La postérité, juge impassible, dira les qualités qui le distinguent, et ne taira point celles qui lui manquent. Pour nous,
à l'aspect de cette tombe où de vains débris s'engloutissent, mais où ne descend point la gloire, en rendant les devoirs funèbres au digne successeur de Malherbe et de Rousseau, nous n'avons à faire entendre aujourd'hui que des regrets pour sa perte et des éloges pour ses talens.