‹ uvres de M. J. Chénier (volume 3)Chapitre 17 sur 50 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Le Lycée de La Harpe est-ii le meilleur ouvrage de littérature qui ait paru durant l'époque déterminée par le décret? A notre avis, aucun ne peut le contre-balancer, soit pour l'importance et l'étendue de l'entreprise, soit pour le mérite de l'exécution. Mais les termes du décret n'en sont pas moins effrayans à l'égard de cet ouvrage même. Il s'agit de réunir au plus haut degré la nouveauté des idées, le talent de la composition , et l'élégance du style. Quant à la nouveauté des idées, il faut en convenir, c'est un mérite que l'on chercherait en vain dans l'ouvrage de La Harpe. Ici toutefois se présente une considération générale : la réunion de la justesse et de l'originalité, si rare en tous les genres d'écrire , l'est particulièrement dans la Critique littéraire. Les Elémens de Littérature de Marmontel, et les Essais de Diderot sur V art dramatique, offrent des idées neuves , quelquefois ingénieuses, mais souvent aussi très -hasardées, ou tont-à-iait inadmissibles; et ces écrits n'ont laissé qu'une réputation équivoque. Rollin, dans son Traité des Études, retrace partout des idées connues ; mais jamais il n'offense un goût sévère : fidèle aux préceptes (1(> ('irérnu et de Quuililien, il

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se contente de les exposer en rhéteur habile; et son ouvrage est resté. Voltaire est peut-être le seul qui, en fait de critique, ait su être neuf sans être faux. Tonte la portée de son esprit se retrouve dans son goût; il étend un art lorsqu'il l'examine; et sa littérature est celle du génie. Si La Harpe est loin de cette hauteur, on doit au moins lui savoir gré de n'avoir corrompu par aucun alliage la pureté des saines doctrines. Il développe, ainsi que Rollin, des principes à l'épreuve et, pour ainsi (lire, classiques. Il n'en forme pas un traité, mais il les distribue avec méthode. Il en fait un grand nombre d'applications; et, quand il ne juge pas ses contemporains, presque toutes sont judicieuses. Le talent de la composition n'est pas étranger à son Cours de Littérature. Sans y faire preuve d'une grande force de conception, il y suit un vaste plan , qu'il n'embrouille pas , et qu'il sait remplir. Pour le style, excepté dans les derniers volumes , qui, à tous égards , ont peu de valeur, il a souvent de l'élégance : non toutefois cette élégance exquise, fruit d'un talent supérieur et d'un grand travail, mais celle qui tient au naturel des tours, à la clarté des expressions, au soin constant de repousser le néologisme et toute espèce d'affectation. L'ouvrage est imposant dans son ensemble; et, s'il a beaucoup de défauts, plusieurs qualités les rachètent. Un jour on fera mieux peul-étre:

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nous le désirons, nous l'espérons ; mais alors même il sera juste de lui payer un tribut d'estime. Enfin l'art d'écrire est si difficile, qu'en laissant les productions du premier ordre à la place éminente qui leur appartient, les rangs qui viennent ensuite, et même à distance respectueuse, sont encore des rangs élevés.

La classe pense que le Lycée de La Harpe est digne du prix de littérature.

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