‹ uvres de M. J. Chénier (volume 3)Chapitre 44 sur 50 · RAPPORT · texte numérisé non relu

RAPPORT

Votre Lieutenant de maire provisoire, voulant engager la Commune à favoriser l'Opéra (ce qui est le conseil d'un grand politique), fait de ce spectacle un pompeux éloge : c'est , selon lui , le premier, le plus important théâtre de la capitale ; et nos chanteurs, nos danseurs, font l'admiration des citoyens. Nous avions cru jusqu'à présent que le théâtre le plus important de la capitale était celui où l'on représente Britannicus , Mahomet, Tartufe, et tous ces nombreux chefs-d'œuvre des plus beaux génies delà nation : de Corneille, de Racine, de Voltaire, de Molière , et de votre Lieutenant de maire Desfaucherets ^ Si la Commune pouvait, ce qui est absolument contraire aux principes, ce qui est tout-à-fait insoutenable; si la Commune pouvait, dis -je, favoriser un spectacle à l'exclusion des autres , dans un pays libre où il faut des mœurs ; est-ce à l'Opéra qu'on devrait penser ? Sont-ce des ariettes et des pas-de-deux qui contribueront à former des citoyens ? Sans doute , il faut créer un théâtre où les Français viennent sans cesse rece-

I. M. Brousse Desfaucherets fut nommé, après le 14 juillet 1789, Lieutenant de maire au bureau des établissemens publics. Il a donné plusieurs comédies au Théàtre-Franrais, entre autres celle intitulée: le Mariage secret, imprimée en 1786, et restée au répertoire.... En 1806, il fut l'un des membres du conseil de censure établi près le ministère de la police. ( Nute de l'Editeur. )

voir des leçons de vertu , de liberté, de patriotisme ; mais c'est au génie seul qu'il appartient de le créer ; et , quand il sera créé , c'est à l'opinion publique seule qu'il appartient de le favoriser.

Il est tems, Messieurs, de me résumer. Mon avis est donc que l'Opéra n'est point la propriété de la Commune ; que les membres de l'Opéra ne doivent être soumis à la Municipalité que comme tous les autres citoyens : seulement en ce qui concerne la police; que la Commune ne doit entrer en aucune manière dans les dépenses de l'Opéra ; qu'elle ne doit ni profiter de son bénéfice , ni le dédommager de sa perte; qu'aucun spectacle ne doit une contribution à l'Opéra; que ce spectacle, comme tous les autres , doit appartenir à des entrepreneurs; qu'il doit être permis à tout citoyen de déclamer, de chanter, de danser, publiquement, pour un prix quelconque, à la charge de payer, comme ci-devant, ie quart des pauvres; à la charge encore d'obtenir le consentement des auteurs vivans pour représenter leurs ouvrages ; et , quant aux ouvrages des auteurs morts , à la charge d'obéir aux décrets que portera l'Assemblée nationale , lorsqu'elle s'occupera des lois sur la presse et de la propriété des diverses productions du génie.

V assemblée générale du district des Cordeliers ,

ouï le rapport de M. J. Chéivier, et la matière ayant été discutée, déclare quelle est d'avis:

Que l'Opéra n'est point la propriété de la Commune; que les membres de l'Opéra ne doivent être soumis à la Municipalité que comme tous les autres citoyens , seulement en ce qui concerne la police; que la Commune ne doit entrer en aucune manière dans les dépenses de l'Opéra ; qu'elle ne doit ni profiter de son bénéfice, ni le dédommager de sa perte ; qu'aucun spectacle ne doit une contribution à l'Opéra; que ce spectacle , comme tous les autres, doit appartenir à des entrepreneurs; qu'il doit être permis à tout citoyen de déclamer, de chanter, de danser publiquement, pour un prix quelconque, à la charge de payer, comme ci-devant, le quart des pauvres; à la charge d'obtenir le consentement des auteurs vivans pour représenter leurs ouvrages ; et, quant aux ouvrages des auteurs morts, à la charge d'obéir aux décrets que portera l'Assemblée nationale lorsqu'elle s'occupera des lois sur la presse et de la propriété des diverses productions du génie;

Pour le tout être imprimé et envoyé aux Mandataires provisoires de la Commune, à M, le maire, et aux cinquante-neuf autres Districts.

DANTON, président.

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