‹ uvres de M. J. Chénier (volume 3)Chapitre 46 sur 50 · ENCORE · texte numérisé non relu

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originalité de style et d'idées. L'auteur est toujours plaisant sans le vouloir. On a dit et redit avec raison que c'est là le meilleur genre de plaisanterie.

Dans sa Lettre à la citoyenne Buonaparte, le galant Panckoucke veut bien lui apprendre comme quoi « son aimable et jeune mari » est un grand général; comme quoi il ressemble à Roger; et, par une transition subite, comme quoi lui, Panckoucke, est auteur d'une traduction du Tasse, d'une traduction de l'Arioste , voire d'une traduction du Ricbardet, « qui s'imprime à Paris, chez Plassan ». Après ce beau préambule , il l'exhorte à faire imprimer à Milan , sans délai , à un trèsgrand nombre d'exemplaires, le plan qu'il lui envoie, persuadé qu'un plan aussi beau comptera dans l'armée d'Itahe au moins quatre-%nngt mille souscripteurs : ce qui, pour un entrepreneur, est toujours une assez bonne affaire. Si le rire est le signe évident de la joie , l'épître du galant Panckoucke a dii causer beaucoup de joie à la citoyenne Buonaparte.

L'autre Lettre a vraisemblablement produit le même effet sur le Directoire exécutif; car elle est aussi fort réjouissante. Une grande pensée a roulé dans la tête du citoyen Panckoucke : il s'agit d'abord de construire un pont de l'Arsenal au Jardin

LE CITOYEN PANCKOUCRE. 467

des Plantes. Jusqu'ici ce n'est qu'une idée utile, mais vulgaire et déjà connue : le génie du citoyen Panckoucke ne tarde pas à la rajeunir. Comme il a fait sa paix avec la république, et par conséquent avec l'armée d'Italie, le voilà , sur son pont de l'Arsenal, dressant des statues à Buonaparte et à tous les généraux de cette armée célèbre. Vous croyez qu'en voilà bien assez pour l'occuper : point du tout. Au moment où vous y pensez le moins , vous le retrouvez à l'autre bout de Paris , sur le pont de la révolution, dressant encore des statues à tous les généraux de l'armée de Sambreet-Meuse, et décernant la gloire à qui il appartiendra. Tout son monde est prêt , tontes ses provisions faites : il a des maçons, des sculpteurs, du marbre pour les statues, du plâtre pour les modèles. Il ne demande au Directoire qu'une chose bien légitime. Pendant qu'il est en train , on va croire qu'il est question d'une statue pour luimême : non vraiment ; c'est un péage de trente ans qu'il faut lui accorder, afin de l'indemniser un peu de tout le mal qu'il vient de se donner.

Certes, la République française a dans le citoyen Panckoucke un allié rempli de zèle. On pourra examiner sans doute s'il convient de confier de pareils travaux à des particuliers; s'il convient de leur accorder un péage ; si , dans Paris

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