‹ uvres de M. J. Chénier (volume 3)Chapitre 47 sur 50 · ENCORE · texte numérisé non relu

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du moins, de pareilles cessions n'aiiraieiU pas de graves inconvéniens; si, de plus, elles n'excèdent pas le pouvoir du Directoire exécutif. Passant ensuite à des considérations plus importantes, on pourra s'enquérir si la distribution des honneurs publics peut jamais regarder, en quoi que ce soit, le citoyen Panckoucke , considéré comme libraire, comme éditeur , comme entrepreneur , comme traducteur, ou même, s'il le veut absolument, comme Puissance alliée de la France. On affirmera que le Directoire exécutif lui-même ne peut décerner les honneurs publics; et que cette attribution solennelle appartient exclusivement au Corps législatif. Enfin, les républicains sévères ajouteront que des honneurs publics de cette nature , décernés à des hommes vivans , ne conviennent pas trop dans une République où, par un article formel, (l'article 368), la constitution interdit « toute marque distinctive qui rappelle des fonctions antérieurement exercées, ou des services rendus. >y Sur tout cela, je ferai observer au citoyen Panckoucke que, s'il a suivi « ouvertement les drapeaux du royalisme » , selon ses ingénieuses expressions , il a fini pourtant par adopter la constitution de l'an III , et par « reconnaître la république française franchement et sincèrement ». Il a fait sa paix avec elle , à l'exem-

pie du roi d'Espagne, du roi de Prusse et du roi de Sardaigne ; mais il avouera du moins que ses auf^ustes confrères ne lui ont pas donné celui de violer la constitution française.

Le citoyen Panckoucke me répondra victorieusement, je le sais, qu'il a négligé de la lire; que, lorsqu'on est membre du jury d'instruction , éditeur de \ Encyclopédie méthodique, propriétaire de la Clef du cabinet des souverains, libraire, entrepreneur, auteur ou collaborateur d'une traduction du Tasse , d'une traduction de TArioste , et, qui plus est, d'une traduction du Richardet, « qui s'imprime à Paris, chezPlassan »; tourmenté, d'ailleurs, « de grandes pensées «, occupé de deux ou trois ponts, d'une vingtaine de statues et d'un péage de trente ans , on n'a pas le temps d'examiner ces petites questions politiques. Elles intéressent, il est vrai, la constitution , les droits du Peuple et ceux du Corps législatif, la liberté publique et peut-être aussi le sens commun; mais U est impossible de songer à tout. Je sens bien encore qu'en sa qualité de traducteur de l'Arioste le citoyen Panckoncke a cru pouvoir lui emprunter son hippogriffe, et voyager un peu dans les nues: quoi qu'il en soit, U faut finir par en descendre; et le public en tombe k la lecture de ces Lettres plus que singulières.

Si l'auteur voulait se donner la peine de lire ce qu'il écrit, peut-être il perdrait quelque chose des grâces et de l'originalité de son style; mais probablement il se-rait plus d'accord avec la raison. C'est une paix qui lui reste à faire; et j'exhorte ouvertement le fidèle allié de la république française à la conclure au plus tôt franchement et sincèrement.

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