JEANNE SEYMOUR, CRAMMER
J E puis donc sans témoins vous parler en ces lieux Que j'avais si long-temps interdits à mes yeux! Au récit imprévu du malheur de la Reine, Madame, un saint devoir à Londres me ramène; Et du pied des autels, au pied du trône admis, J'oserai m'opposer à ses vils ennemis.
La voix des courtisans, voix trompeuse et flmeste, Lui reproche à grands cris l'adultère et l'inceste: Parmi ses détracteurs je ne puis vous compter; Je vois le rang superbe où vous devez monter: Lin trône vous attend; la route en est ouverte:
4 HENRI VIIL
La Reine vit encor, mais le Roi veut sa perte. Je connais son dépit et son nouvel amour, Et je connais aussi les vertus de Seymour. Votre cœur me prévient, et se plaît à m'entendra: Ah! ne repoussez pas un intérêt si tendre; Et, si contre Roulen tout s'unit aujourd'hui, Que sa rivale au moins devienne son appui ! Assez d'autres sans moi, pleins d'un servile zèle. Flatteront désormais votre grandeur nouvelle: Je dois à l'innocence apporter mon secours. Ma bouche connaît peu le langage des cours; Je n'entre point ici pour approuver les crimes, Et des prêtres flatteurs j'abhorre les maximes. Je ne veux point, madame, unir à l'encensoir Les soins du ministère et l'abus du pouvoir : Loin de moi ce désir impie et sacrilège ! Je prétends réclamer le plus saint privilège. Par nous la vérité doit aller jusqu'aux rois: Près de mon souverain j'exercerai mes droits. Puisse un Dieu qui toujours a prêché l'indulgence J^éclairer par ma bouche , et fléchir sa vengeance !
JEANNE SEYMOUR
Pontife respecté , vos désirs sont les miens :
Servons tous deux la Reine, et soyons ses soutiens.
Soumise à son empire, élevée auprès d'elle.
Je ^arde à ses bienfaits un souvenir fidèle.
D'un rang trop périlleux si j'aimais la splendeur,
Voudrais-jc par un crime acheter ma grandeur?