ACTE I, SCENE I
Non ; je hais cet orgueil qui rend l'anie insensible , Et je veux moins d'éclat, mais un cœur plus paisible.
CRAMMER
Gardez ces sentimens, ils sont dignes de vous.
JEANNE SEYMOUR
Puisse la Reine encor désarmer son époux !
CRAMMER
D'un si prompt changement quel est donc le mystère?
JEANNE SEYMOUR
Hélas! vous en voyez la cause involontaire.
Heureuses toutes deux, tranquilles, si toujours
Loin d'elle et loin du Roi j'avais passé mes jours!
11 m'aime... On connaît trop ses orgueilleux caprices;
L'amour en tous les tems causa ses injustices.
De liens importuns soigneux de s'affranchir.
Sous un devoir pénible il ne sait point fléchir.
Des princes d'Aragon la fille infortunée,
Pour un nouvel hymen jadis abandonnée,.
Vit d'un injuste arrêt son hymen outragé;
De cet empire entier le culte fut changé;
Et de l'heureux Volsey la disgrâce éclatante
Marqua, vous le savez, cette époque importante.
C'est le jour de la Reine ; il devait arriver.
Elle éprouve un malheur qu'elle a fait éprouver ;
L'amour la couronna; c'est l'amour qui l'opprim.e.
Captive, elle gémit dans le séjour du crime;
Et son frère, et Norris, long-temps aimé du Roi,
Lui qu'auprès de la Reine attachait son emploi,
Lui qui, par son crédit, ses vertus, son courage. Des Anglais, jeune encore, a mérité l'hommage; Quelques autres sujets qui, dans un rang plus bas, Servaient aussi la Reine et suivaient tous ses pas, Victimes du pouvoir et de la calomnie, Partagent de ses fers l'illustre ignominie. C'est peu qu'en la voyant réduite à l'abandon. Aucun n'ose aujourd'hui demander son pardon; Des amis du pouvoir que devait-elle attendre? Mais , hélas ! sans frémir vous ne pourrez l'entendre, Celui de qui la voix préside au jugement : Son flatteur autrefois, Norfolk en ce moment Brisant le nœud sacré qui l'unit à la Reine, Du monarque inflexible irrite encor la haine; Et, de son propre sang criminel oppresseur. Ose insulter lui-même aux enfans de sa sœur. Lorsque ma voix timide, et toujours impuissante. Rappelle à son époux cette épouse innocente. Il m'écoute avec peine; et, loin d'être touché. Il me jure un amour que je n'ai point cherché. O vous à qui le ciel accorde ses lumières, Boulen n'a plus d'espoir qu'en vos seules prières! Pour elle au cœur du Roi sachez vous adresser; Et, si mon sort enfin peut vous intéresser, Crammer, en la sauvant d'une injuste disgrâce. Sauvez-moi du malheur de régner à sa place.
Ainsi vous dédaignez une orgueilleuse erreur!