‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 100 sur 269 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

Les mêmes, LE GEOLIER.

LE GEOLIER

Bon vieillard...

r E A N calas.

Approchez , et parlez sans rien craindre.

Si je vais à la mort, je ne suis point à plaindre.

(^ LE GEOLIER

Pour avoir votre aveu les ministres des lois Vont vous interroger une dernière fois.

JEAN CALAS

Au tribunal humain faut-il encor paraître!

i48 JEAN CALAS.

LA. SERVANTE

Arrêtez ; que je meure aux genoux de mon maître !

MADAME CALAS

Nous tombons à ses pieds; nous y périrons tous.

JEAN CALA. s.

Ma femme, mes enfans, mes amis, levez- vous. Adieu; n'abusez point de ce moment terrible; Qu'il soit attendrissant , qu'il ne soit point horrible. L'injustice ici-bas commande à notre sort Durant ces courts instans que termine la mort ; jVIais je vais dans un monde oii l'équité préside, Où dans le sein de Dieu l'éternité réside. Vous, sur ce globe impie encore abandonnés, Vous, en qui je dois vivre, et qui m'environnez, Epouse, enfans, amis, si le sort vous rassemble, Vous pourrez quelquefois me regretter ensemble, Et, quand des pleurs amers couleront de vos yeux. Vous sécherez vos pleurs en regardant les cieux. Oui, je vous recommande au Dieu de nos ancêtres, Au Dieu qu'ont immolé des juges et des prêtres. Ne craignez point pour vous un fâcheux souvenir: La raison d'auJQurd'hui, semant pour l'avenir. Versant de tous cotés sa lumière féconde, Vaincra les préjugés, ces vieux tyrans du monde; Et le fils vertueux d'un père criminel Ne recueillera plus l'opprobre paternel.

Quant à moi, cliez les morts je suis prêt à descendre; Mais le temps à la hoiilc arrachera ma cendre:

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