II
i62 JEAN GALAS.
LE RELIGIEUX
J'ai VU périr votre victime.
CLÉRAC
Jusqu'au dernier moment il a nié son crime!
LE RELIGIEUX
Avec tant de vertu puissé-je un jour mourir !
LA SALLE, à Clérac.
Ses tourmens sont finis ; commencez à souffrir.
LE RELIGIEUX
Il sortait de ces lieux suivi d'un peuple immense;
Tout gardait à l'entour un lugubre silence;
D'un pas ferme et tranquille il marchait près de moi,
Sans orgueil , sans colère , ainsi que sans effroi.
Ce vieillard, achevant sa dernière journée,
Présentait aux regards de la foule étonnée ,
Au lieu d'un front courbé sous le poids du remord ,
Le front d'un innocent que l'on mène à la mort.
Il reconnaît de loin les apprêts d'un supplice
Que le crime peut même accuser d'injustice;
Il se trouble , il s'arrête , il détourne les yeux ;
Puis, levant tout-à-coup ses regards vers les cieux,
Tous ses traits ont brillé de ce grand caractère
JVun mortel détrompé des erreurs de la terre,
Et qui , par les humains déclaré criminel ,
Va se justifier aux pieds de l'Eternel.
.le ne vous peindrai point sa mort lente et terrible.
De l'art des meurtriers raffinement horrible.
Industrieux tourment par la rage inventé.