ACTE V, SCÈNE VI. i
L'opprobre de nos lois et de l'humanité; Mais ses derniers discours, ses dernières pensées Jamais de mon esprit ne seront effacées. Poussé d'un mouvement peut-être un peu cruel , J'ose lui demander s'il n'est point criminel; J'offre à ses yeux mourans un Dieu plein de clémence, Pour qui le repentir est encor l'innocence : Sa réponse a frappé jusqu'au fond de mon cœur : Vous aussi ! m'a-t-il dit d'un ton plein de douceur. J'entends encor sa voix pénible et déchirante, Et ces mots qui tombaient de sa bouche mourante. A ce seul souvenir vous me voyez pleurer. Hélas! j'ai vu bientôt le vieillard expirer. Pour sa femme et ses fils priant la Providence, Plaignant les magistrats et l'humaine prudence. Leur pardonnant encore à ses derniers soupirs : C'est ainsi qu'autrefois périssaient nos martyrs.
CLÉR AC.
Il n'a rien avoué?
LOUIS CALAS
Rien , juge sacrilège !
CLÉR AC, à part.
Ah ! je ne puis cacher le trouble qui m'assiège.
(Haut.)
Songez que mon devoir, la justice, la loi...
MADAME CALAS
Songez que vous parlez devant le ciel et moi. Quand vous avez traîné l'iimocence au supplice,
i64 JEAN CALAS.
Vous osez prononcer le nom de la justice ! Frémissez bien plutôt à ce terrible nom î L'excès de mon malheur m'a rendu la raison. Rangez-vous , mes enfans , auprès de votre mère ; Quittez ces lieux souillés du massacre d'un père ; Et vous, prêtres cruels, magistrats odieux, D'une épouse en foreur entendez les adieux. Un jour viendra, sans doute, où, las de tant de crimes, Le ciel doit satisfaire aux cris de vos victimes : (^n ne vous verra plus, entourés de bourreaux, Dominer sur la France au milieu des tombeaux; Sur vos fronts orgueilleux les foudres vont descendre; Du malheureux Calas ils vengeront la cendre; Son nom sera sacré ; vos noms seront flétris ; Et je mourrai contente en voyant vos débris.
(Madame Calas et ses fils, Lavaisse et la servante s'en vont. )