SCENE PREMIERE
CAÏUS GRACCHUS, LICINIA.
GRACCHUS
V A, ne m'étale plus ces timides alarmes.
LICINIA.
Tu me fuis , cher époux !
GRACCHUS
Je fuis loi» de tes larmes.
LICINIA.
Renonce à tes desseins.
GRACCHUS
Rien ne peut les changer.
LICINI A.
Au danger que tu cours...
Qu'importe le danger?
LICIJVI A.
Ecoute les conseils d'une épouse qui t'aime.
GRACCHUS
J'écoute et la patrie, et le ciel, et moi-même, La voix de l'équité, le cri de la vertu, Le cri d'un peuple entier, sous le joug abattu. Qui languit dans l'opprobre et dans la servitude. Oui, dût-il me payer par son ingratitude, Gracchus le soutiendra jusqu'au dernier moment; Et dès long-temps aux Dieux j'en ai fait le serment.
LICINI A.
Tu me parles toujours de ce serment funeste! Ces Dieux, ces mêmes Dieux que ta fureur atteste, De concert avec moi devraient te désarmer : Tu leur as fait aussi le serment de m'aimer.
GRACCHUS
Cruelle! à ton époux ce reproche s'adresse!
LICINIA.
D'époux! en ai-je encor? j'ai perdu sa tendresse; Et ma voix, mes conseils, qui veulent son bonheur. Ne savent plus trouver le chemin de son cœur.