‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 114 sur 269 · ACTE I, SCENE IL · texte numérisé non relu

ACTE I, SCENE IL

Des murs de Romulus les seconds fondateurs. Sous le vain nom du peuple agissant pour eux-même , N'ont-ils feit qu'usurper l'autorité suprême? Ne sont-ils à tes veux que de nouveaux tyrans, Successeurs de nos rois sous des noms différens? Ah! du peuple romain que l'intérêt t'anime, Mais n'exagère pas un sentiment sublime ; Ecarte ce nuage étendu sur tes yeux , Et ces sombres chagrins d'un cœur ambitieux. Je te vois entouré de gloire et de puissance. Tant d'honneurs obtenus au sortir de l'enfance De ton frère lui-même auraient comblé les vœux : Chacun te porte envie, et tu n'es point heureux!

GRACCHUS

Non, je ne le suis point, lorsque la république

Voit, sans briser le joug, un sénat despotique

Au gré de son caprice anéaiitir nos lois,

Et donner aux Romains des tribuns de son choix.

Par combien de bassesse et de vils artifices

N'a-t-il pas triomphé dans nos derniers comices !

Pour la troisième fois les vœux des citovens

Allaient nommer Caïus au rang de leurs soutiens;

Mais le sénat, lassé d'un tribun populaire,

A séduit l'indigence avide et mercenaire;

Par l'or des sénateurs Drusus est élevé

A ce rang glorieux qui m'était réservé.

Chaque jour, chaque instant accroît leur injustice.

Hier Opimius faisait un sacrifice;

Qulntus, un des licteurs, n'a pas craint d'insulter

A ceux qiii sur mes pas venaient s'y présenter.

Le peuple est implacable au moment qu'on l'offense;

Quintus a de ses jours payé son insolence.

Le consul, aussitôt convoquant le sénat,

Croit qu'un tel châtiment va renverser l'Etat.

On dirait, à l'aspect de sa crainte frivole,

Que Brennus est encore au pied du Capitole;

Et tous les sénateurs, qu'Opimius conduit.

Sont pour ce grand objet rassemblés cette nuit.

Ils ne m'abusent point par ces grossières feintes :

Je crois à leur vengeance, et non pas à leurs craintes.

Ces tyrans de la terre, au sang accoutumés.

Du meurtre d'un licteur ne sont pas alarmés:

Ils le sont de mes lois; leur insolente rage

De mon frère et de moi veut détruire l'ouvrage:

Contre la liberté tout semble conspirer;

Mais, puisqu'il est des Dieux, j'ose encore espérer.

LICINIA.

Ils ont abandonné votre malheureux frère. Malgré tant de vertus, le sort lui fut contraire; Et contre le sénat son imprudent effort...

GRACCHUS

Achève, ne crains rien, rappelle-moi sa mort.

LICIJVI A.

Hélas !

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