‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 115 sur 269 · ACTE I, SCÈNE II. lyS · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE II. lyS

L'osa frapper au sein des dieux de la patrie,

Sous l'œil de Jupiter, en ce lieu révéré

Que la mort d'un grand homme a rendu plus sacré.

J'étais bien jeune alors; au récit d'un tel crime.

Je vais, je cours m'offrir pour seconde victime;

J'adresse aux meurtriers des cris mal entendus;

Les yeux noyés de pleurs et les bras étendus,

Pour la première fois employant la prière.

Je leur demande au moins les restes de mon frère :

Et ce frère et la mort , ils m'ont tout reflisé.

Au mépris des tyrans son cadavre exposé

Fut jeté dans le Tibre; et l'onde épouvantée

Roulait avec respect sa tête ensanglantée.

Près de ce bord fatal, solitaire, et conduit

Par les faibles lueurs de l'astre de la nuit.

Par les traces du sang que je suivais sans cesse,

Par la faveur du ciel, surtout par ma tendresse.

Je vis, je rassemjjlai ses membres dispersés;

Ma bouche s'imprima sur ces membres glacés ;

Et ma main déposa sa cendre auguste et chère

Dans l'urne où l'attendait la cendre de mon père.

Chagrin toujours nouveau pour un cœur maternel ! Jour de sang! premier jour de mon deuil éternel, Où du peuple romaui la douleur hiiportuiie En stériles sanglots m'apprit mon infortune; Oii je vis à mes pieds le secoïid tle mes fils De mon fils égorgé m'apportant les débris !

D'abord mon désespoir eut quelque violence; Bientôt nos pleurs amers s'écoulaient en silence; Tous deux nous embrassions ces restes généreux; vSur nos seins palpitans nous les serrions tous deux : O prodige! il semblait que ces cendres émues Sentaient avec plaisir nos larmes confondues.

Grands Dieux!

Licinia, vous répandez des pleurs!

Ce n'est pas tout eucor. Pour calmer ses douleurs Caïus abandonné n'avait que Cornélie :

A ses destins alors vous n'étiez point unie. Les grands applaudissaient au trépas d'un héros; Et moi, près de Caïus étouffant mes sanglots, (Quel tourment, quel devoir, hélas! pour une mère!) De la mort de mon fils je consolais son frère.

GRACCHUS. '

O ma mère! il est vrai.

CORNÉLIE

Tu t'en souviens, Caïus!

Moi , je me consolais en voyant tes vertus.

LICINIA.

Hélas! de ses vertus quelle est la récompense? Si les Romains charmés vantent son éloquence, S'il est l'appui du peuple, un sénat ombrageux Lui fera payer cher cet honneur dangereux. Caïus doit-il des siens repousser la tendresse?

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