ACTE II, SCÈNE IL igS
Et vous, temple sacré, tribune où tant de fois Des Romains opprimés il défendit les droits, Autel qu'il embrassait de sa main défaillante, Tibre, où j'ai recueilli sa dépouille sanglante, Elevez-vous, tonnez contre ce peuple ingrat, Et qu'il apprenne enfin les bienfaits du sénat!
( Il descend de la tribune. )
LE PEUPLE
Oui, voilà ses bienfaits; ils demandent vengeance.
C'en est trop : d'un consul déployons la puissance. Rangez-vous près de moi, sénateurs, chevaliers. Vous tous, bons citoyens, intrépides guerriers. La main de Scipion, aux exploits aguerrie, A de Tibérius délivré la patrie:
On est tenté de suivre un exemple si beau, Et tous les factieux ne sont pas au tombeau. Quels sont les révoltés qui demandent vengeance Lorsqu'on doit du sénat implorer l'indulgence? Qu'ils sachent qu'à l'instant je puis les accabler; Je n'ai qu'un mot à dire, et leur sang va couler.
LE PEUPLE
Que tardons-nous encore à punir cette audace?
G R A C C H u s , l'arrêtant.
Citoyens...
FULVIUS
Tu l'entends; le consul nous menace.
196 CAIUS GRAGCHUS.
Meurent les sénateurs!
GRAGCHUS.
Citoyens, arrêtez.
LE PEUPLE
Ik sont cruels.
GR ACCHUS.
Sans doute; et vous les imitez.
LE PEUPLE
Vengeons-nous.
GRAGCHUS.
Arrêtez : malheur à l'homicide !
Le sang retombera sur sa tête perfide.
Des lois, et non du sang : ne souillez point vos mains. Romains , vous oseriez égorger des Romains î Ah! du sénat plutôt périssons les victimes; Gardons l'humanité, laissons-lui tous les crimes.