‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 142 sur 269 · L I CI N I A · texte numérisé non relu

L I CI N I A

De quelques vrais Romains que peut le vain courage? L'éclair nous avertit; laissons passer l'orage: Fuyons. Quelques amis jusqu'aux monts Apennins Sont prêts à nous guider par de secrets chemins. Déjà la sombre nuit couvre les sept collines, Et descend par degrés sur les plaines voisines : Viens; nous suivrons tes pas au bout de l'Univers, De cités en cités , dans le fond des déserts : Les lieux où tu vivras seront notre patrie; Une épouse qui t'aime, une mère chérie, Adouciront le poids de tes calamités.

Et nous pourrons du moins mourir à tes côtés!

CxR ACCRUS.

Avec la liberté tu veux que je m'exile !

Quand Rome existe encor, moi cliercher un asile!

Fuir, au sein de la nuit, par des chemins secrets.

Comme un brigand chargé du poids de ses forfaits !

Abandonner ce peuple au sénat qui l'opprime !

Déserter ma patrie! y songer est un crime.

Et que penserait-on de l'indigne soldat

Qui fuirait ses drapeaux au moment du combat?

Non ; l'aspect du péril agrandit le courage :

Combattre les tyrans fut toujours mon partage.

2i4 CAIUS GRACCHUS.

C'est ici qu'à nos droits ils osent insulter : C'est ici qu'est mon poste, et j'y prétends rester; Et, quand sous leurs efforts Rome entière chancelle. Je dois relever Rome, ou tomber avec elle.

FULVIUS

Je t'approuve ; et je cours ramener en ces lieux Le peu de citoyens dignes de nos aïeux. Gracchus est en péril , et le peuple sommeille ! ' Les tyrans sont vainqueurs; que le peuple s'éveille! Je veux que ses débris , par un dernier effort , Portent chez l'oppresseur l'épouvante et la mort. Pleins d'un beau désespoir tentons la destinée. Si ce jour est pour nous la dernière journée. Aux esclaves du moins nous ferons nos adieux. Et c'est la liberté qui fermera nos yeux î

( Il sort. ^

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