ACTE II, SCENE III
Qui, d'un œil de courroux, épiaient les momens
D'enlever ce trésor à mes embrassemens.
Hélas ! on étouffa ma voix plaintive et tendre ;
En accens prolongés l'airain se fit entendre;
On partit: mes tyrans coururent à l'autel,
Le crime au fond du cœur, invoquer l'Eternel.
O de mes longs tourmens époque mémorable!
On célébrait le jour où, dans Sion coupable.
Dieu, rédempteur du monde, et vainqueur du tombeau.
De ses jours immortels ralluma le flambeau.
Qu'avez-vous dit? c'était... comblez mon espérance: Dans ce jour solennel j'ai reçu la naissance.
En quels lieux?
AMÉLIE
Ici même, en ce cloître odieux.
Si j'étais mère encore! achevez, justes cieux! Et votre âge ?
AMÉLIE
Quinze ans.
On vous nomme...
Amélie.
Ma fille!
298 FÉNÉLON
AMÉLIE
C'est de vous que j'ai reçu la vie !
Amélie! Ah! ce nom te fut donné par moi; En t'arrosant de pleurs je l'ai choisi pour toi; Ce nom seul à mon cœur te rend encor plus chère ; C'est le nom , le doux nom qu'avait porté ma mère.
AMÉLIE
Quoi! vous êtes la mienne! ô moment trop heureux!
Le ciel a mis un terme à mes tourmens affreux.
AMÉLIE
Que je baise ces mains , ces chaînes révérées
Que durant si long-temps ma mère a consacrées.
Amélie !
AMÉLIE
Et c'est vous qui , loin de l'Univers , Souffrez, depuis quinze ans, tous les maux des enfers!
Je ne m'en souviens plus. Objet de ma tendresse, Sur mon sein maternel, oh! viens que je te presse! Son père, mon époux, d'Elmance est dans ses yeux. Oui, voilà son regard et ses traits gracieux. Viens, que j'embrasse encore et la fille et le père; O mon bien, mon trésor! viens, c'est moi, c'est ta mère, Qui sort en ce moment des gouffres du trépas. Qui te voit, qui t'entend, qui renaît dans tes bras.