‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 202 sur 269 · ACTE IV, SCENE III. 32i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE III. 32i

S'il daignait aujourd'hui décider entre nous,

De l'arbitre éternel si l'arrêt redoutable

De nous deux à l'instant frappait la plus coupable,

Si les foudres vengeurs tombaient pour l'accabler!...

Vous vous rendez justice, et je vous vois trembler.

Quelle est donc cette audace ? et que viens-je d'entendre? A vous justifier oseriez-vous prétendre?

Ne vous souvient-il plus qu'un amour criminel Vous a fait mériter l'abandon paternel ? Que la soumission, dans votre sort funeste. Peut seule désarmer la vengeance céleste ?

HÉLOÏSE

Et vous, par quels moyens la désarmerez-vous ? Qui pourra vous sauver de l'immortel courroux. Lorsque vous rendrez compte au Dieu de la nature. Des tourmens qu'a soufferts sa faible créature? Mon crime fut d'aimer; le votre est de haïr. Dieu créa les mortels pour s'aimer, pour s'unir: Ces cloîtres, ces cachots ne sont point son ouvrage; Dieu fit la liberté, l'homme a fait l'esclavage. Mais l'esclave ne porte aux pieds de l'Eternel Qu^un hommage stérile, un encens criminel. A ses vœux quelquefois si le ciel est propice. C'est quand sa voix gémit et demande justice; Quand l'infortune en pleurs, maudissant ses bourreaux. N'a que Dieu pour témoin dans l'ombre des tombeaux. Vu cri du désespoir le monde est pou sensible;

322 FÉNÉLON

Mais l'Etre qui peut tout n'est jamais inflexible.

l'abbesse.

Jusqu'à quand, dites-moi, voulez-vous l'outrager? Comment espérez-vous qu'il pense à vous venger? L'Eternel , selon vous , prendra votre querelle ! C'est nous qu'il punira!

N'en doutez point , cruelle.

C'est vous qui répondrez de mes longues douleurs : Il comptera mes cris, mes sanglots et mes pleurs, Les heures, les instans de mes jours déplorables; Et tout retombera sur vos têtes coupables. Si la bonté du ciel , la pitié des humains , Ne m'arrachent bientôt à vos barbares mains. Pour prix de mes malheurs, qu'aucune autre victime Ne vienne, après ma mort, au fond de cet abhne, Déposer les chagrins de son cœur désolé Sur la pierre insensible où mes pleurs ont coulé! Qu'on ne retrouve plus dans le sein des familles Des pères inhumains et bourreaux de leurs filles! Que la religion , que vous déshonorez , Ferme et détruise enfin ces cachots abhorrés : Que la liberté règne au pied du sanctuaire; Que jamais un mortel , ou faible ou téméraire , Ne prête devant Dieu le serment insensé D'être inutile au monde où ce Dieu l'a placé ! ^ous, dont l'impiété depuis quinze ans m'opprime, Que le remords vengeur, premier enfer du crime.

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