SCÈNE IL
FÉNÉLON, D'ELMANCE.
Ami, plus je vous vois, et plus je vous admire.
FÉNÉLON
D'Elmance, finissez.
d'elmance.
Non, j'aime à vous le dire.
Si les prêtres toujours vous avaient ressemblé, Le genre humain par eux eût été consolé. Le nom de Dieu n'eût pas ensanglanté la terre; Et ce théâtre affreux, où triomphe la guerre, Heureux par leurs vertus, soumis à leurs bienfaits, Eût été le séjour d'une éternelle paix. Mais , éclairés en vain par vos touchans exemples , Les ministres de Dieu déshonorent ses temples. De sanglans tribunaux consacrent leurs succès: Des Français à leur voix égorgent des Français ; Sur les rives du Rhône , au pied des Pyrénées , Ils dépeuplent encor nos villes consternées. Et leurs crimes nouveaux épouvantent nos yeux Mouillés des mêmes pleurs qu'ont versés nos aïeux.
De la religion qu'ils osent méconnaître
Cette époque est la honte et la perte peut-être.
334 FÉNÉLON
A force d'attentats ils la feront haïr.
Hélas! tout me rappelle un cruel souvenir. Que n'étiez-vous déjà le chef de cette église, Alors que dans un cloître on plongeait Héloïse! Le cœur de Fénélon , sensible à nos malheurs , Eût entendu ses cris , eût deviné ses pleurs. Elle n'eût point péri seule et désespérée, Loin de l'infortuné qui l'avait adorée : Tous mesjours sontamers,tous mesjours seraientdoux : Je serais père encore, et je serais époux.
FÉNÉLON
Montrez-vous moins injuste envers la Providence: Elle aura soin de vous, comptez sur sa clémence.
Où retrouver jamais le bien que j'ai perdu?
FÉNÉLON
Que diriez-vous , ami , s'il vous était rendu ?
d'eLM ANCE.
Qui me rendra l'objet dont mon ame est éprise? Songez que sur la terre il n'est plus d'Héloïse. Plein de mon seul amour, à charge à l'amitié. Je ne puis , Fénélon , qu'inspirer la pitié : Rien ne ranimera ma languissante vie; C'est une fleur qui tombe avant le temps flétrie.
Vos tourmens, vos chagrins finiront en ce jour.