ACTE III, SCENE III
ANNE DE BOULEN
Quoi ! Je suis innocente , et par eux accusée î
HENRI
La vérité par eux fut long-temps déguisée; Mais le secret fatal , madame , est révélé.
ANNE DE BOULEN
Norris a pu!...
HENRI
Norris n'a pas encor parlé.
Vous justifîrait-il ? osez-vous y prétendre ? Eh bien , dans ce moment je suis prêt à l'entendre.
(A un garde.)
Vous , courez à la Tour , amenez-moi Norris.
ANNE DE BOULEN
Grand Dieu!
HENRI
Vous pâlissez! Rappelez vos esprits. Cet ordre vous surprend !
ANNE DE BOULEN
Rien ne peut me surprendre; Je connais mon époux , et je dois vous comprendre. Un jour, sans doute, un jour, du moins vous rougirez De l'horrible destin que vous me préparez. Malheur à qui peut tout! il peut vouloir un crime. Mais un infortuné que la puissance opprime, A de quoi raffermir son courage a battu : Il est un tribunal qui venge la vertu;
L'univers est soumis à ses lois redoutables. L'innocent condamné par des juges coupables , Sous leur indigne arrêt tombant désespéré, Va soulever contre eux ce tribunal sacré : Il meurt comblé de gloire au sein de l'infamie; Il meurt; et l'échafaud, qui voit trancher sa vie, Le couvrant tout-à-coup d'un éclat immortel. Rend son nom plus auguste, et devient un autel: C'est le sort que j'attends. En vain calomniée, Dans le fond de mon cœur je suis justifiée. Ce cœur est devant vous prêt à se découvrir, Et je puis me louer puisque je vais mourir. Je me rendrai justice : elle m'est refusée. Tavoûrai cependant qu'autrefois abusée, M'occupant de vous seul, et cruelle par vous. Plus que le rang suprême adorant mon époux, Fière de mou bonheur, j'ai vu d'un œil impie Catherine verser des larmes que j'expie; Vous m'en voyez répandre à ce seul souvenir. Je fus coupable. Hélas! deviez- vous m'en punir? Mais depuis ce moment où les nœuds d'hyménée Au destin d'un monarque ont joint ma destinée, N'ai-je pas sur vos jours semé quelque douceur? Digne des noms sacrés et d'épouse et de sœur. Mère... de votre fille, et reine bienfaisante: Sire, ma vie entière à vos yeux est présente; La vertu, le devoir, ont marqué tous mes pas: Vous pouvez maintenant prononcer mon trépas.