‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 246 sur 269 · ACTE II, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE VI

Peut seul rétablir l'ordre , et maintenir la loi.

LE CHCœUR, avec indignation.

Arrête, épargne-nous l'infâme nom de roi.

ORTAGORAS, à Timoléon.

Vois-tu des conjurés la cohorte immobile?

TIMOLÉON

Vous ne m'attendiez pas des bords de la Sicile, Traîtres, qui de si loin combattiez contre nous!

Anticlès, oses-tu...?

DÉMARISTE, à Timophane.

Pourquoi vous troublez-vous?

ORTAGORAS.

Lâches enfans des Grecs, vous regrettez des maîtres! J'ai vécu plus que vous, et j'ai vu vos ancêtres.

Ecoutez le vieillard.

Songez-vous sans effroi Qu'il vous faut désormais , si vous avez un roi , Automates tremblans sous sa main protectrice, Respirer ou mourir au gré de son caprice ? L'égalité vous pèse! avez-vous oublié Que nos peuples pour elle ont tout sacrifié? Les Phocéens, quittant les mers de l'Ionie, Jusqu'aux mers de Marseille ont fui la tyrannie ; Le jeune Harmodius, aux bords athéniens. Sur Hipparque immolé vengea les citoyens : 2 aS

386 TIMOLÉON

Dans les murs de Corinthe , aux monts de TArcadie ,

Un échafaud des rois punit la perfidie,

Et la Grèce , éveillant vingt peuples enchaînés ,

A vomi de son sein ses bourreaux couronnés.

Du monarque persan l'éclatante ruine

Etonne encor les flots qui bordent Salamine.

Voyez de tous côtés s'élever à vos yeux

Les droits du peuple écrits du sang de vos aïeux;

Voyez la liberté descendant sur nos villes :

Des champs de Messénie au pas des Thermopyles,

Il n'est pas un seul point où , gravant ses exploits ,

La Grèce , en traits sanglans , n'ait accusé les rois.

Ainsi, l'égalité devint votre partage;

Et vous renonceriez à ce grand héritage !

Vous prétendez ramper sous un sceptre insolent.

Et relever d'un roi le colosse accablant !

Ah ! si vous êtes las du pouvoir populaire ,

Esclaves , respectez le jour qui vous éclaire ;

Attendez que la nuit ait voilé nos remparts ;

Avant d'éli-re un roi , massacrez vos vieillards.

Votre honte est pour eux un supplice trop rude;

Ils n'ont pas respiré l'air de la servitude :

Que leur dernier soupir n'en soit pas infecté.

Et qu'ils meurent du moins avec la liberté.

LE CHŒUR

Jjiberté ! liberté ! guerre à la tyrannie !

Si du monde usurpé la liberté bannie

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