ANNE DE BOULEN, ELISABETH, JEANNE SEYMOUR
ANNE DE BO U E E N
Daignez encor vous asseoir près de moi. Ce siège informe et vil vous cause un peu d'effroi ; Désormais , je le sais , vous ne devez prétendre Qu'à ce trône pompeux d'où e viens de descendre. Je suis prête à rejoindre et mon frère et Norris : Avant que par im roi mes jours fussent proscrits, M'abreuvant à longs traits d'un poison redoutable, J'ai connu des grandeurs l'ivresse inévitable: Elle enchantait mes sens plongés dans le sommeil.
56 HENRI VllI.
Le songe est achevé; mais quel affreux réveil! Un trône! un échafaud!
JEANKE SEYMOUR.
C'est trop de tyrannie ;
Loin de moi la couronne !
A IV NE DE BOULEN
Il y va de la vie.
Vivez, conservez -vous pour tant de malheureux Qui n'ont plus d'autre espoir qu'en vos soins généreux. Vivez pour cet enfant; soulagez sa misère; Songez qu'Elisabeth a besoin d'une mère. Je la mets en vos bras: devenez son appui; Adoptez-la: mon cœur vous la lègue aujourd'hui. Quand je ne serai plus , quand sa voix gémissante Prononcera le nom d'une mère innocente, Alors à ses regards daignez vous présenter, Daignez du nom de fille un moment la flattei' : Trompez-la, s'il se peut, à force de tendresse, Et mêlez à vos soins quelque douce caresse. Ah! je vous parle en mère: un jour vous le serez; Vos fils en votre cœur lui seront préférés; Mais ne l'oubliez pas, mais qu'elle vous soit chère; Mais ne traitez jamais ma fille en étrangère! Elle ne prétend plus au dangereux honneur D'un rang, vous le voyez, qui n'est pomt le bonheur. Du moins, au nom du ciel qui voit couler nos larmes. Au nom de ces momens pleins d'horreur et de charmes, Du moins que mon époux perde mon souvenir: