‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 59 sur 269 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Qu'obtient le suicide au pied de vos autels ? Pourquoi ces chants cruels, ces accens funéraires, Qui sont des cris de rage, et non pas des prières? Pourquoi de ce cercueil le spectacle effrayant. Et d'Antoine Calas le squelette sanglant? II saisit d'une main la palme du martyre. Et, les doigts étendus, l'autre main semble écrire. . Il devait, nous dit-on, sous les regards de Dieu, D'un culte plein d'erreur signer le désaveu : Fais au moins, Dieu puissant, que sa main sanguinaire Ne signe point la mort de son malheureux père!

CLÉR AC.

Si l'on eût de l'Etat consulté les besoins. Vos yeux de ces objets ne seraient pas témoins. Toujours les protestans ont divisé l'empire : Par de sévères lois il fallait les détruire.

LA SALLE

Ami de la justice, est-ce vous que j'entends?

CLÉR AC.

Est-ce vous qui seriez l'appui des protestans? Voyez ces factieux, hardis dès leur naissance. Par vingt ans de combats affermir leur puissance; Vaincus par Médicis, quelquefois triomphans. Ils ébranlaient le sceptre aux mains de ses enfans. Henri quatre et son fils reçurent en partage De ces dissensions le sanglant héritage : Ami d'un seul pouvoir, le profond Richelieu Défendit la querelle et du trône et de Dieu.

90 JEAN CALAS

II mourut ; mais bientôt ce siècle vit paraître

Un roi qui sut parler, qui sut agir en maître.

Et qui, pour maintenir sa juste autorité.

Employa la constance et la sévérité.

Ce monarque, imposant jusque dans ses faiblesses.

Gouverné par la gloire, et non par ses maîtresses.

Voulant de son royaume augmenter la splendeur.

Sous la religion fît fléchir sa grandeur :

Il connut les rigueurs de sa morale austère;

Un saint zèle dicta cet édit salutaire

Qui livrait l'hérésie au glaive de la loi.

Que n'a-t-on conservé l'esprit de ce grand roi !

Ainsi vous exaltez les crimes de vos princes ! Oubliez -vous le sort de ces tristes provinces? Pontifes , magistrats dressant des échafauds , Nos pères convertis à la voix des bourreaux , Abandonnant leurs biens, errant de ville en ville, Massacrés dans nos murs sous les yeux d'un Baville, Dans la nuit des cachots entassés par Louvois ; Quelques-uns, en troupeaux fuvant au fond des bois. Poursuivis dans les creux de"i vallons solitaires, Au bruit du plomb mortel chassés de leurs repaires. Tels que ces animaux que l'homme en son loisir Egorge de sang-froid par un affreux plaisir! Oubliez-vous enfin notre Septinianie, Jouet du fanatisme et de la tvraiinie.

Déplorant les trésors de ses champs dévastés,

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