‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 7 sur 269 · ACTE 1, SCENE III. ii · texte numérisé non relu

ACTE 1, SCENE III. ii

Mais , Sire , un mot de vous pourrait la consoler.

HENRI

Soutiendrez- VOUS toujours une épouse infidèle? Je vous vois, je vous aime, et vous me parlez d'elle! J'ai cherché le bonheur par cent chemins divers : Des camps et de la paix ignorant les revers , Étendant chaque jour les droits du diadème , Prince, législateur, et pontife suprême.

Fameux par le savoir, puissant par les écrits. J'ai d'un peuple féroce enchaîné les esprits ; Du rêve des grandeurs ma jeunesse bercée Au vain nom de la gloire attachait ma pensée; Crédule, j'ai goûté tous les plaisirs d'un roi. Sans trouver ce bonheur qui fuvait devant moi. Il est auprès de vous dans l'air que je respire: Sujette encor de nom, vous possédez l'empire; Le diadème est prêt; et les autels parés Bientôt des feux d'hvmen se verront éclairés.

JEAlN'iNE SEY3IOUR.

Ah! que me parlez-vous dhpnen, de diadème? Pardonnez; mais enfin ce rang, ce trône même. Tout vient me rappeler un cuisant souvenir. L'éclat dont votre bouche embellit l'avenir Laisse une nuit profonde en mon ame effrayée. Catherine à vos jours était encor liée, Quand, fière d'un encens qu'elle obtenait de vous, Boulen vous vit porter le nom de son époux; Boulen (jui, maintenant captive et solitaire.

Gémit d'avoir régné sur vous, sur l'Angleterre. Deux reines sous mes yeux ont rempli tour à tour Le trône où vous voulez me placer en ce jour. Sous mes yeux cependant tour à tour opprimées, Vous m'aimez aujourd'hui , vous les avez aimées.

HENRI

Ainsi vous avez cru de frivoles discours!

Catherine, unissant ses destins à mes jours,

Ne trouva qu'un époux qui l'évitait sans cesse.

Et jamais d'un soupir n'accueillit sa tendresse :

Je fus dans tous les temps contraint de l'estimer;

Faible prix des vertus que l'on voudrait aimer!

Jeune encor, sans pouvoir, et sujet de mon père.

Vendu par des traités comme un prince vulgaire,

D'un lien politique enchaîné malgré moi ,

Sitôt que je l'ai pu, j'ai dégagé ma foi.

J'aimai long-temps Boulen, cet aveu m'humilie;

Mais j'ai dû mépriser une épouse avilie.

Sa coupable conduite appelait ma rigueur:

Elle a voulu se perdre et se fermer mon cœur.

Eh quoi! n'est-il pas temps qu'à la fin je respire?

D'un objet criminel j'ai rejeté l'empire.

C'est quand on vous chérit, quand on subit vos lois.

Qu'on peut être, madame, orgueilleux de son choix:

Les vertus, la beauté, la grâce plus touchante.

En vous tout me séduit, et m'attire, et m'enchante;

Tout, jusqu'à cet effroi si modeste et si doux,

A l'aspect d'un haut rang digne à peine de vous.

Page 1