JEANNE SEYMOUR, HENRI, CRAMMER
COURTISANS, PAGES, GARDES, au fond du palais. CRAMMER.
Sire, un pressant motif en ces lieux me ramène; Je viens mettre à vos pieds cet écrit de la Reine.
HENRI
Vous a-t-elle chargé de me le présenter?
CRAMMER
Aucun des courtisans n'osait vous l'apporter.
HENRI
Dans cet écrit sans doute elle se justifie; Mais ce n'est plus à moi d'ordonner de sa vie.
JEANNE SEYMOUR
C'est vous qui régnez , Sire , et vous qui l'accusez : Vous ignorez ses vœux; daignez au moins...
HENRI, donnant la lettre à Jeanne Seymour.
Lisez.
JEANNE SEYMOUR, lisant.
a Sire, je vous écris à mon heure suprême.
« Rientôt vous m'allez condamner.
« Que le cœur qui m'aima se pardonne à lui-même , xc Et que le ciel encor daigne vous pardonner! « Prenez soin de ma fille en immolant sa mère; « Epargnez mes amis, c'est mon vœu, mon espoir;
« Epargnez les jours de mon frère.
i4 HENRI VIII.
« Laissez-moi seule enfin subir ma destinée ; « Mais plaignez votre épouse, et que Tinfortunée « Puisse , avant d'expirer, vous entendre et vous voir ! » Eh bien !
HENRI
Qu'ordonnez- vous ?
JEANNE SEYMOUR
Rien , Sire; mais j'espère Qu'au moins d'Elisabeth vous entendrez la mère.
HENRI
Prélat, Roulen encore à mes yeux peut s'offrir. C'est vous qui l'exigez, il faut vous obéir, Madame; et dans ma cour votre empire commence. Tout ce que l'équité pardonne à la clémence, Tout ce qui m'est permis, vous l'obtiendrez du Roi: Vous adorer, vous plaire est un besoin pour moi. Au sortir du conseil où mon devoir m'entraîne. Je verrai, j'entendrai celle qui fut la Reine; Et, pour prix d'un effort qui remplit vos souhaits. Mon cœur auprès de vous viendra chercher la paix.
JEANNE s E Y M O U R.
La paix! Ah! votre cœur peut encore y prétendre. Si, daignant consoler une épouse si tendre. Vous resserrez des nœuds qui sont dignes de vous. Qu'elle soit reine encor, c'est mon vœu le plus doux.