A M. LE BRUN
J/iGNE enfant d' Apollon, successeur des Orphées, Toi, par qui de nos jours les neuf savantes Fées, Malgré tant de Cotins, soi-disant immortels, Ne verront point encor s'écrouler leurs autels ; Si tu hais, cher Le Brun, les auteurs à la glace, /Vimes-tu mieux, dis-moi, le délire et l'audace D'un poète ignorant qui, sans règle et sans art. En ses vagues écrits ne suit que le hasard?
Quand la belle Pandore, à la voix du Génie, Reçut en même tems la jeunesse et la vie, Jupiter, du prodige et confus et jaloux. Accabla son vainqueur d'un éternel courroux. Chassé du ciel , privé même de la lumière , Aucun dieu ne daigna consoler sa misère : Tous, de leur souverain lâches adulateurs,
Maudirent à l'envi l'objet de ses rigueurs.
Mais la Raison n'eut point cette indigne faiblesse:
Brûlante d'une auguste et sublime tendresse,
Elle suit le Génie; et sa prudente main
Aux pas de cet aveugle enseigne le chemin.
A son guide échappé, quelquefois de ses ailes
Il affectait encor les voûtes éternelles;
Heureux , quand , mieux que lui veillant à son bonheur ,
La Raison modérait cette bouillante ardeur!
Enfin, désabusé du séjour du tonnerre.
Cet illustre banni descendit sur la terre.
La Raison l'y suivit; et bientôt les mortels
Devinrent confidens des secrets éternels.
O vous, qui recherchez les principes des choses, Les sublimes effets et les sublimes causes. Le calcul infini qui forma l'univers.
Et l'espace, et le vide, et les mondes divers, De ce tout merveilleux l'éternelle harmonie; Sachez vous méfier de l'aveugle Génie; Adorez la Raison , et consultez sa voix.
Et vous, qui d'Apollon suivez les douces lois. Si vos efforts heureux quelquefois sur la scène Ressuscitent encor Thalie et Melpomène, Ou si d'un vol plus haut vos chants audacieux Célèbrent les combats, les héros et les dieux. Que la Raison sans cesse à vos écrits préside;