A M. LE BRUN
Ne vous écartez point de ce fidèle guide.
Non qu'il faille blâmer ces généreux transports
Qui du cygne thébain animent les accords :
Aux banquets d'Apollon quand tu touches la lyre,
O Le Brun , sous tes doigts tout Pindare respire ;
Emule de Rousseau, peut-être son vainqueur,
A peine mes regards mesurent ta hauteur;
Mon âme, en un moment sur tes pas élancée.
Ne voit plus que par toi , ne suit que ta pensée ;
Et, ne pouvant me perdre avec toi dans les cieux.
Je t'applaudis au moins et du geste et des yeux.
Mais que tu sais unir la sagesse à l'audace!
Dans tes vers , tour à tour pleins de force ou de grâce ,
Tantôt j'entends gronder les aquilons fougueux,
Et tantôt soupirer les zéphyrs amoureux.
Tu chéris la Raison : ton audace immortelle
A ses divins accens jamais ne fut rebelle;
Non pas cette pédante et lourde déité
Que l'on nomme Raison chez la stupidité;
Qui, jusque dans mes vers, d'un compas tyrannique.
Introduit chaque jour l'esprit géométrique,
Et plus d'une fois même à son humble niveau
Prétendit rabaisser et Corneille et Boileau;
Mais la Raison sublime, à l'âme grande et fière.
Dont l'œil suit aisément Taigle dans la carrière;
Compagne de Newton , quand , d'un vol glorieux ,
Mortel il pénétra dans le conseil des Dieux.