‹ uvres de M. J. ChénierChapitre 12 sur 141 · A M. LE BRUN · texte numérisé non relu

A M. LE BRUN

Ne vous écartez point de ce fidèle guide.

Non qu'il faille blâmer ces généreux transports

Qui du cygne thébain animent les accords :

Aux banquets d'Apollon quand tu touches la lyre,

O Le Brun , sous tes doigts tout Pindare respire ;

Emule de Rousseau, peut-être son vainqueur,

A peine mes regards mesurent ta hauteur;

Mon âme, en un moment sur tes pas élancée.

Ne voit plus que par toi , ne suit que ta pensée ;

Et, ne pouvant me perdre avec toi dans les cieux.

Je t'applaudis au moins et du geste et des yeux.

Mais que tu sais unir la sagesse à l'audace!

Dans tes vers , tour à tour pleins de force ou de grâce ,

Tantôt j'entends gronder les aquilons fougueux,

Et tantôt soupirer les zéphyrs amoureux.

Tu chéris la Raison : ton audace immortelle

A ses divins accens jamais ne fut rebelle;

Non pas cette pédante et lourde déité

Que l'on nomme Raison chez la stupidité;

Qui, jusque dans mes vers, d'un compas tyrannique.

Introduit chaque jour l'esprit géométrique,

Et plus d'une fois même à son humble niveau

Prétendit rabaisser et Corneille et Boileau;

Mais la Raison sublime, à l'âme grande et fière.

Dont l'œil suit aisément Taigle dans la carrière;

Compagne de Newton , quand , d'un vol glorieux ,

Mortel il pénétra dans le conseil des Dieux.

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