CHANTS
MINVANE.
IVLiivvANE, inquiète, éperdue,
Loin de Ryno , son tendre amant , Sur le roc de Morven contemplait tristement
Les mers, et leur vaste étendue.
Nos guerriers revenaient vainqueurs; Elle les voit de loin; tremblante, elle s'écrie: « Ryno , viens-tu revoir une amante chérie ? « Ou donc es-tu, Ryno? viens essuyer mes pleurs, »
Nos regards, baissés vers la tei're.
Lui répondaient : Ryno n'est plus ; Il est tombé dans les champs de la guerre. Entouré d'ennemis vaincus.
Son âme est au sein d'un nuage; Et, le long des monts et des bois.
On entend les zéphyrs unis sur le rivage Au doux murmure de sa voix.
MINV ANE.
Ullin, quoi! dans tes vertes plaines
Le fils de Flngal est tombé!
Sous quel bras invincible a-t-il donc succombé ? Et moi, je reste seule! Ah! terminons nos peines. Vents, qui troublez les airs, qui soulevez les flots!
Imposantes voix des orages,
Qui vous mêlez à mes sanglots!
J'irai chercher Ryno dans les nuages.
Ryno ! dans les forêts quand tu portais l'effroi , Nos chasseurs enviaient ton ardeur et ta grâce; Mais l'ombre de la mort t'environne et te glace;
IjC silence habite avec toi.
Qu'est devenu ton glaive , à la foudre semblable ? Qu'est devenu ton arc étincelant.
Ton bouclier impénétrable.
Ta lance, dont le fer était toujours sanglant? Je vois tes armes entassées Sans toi briller sur ton vaisseau :
On ne les a donc point placées
Près de ton corps chéri , dans le fond du tombeau ? Quand viendra désormais l'Aurore
Te dire en souriant: « Debout, jeune Guerrier! Entends-tu les chiens aboyer?
« Le cerf est loin d'ici; Ryno sommeille encore! »
MINVANE. 397
Belle Aurore! il sommeille, il n'entend plus ta voix; Les timides chevreuils sortent de leur retraite : Vois bondir sans frayeur sur sa tombe muette Les cerfs qu'il chassait dans les bois.
En vain la mort a fermé ta paupière , O mon héros! je marcherai sans bruit, Pour me glisser en ta couche dernière, Dans le silence et l'ombre de la nuit.
Vous, qui m'aimez, vous, mes jeunes compagnes. Vous me cherchez , vous ne me trouvez pas ; Je crois vous voir en nos belles campagnes Suivre en chantant la trace de mes pas.
Vos chants si doux plaisaient à mon oreille; Loin de Ryno , vous charmiez mon ennui ; Ne chantez plus : mon cher Ryno sommeille ; Ce qu'il aima sommeille auprès de lui.
JjjTOiLE de la nuit, dont la tête brillante
Sort du nuage épais qui rembrunit les cieux;
Astre, qui , parcourant ta route étincelante ,
Imprimes sur l'azur tes pas silencieux,
Que regardes-tu dans la plaine?
Lèvent du jour retient son orageuse haleine;
On entend s'éloigner le fracas du torrent; Au pied du roc le flot tombe expirant;
Les insectes du soir font distinguer à peine Un monotone et léger bruit ; Belle compagne de la nuit, Que regardes-tu dans la plaine?
Mais déjà sur le bord des cieux , En souriant, tes feux s'abaissent; Autour de toi les flots se pressent, Baignent et mollement caressent Tes cheveux blonds et radieux.
De mon génie éteint que la splendeur première
Se rallume, et succède à tes rayons voilés.
Je le sens, il renaît; je vois à sa lumière
Sur le mont de Lora mes amis rassemblés; Au palais de Fingal je crois encor entendre Les bardes, mes rivaux; le vénérable Ullin ; Ryno, fier et brûlant; l'harmonieux Alpin,
Et Minona , si plaintive et si tendre.
C'est donc vous, mes amis : que vous êtes changés! O fêtes de Selma, quelle était votre gloire, Lorsque auprès de Fingal tous les Bardes rangés
Du chant disputaient la victoire, Comme au printems fleuri les zéphyrs caressans Volent sur la colline où jaillit l'onde pure. Et viennent tour à tour, avec un doux murmure, Agiter les gazons naissans !
Un jour, en ces tems mémorables, Minona vint chanter au palais de Selma
Les aventures déplorables
Du beau Salgar et de Colma.
Les yeux baissés , mouillés de larmes ,
Elle avança, pleine de charmes.
Au sein des héros attendris :
Ils avaient vu souvent la tombe solitaire Qui de ces deux amans renfermait les débris. Salgar, près de quitter l'amante la plus chère.
Lui dit : « Je serai de retour « Avant que sur ce mont la nuit chasse le jour. » Salgar ne revient pas; la nuit répand son ombre;
4oo CHANTS' IMITÉS D'OSSIAN.
Et, seule avec l'effroi, présage du malheur, Colma soupire ainsi sur la colline sombre Et sa tendresse et sa douleur.