A JACQUES DELILLE
Pour déployer leur noble voix, Ils veulent le frais des bocages, L'azur des cieux , l'ombre des bois ; Les serins chantent dans les cages'.
1 . Il est à regretter que cette petite épître, où brille d'un bout à l'autre tant d'esprit et d'enjoùment, ne soit qu'une espèce de pamphlet dirigé contre un des premiers poètes du dix-huitième siècle. Mais , il faut en convenir, les manœuvres infâmes auxquelles Chénier fut si long-tems en butte de la part d'hommes obscurs et jaloux de sa gloire, qui, pour le rabaisser, exaltèrent souvent outre mesure ses rivaux, durent nécessairement aigrir son humeur, déjà très-portée à la satire, et susciter chez lui le désir impatient de la vengeance. La colère est aveugle : sa plume, indignée, devint dans ses mains un instrument fatal, dont par malheur il ne s'est pas toujoiu\s servi avec discernement. Toutefois, la probité fut la plus chère idole de Chénier. Plus tard , quand l'expérience et l'étude vinrent affermir son âme, et mûrir son esprit, il ne songea plus qu'à rendre au vrai talent la justice qu'il méritait. Ainsi le traducteur- des Géorgiques reçut le titre glorieux de Classique des mêmes mains qui naguère n'avaient pas craint de lui faire une blessure aussi profonde. {Note de l'éditeur.)