‹ uvres de M. J. ChénierChapitre 46 sur 141 · I. La Harpe · texte numérisé non relu

I. La Harpe

i68 LES NOUVEAUX SAINTS.

« Un moment; patience; ils viendront les vengeurs;

« Dieu ne laissera plus régner l'esprit immonde:

« Tout est damné : la France, et l'Europe, et le monde.

«Excellente moisson pour les anges maudits!

«Que je sois seulement portier du paradis,

«Je prétends dire à tous, comme un suisse inflexible,

« Vous venez pour entrer? mais Dieu n'est pas visible ;

«Bonsoir; allez rôtir; c'est pour l'éternité:

«Le bail est un peu long: j'en suis bien enchanté.

«J'emporterai de plus ma férule, et pour causes,

« Je prétends avec Dieu causer sur bien des choses ,

« Et régenter là haut les habitans du ciel ;

« Car je fus ici-bas régent universel ,

« Au mercure , au lycée , en pleine académie ;

« Modèle en prose, en vers, tout comme en modestie,

« Aimez- vous l'enjoûment, les grâces, le bon ton?

«Lisez mes deux quatrains sur Voltaire et Tonton.

« Les vers de Colardeau sont doux, mais un peu vides :

«Voulez-vous des vers pleins? prenez mes héroïdes.

«Lebrun franchit la lice à bonds précipités;

«Dans mon lyrique essor je marche à pas comptés.

«Ducis a fait pleurer sur les malheurs d'OEdipe;

« Barmécide ^ paraît : le chagrin se dissipe.

«Du parterre dix fois j'ai calmé les douleurs;

« Nul auditeur ne peut me reprocher ses pleurs.

« Thomas , Garât , Champfort , prosateurs misérables :

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