uvres de Maine de Biran
Apirs un séjour à l\iris de Iroi/.t' mois, .Maine de Biran leiilre à (iialeioup vers le milieu de IT'.JS. Il commence parse remellre à l'étude des malhémaliques, comme rattestent les lettres de ^'an [Jullhem (I), pour revenir bientôt à ses études préférées, les études métaphysiques, comme on disait alors. Il travaille au Mémoire sur l'iii/lueiice des signes, qu'il n'a pas le temps d'achever. Le 13 germinal an VII (2aviil 1799), le prix est décerné à Degérando. Quelques mois après, le 15 vendémiaire an VIII (0 octobre 1799) la Classe des Sciences morales et politiques de l'Institut met au concours le sujet suivant : « Déterminer quelle est l'inlluence de l'habitude sur la faculté de penser, ou, en d'autres termes, faire voir l'elVet (jue produit sur chacune de nos facultés intellectuelles la fréquente répétition des uK^mes opérations ». Maine de Biran prit part au concours; et à défaut du pri.K, qui ne fut pas décerné, son mémoire obtint une mcnliijii très honorable (2).
(1) Roprésenlanldu déparlenienl de l'Escaut, au Conseil desCimi- Ccnls où il fut le collègue de M. de Biran.
(t) Mémoires de i Institut national des Sciences morales et polili(/ues (tome IV, page 11). « Dans la séance publiiiue «lu 15 vemlémiaire an VUl, la Classe proposa pour sujet de prix la •pioslion suivante : « Déterminer rinlliience de lliahitude sur la faculté de penser, ou en d'autres termes, faire voir les effets (pie
M. DH li. Il — a
ir (V.UVRF.« DF. MATNF. DE HIRAN'
Le sujet ayant été remis au concours le 13 germinal an ÏX (6 avril 1801} il remania son manuscrit, en modifia sinon le fond, du moins la forme ou la composition. La commission, composée de Cabanis, Ginguené, Réveillère Lepaux, Daunou et Uestuttde Tracy, chargée par la Classe des Sciences morales et politiques d'examiner les sept mémoires qui lui avaient été adressés, fut unanime h accorder le prix au Mémoire de Maine de Biran, 17 messidor, an X (le G juillet 1802). Destutt de ïracy, chargé du rapport, jugeait « quecet écrit était plein de sagacité et riche en observations fines et profondes, qu'il prouvait beaucoup de connaissanceset de talent, qu'il jetaitdc grandes lumières sur le sujet, et qu'il était très capable de faire faire encore de nouveaux progrès à la science » (1).
Van Ilulthem tenait Maine de Biran au courant de ce que l'on pensait à Paris de son Mémoire; il lui écrit le 12 germinal an X : « J'ai vu que vous avez été bien près d'avoir le prix à l'Institut, car le meilleur Mémoire était sans doute de vous ; ne perdez point courage, une seconde fois vous serez plus heureux ». Puis, le 12 floréal : « j'ai vu dans les journaux littéraires l'éloge que l'Institut a fait de votre Mémoire sur l'/nftuence de l' habitude. J'espère que cette fois-ci, il obtiendra la couronne qui lui est destinée. Si je parviens à connaître les rapporteurs (et je pense que cela ne me sera pasdifficile), je ne laisserai pas de vous en envoyer les noms ». Enfin le 19 prairial, an X, il lui annonce cette grande nouvelle : « Mon cher Biran, Gatidium magnum anntinlio vobis. Laromiguière me dit à l'instant qu'il aparléà Destutt de Tracy etîi Cabanis, deux des rapporteuis de la (juestion sur V/n/lnence de l'iiabitnde. Ils lui ont dit (jue votre Mémoire estsu[)érieurà tous les autres
produit sur chacune de nos facultés intellectuelles la fréijuente répétition des mêmes opérations » (').
(■1) Voir ci-dessous, p. 'A3l^.
(') Les membres de la (lomun'ssion étaient (larat. Lobreton, Tracy, Laromiguière et l)(.'!,'érando (Note écrite sur la couverture du Ipr mémoire déposé aux Archives de l'Institut).
iN-rnoi)i-( Tiits' r>K r. Kniri'.ui; iir
t't i\u"\\ sora ('o:iit>iint'' en inossidor. Ils ont (Hé l)ien aise d'aii- |iiL'nflrc qu'il ap|>i»ilient à un aussi lionm^le et liravc homme. Ainsi, mon cher, recevez d'avance mes bien sincères comphin<'nls de IVlicilalion el soyez bien persuadé cpie ceci me fail plus de plaisir, comme j»' l'ai dit à mon collègue L.UMjiniguièi-e, ijuesi le .Mémoire f-lait le mien. J'irai voir (lahaiiis, autrefois membre du (Conseil des (^inq-Cenls, aujourd'hui sénateur, que je connais très particulièrement ; sa connaissance pourra nous être bonne i^ quelijue ciiose. .le vous embrasse à la hâte. Mes respects ù .Mailame de Biran. Notre bon ami. Van Ilullhem » (I).
Le prix de l'Institut consistait en une médaille d'oi' et un don de l..")UO francs, en argent (2).
Sur le conseil de ses juges, Maine de Biran publia son Mémoire, quelques mois après qu'il fiH couronné, chez lleiidiichs. L'ouvrage a été réédité par Cousin en LSil [OEuvres pli ilosopliiii lies de A/aine de /iiran. de Ladrange).
Les manuscrits du t" et du 2« Mémoire sont conservés dans les Archires de l'Institut. La /y/7>'/z'6(////'7Me de l'Institut possède une copie du manuscrit du Premier Mémoire (MSS, NS, CX.WllI), un cahier qui doit en être considéré comme le bi-ouillon {/d. C.WIX) et un exemplaire de la 1'"'= édition de IS0.3, avec des notes marginales de la main de Maine de Biran lui-même (CXXI) (.3). Il convient enfin d'ajouter à ces |iiè(;es fondamentales de nombreux fragments, des feuilles détachées, qui font partie du fonds Savyde Biran, de la bibliothèque de l'Institut. Nous puiserons à ces dilVérentes sources, dans l'étutle qui suit, adoptant le signe A. pour désigner le brouillon, B le manuscrit du Premier .Mémoire, C le Second Mémoire, U les notes imprimées de l'édition 1803, qui ne figurent pas dans le manuscrit présenté par Maine de Biran à
(1) Corrcspondanfe inédite de Van llullliein avec Maine de Biran (Fonds .Naville, Gonèvo).
(2) Corres|tondance inédite avcr- le Comto de Kéletz (Archives de Cjislang).
(:{) Manusirils de Maine <le iJiran (Fonds Naville).
IV ŒUVRF.S DE MAIXE DE RIRAK
l'Instilut, E. les notes manuscrites de l'exemplaire de la bibliothèque de l'Institut.
Avant d'entreprendre l'analyse de l'ouvrage, il importe d'indiquer, dans quelles dispositions d'esprit, Maine de Biran abordait son sujet, ses rapports avec l'objet de ses premières méditations et les travaux des philosophes contemporains.