INTRODUCTION DR LY.DITF.UR LIX
remarque Maine rlo Biran, la nicmoiro rniiplit doux fondions cssrnlii'llos : i° elle rappelle ou repré.seulc; avec clia(|U(' siiiiic ridée (lu'il exprime, 2° elle rappelle les séries de signes dans un onire déleimiué. Si l'on raisonne sur les signes sans raisonner sur les idées, la mémoire est mécani(|ue; elle est représentative et le raisonnement est réfléchi dans l'autre cas. L'ordre des termes constitue la forme du raisonnement ; la représentalion des idées liées au signe en est le fond. Or le fond peut varier d'une inliuit('' de manières, en conseivant la même forme : de là l'importance extrême attachée à la forme. Mais il n'y a que le calcul où nous puissions employer sans danger cette méthode, car là les idées sont toujours de la inéme espèce et l'ordre des idées est lié exactement à l'ordre des signes ; il s'en faut de heaucoup (piil en soit de même dans tous les cas. Uien ne peut nous flispi?nser, dans les autres sciences, de ramener le signe à sa fonction représentative et de porter le double fardeau des signes et des idées. Le projet d'une langue universelle calquée sur l'algèbre et d'une sorte de spécieuse f/éiièrafe est donc une chimère; et nous n'avons pas à le regretter : « Si la langue universelle pouvait un jour convertir le raisonnement en calcul, substituer un mécanisme facile et assuré à la représentation lente et souvent incertaine des idées, sans doute l'aride raisonner éprouverait une révolu! ion aussi heureusequecelleque les sciences exactes doivent à l'application de l'algèbre à la géométrie. Mais autant le perfectionnement des connaissances humaines s'étendrait tout d'un coup, autant le génie ac(|uerrait de puissance, en joignant sa force propre à celle d'un nouvel instrument, autant peut-être la perfectibilité se reserrerait par la suite ; autant les facultés du commun des hommes perdraient leur activité par l'extrême facilité de leur exercice. Ce serait le triomphe de l'habitude !... alors, sans doute, il s'élèverait des philosophes qui chercheraient à enrayer ce mécanisme, reviendraient à l'aucienue nvHhode, en recommanderaient la pratique, y traduiraient leurs résultats, après les avoir trop aisément obtenus dans la nouvelle, (m/ lumen publicuin susU'itere ca/ercnl, comme dit
LX ŒUVRES DE MAINE DE BlUAN
Newton lui-même, en parlant de la traduction synthétique) » (1). (( Les leviers de l'esprit sont comme les leviers physiques; ils nous aident, mais quelquefois trop, en empêchant le développement de nos forces naturelles » (2).
Maine de Biran termine son Mémoire par la considération des méthodes qui sont à l'esprit qui recherche la vérité ce que les principes moraux sont à la conduite. Cette partie est heaucoup plus développée dans \q Premier Mémoire que dans le Second. Dans la synthèse l'individu se rend compte, à chaque p.is qu'il fait, de l'espace parcouru, il sait d'où il vient, où il en est. [1 avance, peut s'arrêter, ou continuer, à volonté. A la pratique de cette méthode, correspondent des habitudes de réserve, de circonspection, de lenteur et aussi de sévérité, de froideur. Dans l'analyse au contraire, l'esprit est entraîné sur une pente rapide où il n'est pas libre de s'arrêter; l'opération une fois commencée, il faut qu'elle s'achève; on est dans l'ombre jusqu'à la fin, mais l'éclat de la vérité perce alors tout à coup. l>a synthèse est la méthode la plus utile, à condition qu'elle parle des éléments véritables, et les combine successivement en se conformant à l'ordre direct de la génération des idées, et ne fasse les signes qu'en faisant les idées. C'est la méthode que M, de Biran lui-même a suivie après Condillac et Monnet, mais avec une circonspection, un souci de l'exactitude qui ont manrjué à ses maîtres.
Malgré l'ellort sans cesse renouvelé que fait l'esprit pour diriger ses opérations et en conserver la conscience, il échappe rarement au danger de devenir l'esclave des habitudes qu'il se donne, comme de celles qu'il subit, de telle sorte que dans le Mémoire sur r Habitude comme dans le Prem,ier Journal, le thème de la passivité, recouvre et domine presque toujours celui de la liberté. Nos perceptions cl les images qui en dérivent, images de formes, de figures, de mouvements, de résist.incos, ont leur origine dans la motililé. Du sein même de la
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iN'TKoiiit TioN i»i: I. Kt)iTr.ri; Lxr
nature surgit une activité qui s'eiïorce de se soumettre les choses, d'étendre sur elles son empire. Au lieu de subir passivement leur impression, l'enfiinl se porte au devant d'elles, les parcourt du regard et de la main, en mesure d'ahord la distance, puis la grandeur, aetjujert ainsi le pouvoir de se les représenter en leur absence, d'en prévoir ra|)parition, et d'adapter sa conduite à ses prévisions. Mais en se répétant, l'action motrice devient habituelle, et par suite automati(|ue et inconsciente, elle passe du domaine de la volonté sous celui ilu sentiment et de l'imagination, et .Maine de Hiran est teliciiient frappé de cette transformation (|u'il range les perceptions habituelles dans la classe des habitudes passives. Quant aux habitudes actives, c'est-à-dire à celles que nous avons formées, par un acte exprès de réflexion, comme l'institution des signes, mille causes dilVérentes, dérivant soit de la nature des signes eux-mêmes, soit des représentations qui leur sont jointes, tendent à en faire des instruments de servitude. Même dans les sciences qui portent la marque la plus évidente de l'activité de l'esprit comme l'algèbre, Maine de Biran voit le danger des formules toutes faites, et d'un mécanisme verbal (jui tue peu à peu l'initiative de la pensée. L'équilibre des forces sensitives et motrices qui constitue le tempérament normal est sans cesse rompu, au profit des premières. Les conquêtes de la réflexion sur la nature sont toujours menacées par ses retours offensifs, car elle ne désarme jamais. La pensée est une flamme légère et vacillante, toujours prête à s'éteindre, dans un abîme de ténèbres. Toutefois, elle existe. Maine de Biran lui assigne une origine précise; si humble (pi'elle soit, elle est plus noble cependant que la sensibilité physique, elle lui apparaîtra bientôt, dans le Mémoire sur la rt'coiujiosilion de la pensée comme le principe de tonte certitude et de toute moralité.
ŒUVRES DE ^rAINF, PE HIRAN'
LE MÉMOIRE IMPRIMÉ. LE JUGEMENT DES CONTEMPORAINS ET DE MAINE DE BIRAN LUI MÊME
31ainede Biran publia son Mémoire avec quelques modifications, (|ue M. Picavet a relevées dans une communication à rinstitut. Il est probable que l'influence de Stapfer et de Degérando, qu'il rencontra dans son voyage à Paris, n'j' fut pas étrangère. Non seulement, il remplaça en plusieurs endroits, dans le Mémoire imprimé, les termes de la langue physiologique par ceux de la psychologie, mais il déclare expressément dans une note que nous avons signalée, qu'il n'a pas entendu établir un parallélisme rigoureux entre les phénomènes physiologiques et les opérations de la pensée. Il commençait à se rendre compte qu'on ne peut expliquer les éléments actifs de la pensée par de simples habitudes du centre cérébral. l'in ce sens, M. Picavet a raison de dire « que si, en l'an IX, Maine de lîiran est un disciple enthousiaste de de Tracy, et surtout de Cabanis, si, en l'an X, il est encore quoique avec plus d'indépendance, disciple de l'un et de l'autre, en l'an XI, il se défend d'être un adversaire du spiritualisme (1) ». Mais nous ne pensons pas avec lui (et nous sommes d'accord sur ce point avec .M. Delbos) (2), qu'il tendait à revenir à Condillac et à Honnet. Le texte sur lequel s'appuie M. Picavet, nous semblerait plutôt apporter la preuve contraire. Ce texte se termine en effet par la citation suivante, empruntée à la préface de VEssai analytique de Bonnet : « La vertu perdrait-elle de son prix aux yeux
(1) La pliilosopliie de Maine de IJiran de l'an IX à l'an XI d'après les lieux .Mémoires sur l'habitude dccouverls aux archives de l'InslituL (Cum/)ft's rpudiis de l'Académie des Sciences morales et politiques (CXXXII, 1ÎS8!>). p. 727).
(2) Année p/tilosop/tiqiie, 1910. Les deux mémoires de Maine de lîirau sur l'habitude, p. 122.
tin |>liiloso|)hp, c)('s cju'il serait prouvé qu'ellt' tient à (juelijucs lihtos (lu cerveau? • (1) Elle estilonc inspirée du même esprit (|ui' l.i penséf du même auteur, (]ue Maine de Iliran aime à citer : t Oue sont toutes les opérations de l'Ame, sinon des mouvements et des répétitions de mouvements? » Kn l'an XI, .Maine de Hiran n'est plus dans ces dispositions d'esprit. Il ne jure II cette épo(|ue sur les paroles d'aucun maître; il commence à comprendre la véritable signilicalion des faits sur lesquels de Tracy a atliré l'attention ; et au lieu d'établir entre la faculté de mouvoir et celle de sentir la ditVérence, «(ui dislingue un rameau principal du tronc de l'arbre, ou même deux arbres jumeaux qui se tiennent et se confondent dans la même souebe, il y voit la marque de deux natures, ou de deux forces irréductibles, l'une pbysique, l'autre spirituelle.
C'est précisément parce qu'il avait déjà, à cette époque, un sentiment très vif de l'espèce de contradiction, qui existe dans son Mémoire entre les faits exposés et l'Iiypothèse par laquelle il les explique, qu'il ne se décida pas, « sans une sorte d'effroi », à le faire imprimer; et son embarras se manifeste visiblement dans les notes qu'il y joint, où il lui arrive plus d'une fois, au lieu de commenter le texte, de le corriger. Il Unit par céder aux instances de ses juges, Cabanis et Uestutt de Tracy ; mais « si j'avais été le maître, dit-il, j'aurais suivi le précepte d' Horace : itovum pretnatiir in annuin » (2).
Contrairement à son attente, son ouvrage fut bien accueilli par le public. N'an Ilultbem lui écrit (14 frimaire, an XI). « Tous les journaux ont annoncé votre ouvrage, mais je n'en ai vu encore, dans aucun, une analyse critique. Chabot-la-Tour m'a demandé depuis longtemps l'extrait que Serre vous avait promis de faire pour l'insérer dans le journal des Débats. Si vous n'aviez pas oublié de me donner son adresse, il y a longtemps que je serais allé le lui demander. Le Breton m'a dit que le sien est tout prêt depuis plusieurs semaines, j'ignore
(1) Mémoire sur ihabitudf, [». 17.
(2) Coi-rcs[iondance inédite avec le comte de Fclolz.
LxrV ŒUVRKS DR MATKK DK BIRAK
pourquoi il ne Ta pris encore inséré dans la. Décade.. Y ignore si celui de Degérando est prêt, j'irai le voir avant mon départ »(1 ). Le l*"" ventôse an XI, Cabanis, après s'ôtrc excusé de lui envoyer si tard l'extrait qui a été fait de son ouvrage dans le Citoyen français, ajoute : « Je dois vous dire que nous voyons avec plaisir la manière dont l'ouvrage prend dans le public. On n'en a pas parlé beaucoup d'abord ; mais peu à peu tous les bommes qui s'occupent de philosophie le lisent et leur jugement est unanime. Vous avez le succès qui doit flatter le plus, car c'est le plus durable. Combien d'écrits qui font grand bruit pendant six mois et qu'on oublie ensuite pour toujours. C'est tout le contraire pour le vôtre, .louissez de ce succès fondé sur la découverte de vérités utiles, et qu'il vous serve à rendre meilleure votre situation. Il est en effet impossible qu'on oublie un homme tel que vous.
Le bon Tracy vous salue tendrement et cordialement. Ma femme se joint à lui. Tous nos amis pensent bien à vous et s'intéressent bien vivement à vos travaux. Conservez-moi, je vous prie, votre amitié et comptez entièrement sur la mienne » (2).
C'est la même impression quedeCérando exprimait dans un ailicle de la Décade, du 20 nivôse an XI. « L'auteur, dit-il en terminant, paraft doué d'une grande faculté de méditation; il s'est créé une méthode excellente. Lorsqu'il emprunte les idées des autres, il se les approprie et les féconde. Sa modestie, cependant, lui fait toujours avouer ses emprunts, souvent les exagérer. Cette modestie extrême paraît toucher presque aune sorte de timidité qui intéresse. Nous nous hâterions de le rassurer cependant, si de grands avantages, un succès reconnu n'avaientdù lui rendre déjà le sentiment de ses forces. Les amis de la science sont les siens; leur estime, leur admiration même lui est acquise. Il en multipliera lui-môme le nombre par la grâce et le charme qu'il a su répandre sur les notions les plus
(1) honds .\avillo ((•enéve).
{'2) Idem.
é i\TRODi:rnoN de i/i^diteur lxv
abstraites : il intéressera aux vérités qu'il a dites, il facilitera l'étude par la clarlé et la précision de son langage. Le gortt de cette science est d ailleurs aujourd'hui beaucoup plus répandu qu'on ne le suppose, chaque jour il s'accroît, et des ouvrages tels que celui du Ch. Maine de Biran, lui assureront encore de nouvelles conqucHes en lui faisant faire de nouveaux progrès » (1).
Quoique cette appréciation lui fût extrêmement favorable, Maine de Biran se plaignit dans une lettre qu'il écrivait peu de temps après, à son ancien camarade de collège, Serres, professeur de grammaire générale à l'Ecole centrale de la Dordo- (jne, que l'article publié par Degérando dans la Décade, ne contînt quiineanalysesuperficielle de son ouvrage, insuflisante pour que sa pensée fut clairement entendue. La réponse de Serres n'était pas faite pour dissiper ses craintes. Une assez longue correspondance fut échangée entre eux, au sujetdu Traité sur l'influence de Niabilude. M. Naville possède quatre lettres de Serres, formant un ensemble de dis-huit pages d'une écriture fine et serrée, qui ne méritent pas, selon nous, qu'on en fasse une analyse mmulieuse. Serres, qui devait mourir fou, quelques années plus tard, à F^aris, n'arrive pas à dissimuler sous ses protestations de sincérité et d'amical dévouement, l'amour-propre passionné d'un auteur, qui se croit un génie méconnu, et qui souffre visiblement de la faveur dont jouit son ancien camarade auprès des .Membres de l'Institut et des critiques les plus influents de l'époque. .Nous ne pensons pas • lu'on puisse expliquer autrement, les critiques, aussi fausses qu'injustes qu'il adresse à de Tracy, Degérando, à Cabanis ; quant aux objections qu'il fait à Maine de Biran, si elles contiennent quelques arguments solides, elles sont faites sur le ton de l'invective, et non de la discussion sérieuse.
Il les résume ainsi au début de l'une de ses lettres : « Je vais
(1) Correspondiince de Maine de biran avec le baron Degérando publiée par M. do la Valello Monbrun dans la Quimaine, \i\ novembre lOOC.
M. m, I'.. II. — e
discuter maintenant, mon cher ami, ce que vous appelez une découverte ou ce que vous regardez dans votre ouvrage comme neuf et vous appartenant exclusivement. Je vais essayer de prouver 1<» que la distinction de la sensation et de la perception pouvait être solidement établie sans avoir recours à l'organisation humaine ; 2" qu'il est faux que les organes les plus mobiles soient toujours les plus propres à nous donner des perceptions, 3" que quand même il serait vrai que la perceptivité de nos sens est toujours en raison de la mobilité de leurs organes, ce serait un fait entièrement nul pour l'idéologie, et qui ne peut servir en aucune manière à établir une distinction entre la sensation et la perception » (l). La première de ces objections paraît juste ; elle s'accorde avec celle que Stapfer adressait lui-même à Maine de Biran : nous avons montré que Maine de Biran se l'était faite à lui-même, après son Premier Mémoire, que les considérations physiologiques tiennent moins de place, dans le Second, et que dans les notes additionnelles du Mémoire Imprimé il s'explique nettement à ce sujet. Ouant à la deuxième et à la troisième objection, elles prouvent seulementque Serres a méconnu le rùle de la motilité dans la perception, c'est-à-dire une des idées les plus heureuses et les plus fécondes de la philosophie de Maine de Biran. Au fond, c'est l'auteur lui-même, qui s'est montré le critique, le plus judicieux et le plus sévère de son œuvre, et il semble que loin de s'atténuer avec le temps, son mécontentement se soit au contraire accentué et fortifié.
Le 26 vendémiaire, an \I, il écrit à Degérando.
« Je forme des regrets bien sincères de vous avoir connu trop tard, mon cher deGérando et de n'avoir pas été à portée de profiter plus tôt de vos conseils, de votre exemple et de vos sages leçons. J'ai senti en conversant avec vousque mes idées auraient eu besoin d'un commerce intime des vôtres pour s'agrandir, se rectifier et s'épurer. Je suis vivement inquiet,
(I) t'^niifls Navillo. (ionéve.
INTUOIU;< TI(>S l>E I. KOI TKUU I.XVII
je vous l'avoun, sur la prcuiiTTe iuiprcssiou qu'aura pu vous laisser la lecture de mon iin-inoire. Je vous ai dit avec franchise que j'étais loin d'»Hre satisfait, et plus j'y réfléchis maintenant, dans le calme de la reliaite, plus mon mécontentement augmente, plus je sens le regret d'avoir cédé aux conseils (jui ont déterminé la trop prompte impression d'un mémoire aussi unparfait.
«■ J'ai à me reproclier sui'tout des vices de langage, vices (jui proviennentdans plusieurs cas du mélange, peut-être déplacé, de la pliysiologie avec la métaphysique. Si je n'avais à faire qu'à des lecteurs tels que vous, ils sauraient bien discerner le fond de la doctrine d'avec les formes ou les expressions qui semblent là trop matérialistes, ils trouveraient sans doute dans le fond même de mes principes des armes assez fortes contre un système dangereux et désolant, ils verraient que là où l'on admet, où l'on démontre une faculté de percevoir, distincte de celle de sentir, une volonté qui intervient nécessairement dans les premières opérations et dans le simplejugement de personnalité, qui constitue l'être sensible individu, là, dis-je, il est impossible de tout expliquer par le jeu des organes (comme on pourrait le tenter dans une doctrine où l'on ne reconnaît qu'une faculté ou propriété sensitive unique et des sensations transformées); ils verraient que les principes de moralité singulièrement compromis dans le dernier système, sont à l'abri de toute attaque et trouvent un fondement véritable dans celui où l'on reconnaît un mot qui est doué d'une force, d'une puissance de réaction pour se modifier lui-même. Ils suivraient dans tout le cours de l'ouvrage, la distinction fondamentale des deux vies dont l'une peut être appelée la vie orr/anique l'autre la vie intetlecluelle, la première passive, à laqut'lle se rattachent les opérations de l'instinct, les sensations purement atTeclives, les passions, l'imagination en tant (ju'elle est miseen jeu par ces mêmes passions, etc. ; la seconde toute active d'où dépend la perception, le jugement, la volonté et tous les mouvements, signes naturels ou institués, qu'elle détermine, la mémoire enfin ou le rappel et toutes lesopéra-
LXVIII ŒUVHES DK MAIXE DE BIRAN
tions qui en dérivent. Ces deux vies ou facultés organiques et intellectuelles, pouvant prédominer l'une sur l'autre ou se maintenir en équilibre, de bonnes habitudes ou un bon régime physique et moral pourrait assurer cet équilibre, ou rendre la vie organique, subordonnée à la vie intellectuelle.
« Voilà ce que verraient dans mon ouvrage des hommes éclairés et sans prévention; mais j'ai fort à craindre de trouver peu de lecteurs de cette espèce, et je m'attends à des oppositions de plusieurs genres. Je suis consolé d'avance de toutes celles qui n'intéresseraient que mon amour-prupre mais je ne me consolerais point de voir mes principes attaqués ou méconnus par des personnes dont l'estime et la bienveillance sont pour moi le premier des biens. Je réclame, mon cher de Gérando, votre appui, votre jugement impartial, et vos consolations. Aurais-je trop présumé de votre bon cœur et de l'amitié que vous avez bien voulu me témoigner, en attendant de vous ces bienfaits inestimables ? Ne dédaignez pas de m'accorder quelques-uns de ces moments qui ne seront pas consacrés aux progrès de la science, et comptez sur ma vive reconnaissance, comme sur l'est ime profonde et les sentiments affectueux que vous m'avez inspirés (1). »
Cette lettre contient le désaveu explicite de l'hypothèse de Bonnet et de Cabanis à laquelle Maine de Biran s'était rallié dans son Premier Mémoire, et dont il subsistait, malgré quelques corrections et quelques retouches de détail, des traces visibles dans le Second. Il estjuste, comme il le fait observer, que l'ohservation et l'analyse des faits qu'il expose ne cadrent pas avec la théorie, par laquelle il les explique ; la distinction de la sensibilité et de l'activité, lui apparaîtra, quelques mois plus tard, comme le fondement de la distinction de la vie organique, etde la vie intellectuelle, dont l'origine est hyperorganique.On peutsupposerque l'influence deStapfcr et de Degérando contribua à lui faire prendre conscience delà vraie signification et de la portée de cette distinction.
{•i) La Quincaiiie. 1(> iioveml)rc I90(i. pp. 146-148.
INTKODUfTION UK LHOIIKIIU LXIX
Dans Vliiti'odurtiuii générnle aux fondements de ta psychohf/ii',c'es[-h-i\\rv vinul années plus larH, il avoue sans tenter de se juslilier, l'erreur de doctrine qu'il conunit dans son Mémoire sur ChabituHr. >< Conduit par la nature de mon sujet i^j considérer les facultés de la sensibilité et de la motilité sous des rap|X)rts physiologiques, je glissai trop légèrement sur ce qu'il yavait vraiment d'hyperorganique dans lesefl'ets mêmes de l'haliilude, qui sont bien loin d'appartenir tous aux organes, et qui surtout sont loin de comprendre et d'expliquer les faits primitifs de l'intelligence humaine. J'étais encore dans l'Age où l'imagination, prédominant sur la réflexion, veut tout attirer à elle. Prévenu en faveur de doctrines, qui mettent l'entendement humain en images, je croyais pouvoir étudier la pensée dans les mouvements du cerveau et marcher sur les traces de Bonnet, de llartiey et d'autres physiologistes physiciens. Mais ayant eu dès lors sujet de reconnaître tout le vide de ces explications physiques, quand ils'agit des faits du sens intimé, j'abordai la question de l'Institut relative à l'analyse des facultés intellectuelles, dans des dispositions d'esprit et avec des données toutes dillérentes de celles qui m'avaient dirigé dans mon Mémoire sur iHabitude (i) ».
Nous verrons dans le prochain volume, quelles étaient ces dispositions et ces données nouvelles ; ce qu'il importe pourtant de remarquer, c'est que le Mémoire sur l habitude, contenait un fond solide d'observations et d'analyses, qui s'accroîtra, s'enrichira, d'année en année, de faits nouveaux, mais sans subir d'altération. Nous en avons la preuve dans les i\otes qu'écrivit .Maine de Biran en marge de l'exemplaire du Traité de r habitude que possède la liibliolhèque de l'Institut. On n'en sait pas exactement la date. La note du début, où Maine de Biran se plaint du discrédit presque général où sont tombées les sciences de rétlexion nous permet de conjecturer qu'elles sont de l'époque napoléonienne, l'ne allusion au livre
(i) Naville. Œuvres de Maine de ISiran, l, \). 94. Voir aussi N avilie. Maine de Biran. Sa vie et ses ftensées, pp. 203-204.
de Dutrochet sur l'Habitude, qui parut en 1812, prouve que ces notes sont postérieures à cette date, probablement de 1813. Ce qui les caractérise, ce sont d'une part un grand nombre d'observations relatives à la vie morale, aux beaux-arts, particulièrement à la musique, d'autre part des citations abondantes, des discussions brèves, mais précises de l'opinion des philosophes et des savants, notamment de Bacon, Descartes, Locke, Berkelc}-, Condillac, Maupertuis, Bichat, Buisson, Meister, Grétrj\ Ces notes qui présentent le plus haut intérêt, illustrent, complètent, bien plus qu'elles ne corrigent le texte du Mémoire; elles en constituent le commentaire le plus pénétrant, oii se manifestent, avec la finesse qui lui était propre, retendue et la variété des connaissances de l'auteur.
Revenons en arrière, et tâchons de saisir dans sa continuité le développement de la pensée philosophique de Maine de Biran, que les nécessités de l'analyse nous ont obligé à décomposer en ses moments successifs. Le Premier Journal nous a montré dans quelles dispositions d'esprit, il abordait le problème mis au Concours par l'Institut. Il croit en Dieu et dans la liberté humaine, tout en se rendant compte que la démonstration de ces grandes vérités est impossible, car ce sont des données du sens intime. Mais en même temps, il éprouve, avec une vivacité extraordinaire, Tinfluence du tempérament sur ses sentiments et ses idées : cette influence devient, à certains moments, irrésistible, et fait naître ledoutedansson esprit. Les vérités, en effet, qui ne reposent que sur l'expérience risquent toujours d'être ébranlées par des expériences contraires. Tandis que le sens intime n'est encore, aux yeux
INTKolincTloN DR LKDITKUK I.XX[
(le Mainodo IJiran, ((u'uno notion va,i;ue et mal délinie, le sens oigani(iue st» nianiCesle par un ensemble de faits précis et irrécusables. Et si, selon la conviction des philosophes et des savants de cette époque, l'esprit humain doit renoncer h la recherche des causes et se bornera la considération des effets, il n'est pas douteux que les faits physiologiques ont une apparence de réalité et de positivité que n'ont pas les faits psychologiques, et qui devait peu à peu attirer et retenir l'attention d'un jeune esprit, naturellement prévenu en faveur des théories à la mode. Il était donc tout disposé à subir l'influence de (Cabanis, dont les communications à Vlnslitul venaient d'avoir un succès retentissant. Il adopte le cadre de sa doctrine, qui lui parut d'abord parfaitement convenir à l'exposition de ses idées. La distinction physiologique des forces sensitives et des forces motrices, des mouvements centripètes, venus des objets extérieurs et des organes, et des mouvements centrifuges, irradiés du cerveau, lui parut suffire à expliquer la distinction qu'il emprunte à de Tracy de la passivité et de l'activité. Il se crut dès lors en droit de penser que les facultés de l'homme ne sont que l'énoncé plus ou moins général desopérations produites par le jeu deses organes. Le premier Mémoire sur l' habitude q9,\, un traité de psychologie physiologique, inspiré par des tendances matérialistes. Maine de Biran ne se borne pas ?i constater le parallélisme des deux ordres de faits, ii considère les faits psychologiques comme les effets de causes physiologiques. Cette tendance est encore visible dans le Second Mémoire, bien que des pages entières consacrées à la description des nerfs et du cerveau aient disparu, et que les termes de la langue psychologique soient souvent substitués à ceux de la physiologie. Mais, pendant les mois qui s'écoulent entre la remise de son manuscrit et l'impression du Mémoire couronné, des changements caractéristiques se produisent dans ses idées. La note qu'il ajoute page fiO, est moins un éclaircissement qu'une correction. Dans sa lettre à Degé-rando, il exprime la crainte d'être soupçonné de matérialisme. Il demande (ju'on le juge d'après le fond de son ouvrage et non
LXXIt ŒUVRES DE MAINE DE BIRAK
sur des mots et sur des métaphores. Il sentait que les faits qu'il expose et qui en constituent la substance, dépassent les théories de Cabanis, qu'il est impossible notamment d'expliquer la conscience, inséparable de l'activité volontaire, par l'action du cerveau. Il n'y a pas de pensée sans mouvements ; mais la pensée n'est pas un mouvement ni une répétition de mouvements ; bien loin d'en être la cause, le cerveau n'en est que l'instrument. Cette interprétation des faits lui apparaît de plus en plus, comme la seule légitime. Comment s'est opérée cette évolution de sa pensée ? Nous ne le savons pas, au juste. On peut supposer que les conversations qu'il eûl avec Degérando, au cours du voyage qu'il fit à Paris pour rendre visiteà sesjuges, la favorisèrent; mais elle était trop conforme aux dispositions naturelles de son esprit, pour qu'elle ne se fît pas d'elle-même, spontanément. Est-ce que sa croyance à la liberté ne trouvait pas dans le sentiment de l'etîort volontaire un fondement inébranlable? Kt le sens intime, en s'identiliant au sens musculaire, n'acquérait-il pas un caractère de réalité, et un degré de certitude, au moins égaux à ceux du sens organique? Le fait surprenant, ce n'est pas que Maine de Biran soit revenu au spiritualisme, mais bien qu'il s'en soit écarté. L'influence de Cabanis l'explique en partie. Maine de Biran fut séduit non seulement par l'étendue et la précision de ses connaissances, ses dons merveilleux d'observateur et d'écrivain, mais par la douceur et l'attrait de sa sensibilité expansive.
Peut-être aussi est-il permis de supposer qu'ayant le plus vif désir déplaire au plus influent de sesjuges (1), il fut pris d'une sorte de vertige en face de sa doctrine, qu'il avait si violemment attaquée autrefois. Le charme dura près de deux années. Cabanis demeura son ami, mais il cessa d'être son maître. Peut-être néanmoins faut-il attribuer à son influence
(1) Cabanis ne fit pas partie du jury qui examina les méraoircB présentés au premier concours.
ISTRODUCIION l)K l.'l'lDITKUU I.XXIII
le f:;oril i|uc Main»^ de Hirnii eut jusqu'à la (in de sa vie pourl't'tudo de la physiologie et de la médecine !
Oiioi (pi'il en soit, on trouve dans le di-veloppement de la pensée philosophicjue de Maine de l^iran l'exemple, (|ui n'est |(as isolé dans riiisloii'(^ de la philosophie moderne, d'un philosophe, (pii pai'li de la pliysiologie où i! croyait Ironveil'explication de la pensée, s'est rendu compte, après une courte période d'illusion, que les causes des opérations intellectuelles et volontaires ne peuvent se trouver que dans la pensée elle-même. N est-ce pas à la même découvcrie que fut conduit par une voie analogue, le philosophe William .Jaujes? C'est après avoir constaté et éprouvé l'impuissance des physiologistes à expliiiuer la conscience et toutes les facultés qui s'y rattachent, que Maine de Riran, lihéré du préjugé matérialiste, entreprit de construire une philosophie nouvelle, que l'on peut désigner sous le nom de réalisme spi'ritualiste. Elle est en eiïel spirilualiste, puisqu'elle attribue la conscience à l'action sur le cerveau et le système musculaire d'une force hyperorganique ; mais elle est en même temps réaliste, par sa préoccupation constante de réduire la pensée, envisagée sous ses diverses formes et à ses différents degrés de perfection, à un ensemble de faits précis et indiscutables. Maine de Hiran critiquant l'idée de fait, arrivera à se convaincre avec Descartes, que le véritable fait primitif est le fait de conscience, mais par un ellort extrêmement original, il essaiera de compléter l'œuvre entreprise par l'auteur des Méditations, en saisissant le fait primitif dans sa pureté originelle. Tel sera l'objet de son prochain .Mémoire sur la Décomposition de la pensée.
Le 20 février 1920.
l'iKUUE TlSSEKANU.
INFLUENCE DE LIIABITUDE
SUH LA FACL'1/rÉ 1)1': l'EXSEli
OrVRAtJE ijll A REMPORTE LE PRIX SUR CETTE QUESTION,
PROPOSÉE PAR LA CLASSe' DES SCIENXES MORALES ET POLITIQUES
DE l'institut NATIONAL :
Délevniiner (jueth; est rinfUicnrc de l'habitude sur la faculté de penser; ou, en d autres ternies, faire voir T effet que produit sur chacune de nos facultés intellectuelles la fréquente répéetilion des mêmes opérations.
(Jue sont toutes les opérations rie l'àme, sinon des mouvements et des répétitions de mouvements ? (1)
(i) Bonnet (Psychologie).
PRKFACE DE LAiriEUK
Quekiuc oiicourageauts et h<>norables que soient les sutfrages de la classe qui a décerné la couronne à ce Mémoire, j'avoue cependant que je ne me détermine à le publier qu'avec ce sentiment de méfiance et de crainte si naturel à un auteur qui, sans avoir éprouvé ses forces, se soumet, pour la première fois, au jugement sévère et toujours redoutable du public.
Lorsque je commençai ce Mémoire, je ne pensais pas (ju'il fût destiné à voir le jour : sans viser à la gloire littéraire, je voulais seulement occuper les loisirs de ma retraite, et employer, à étudier mon intérieur, le temps que les circonstances particulières où je me trouvais, jointes à une santé débile, ne me j^crmettaient pas d'utiliser d'une autre manière.
En notant les observations que je faisais sur moimême, je clierchais alors surtout à m'entendre avec ma propre pensée ; il me semblait n'écrire que pour moi seul. Lorsque je me déterminai ensuite à offrir le tribut de mes méditations à la société savante qui m'en avait fourni le sujet, je crus encore qu'il suffisait de me bien entendre pour être parfaitement coni})ris ; je négligeai des développements inutiles pour des juges éclairés, des ornements superflus pour des juges sévères ; je partais de principes convenus entre eux ; je
parlais une langue qui leur était familière ; j'avais donc plus rarement le besoin de démontrer ou de définir.
En adressant mon ouvrage au public, je nie trouve aujourd'hui dans une situation bien moins favorable. Je ne me dissimule point tout ce que j'ai à craindre, et du dégoût presque général qu'inspirent les ouvrages de ce genre, lorsque la sévérité du sujet n'y est pas tempérée par les formes agréables du style, et de la rigueur avec laquelle on les juge, sans vouloir souvent se donner la peine nécessaire pour les entendre, et des préventions à la mode contre ce qu'on appelle la métaphysique, et des préjugés de quelques savants, qui considèrent ces sortes de recherches comme inutiles, et de l'opposition des ennemis de la philosoj^hie, qui veulent les faire considérer comme dangereuses ; enfin des critiques frivoles (1) ou amères des uns, comme des accusations graves des autres.
Sans doute lorsqu'on a cherché la vérité de bonne
(t) Je ne taxerai point pourtant en général de Irivolilé la plupart de ceux qui dédaignent ou condamnent les reclierches de ce genre ; je sais qu'il j en a parmi eux, qui honorent notre espèce et l'éclaircnt tous les jours par d'importantes vérités ; mais peutêtre s'exposent-ils du moins au reproche de légèreté dans ce seul point, de condamner trop précipitamment des choses sur lesquelles ils n'ont pu acquérir assez de données. (E.)
Malgré le discrédit presque général où sont tombées de nos jours les sciences que j'appelle de réflexion et qui sont connues sous le nom de sciences métaphysiques et morales, j'ai peine il croire que cette espèce de proscription soit durable. Il est impossible que ce mouvement continuel qui entraîne l'esprit humain dans toutes les directions ne remmène pas à lui-même et aux recherches qui lui sont propres, après qu'il sera lassé de ses excursions au dehors ; il est impossible que d'autres circonstances politiques, d'autres hommes à la tête de l'instruction publique, d'autres dispositions dans les esprits n'encouragent pas tôt ou tard ces sciences de réflexion, dont on semble vouloir aujourd'hui
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foi, avec pureté (rintention, et qu'on a pour soi, outre le ténioii;nai,'^e de sa conscience, le sullraj^e diin petit nunihre d'honiines saii'es et éclairés, ou peut se consoler de toutes les oppositions ; mais peut-être valait-il mieux encore ne pas s "y exposer.
extirper jusi|uiiux rarines el qui sont pourtant bien plus près • liion ne pense de la morale publique el particulière.
Il est impossible qu'on s'obstine longtemps k traiter de billevesée el de iliimères des sujets (jui ont tant et si profondément exercé la sagacité des plus grands génies des deux siècles précédents, des Descartes, des Malebrancbe, des Pascal, des Locke, etc. et encore de nos jours, d'une école célèbre qui a donné des hommes de génie dans les diverses brandies des connaissances humaines, je veux parler de lécole dl-Mimbourg. il faut que l'on prouve ou «pie ces grands hommes ont tout dit sur ces matières, quil ne reste plus rien îi découvrir après eux, ce qui ne s'accorde pas avec leurs prétentions plus modestes, les doutes nombreux qu'ils ont élevés sans les résoudre, les oppositions qui subsistent entre eux, etc., ou, si l'on pense que ces problèmes sont à jamais insolubles, il faut montrer pour(iuoi el comment ils le sont, ce qui serait en donner une solution très utile pour tout le monde, et surtout très profitable aux vues des ennemis de la métaphysique, puisqu'elle fermerait pour toujours une carrière où l'esprit Immain consume selon eux un temps et des soins qui pourraient être utilement employés. 11 en est ici comme des problèmes du mouvement perpétuel, de la (juadrature du cercle ; démontrer qu'ils sont insolubles, c'est les avoir résolus. Mais si ceux qui s'élèvent avec le plus de force contre ce genre de recherches métaphysiques ignorent complètement ce qu'est pour nous la métajdiysique, quoi est l'état de nos connaissances sur ces matières, ce qu'on a fait, ce qui reste à faire, et ([u'ils se bornent à des déclamations vagues, et à ce sourire présomptueux de l'ignorance, ils font preuve d'une légèreté bien condamnable. (Ju'ils songent qu'en atTectant de ravaler ainsi ce «luils n'entendent pas et ne veulent point entendre, ils fournissent au vulgaire, dans le rang iluquel ils se mettent, des armes contre la science quelconque dont ils peuvent s'occuper eux mêmes. Les principes des mathématiques, de la physique, peuvent aussi être tournés en ridicule par les ignorants et bientôt on finira par dire de toutes les connaissances : \ quoi bon ? .Nous avons assez d'hommes disposés maintenant à raisonner cl à agir comme le calife Omar. (E.)
Je devais au moins me donner le temps de faire à ce Mémoire les changements et les corrections dont il pouvait avoir besoin ; ajouter en certains endroits des développements ou éclaircissements nécessaires pour prévenir le danger des fausses interprétations, lui donner enfin une forme qui le mit à portée d'un plus grand nombre de lecteurs.
Sachant d'ailleurs qu'un ouvrage de ce genre est bien moins recommandable par l'exactitude de sa théorie, que par l'utilité pratique de ses applications, et convaincu d'un autre côté, que tout l'art de l'éducation consiste à former de bonnes habitudes physiques^ intellectuelles et morales (c'est-à-dire, à modifier persévéramment l'organisation, l'esprit et le cœur de l'homme, de telle manière, qu'il se dirige ensuite vers tout ce qui est bon et vrai, avec cette nécessité, cette sorte d'instinct d'une heureuse habitude), j'avais songé à faire converger vers ce grand but l'application de plusieurs principes répandus dans le cours de ce Mémoire, et à lui donner ainsi tout le degré d'utilité dont la nature du sujet le rendait susceptible.
Mais en suivant ce j)lan, u j'allais faire un autre « ouvrage à la place de celui que les suffrages de « l'Institut venaient d'honorer ; je m'interdisais la « faculté de le reproduire ensuite sous d'aussi heureux « auspices. D'ailleurs, le Mémoire jugé par la classe, « déposé en original dans ses archives, lui appartenait « en quelque sorte, et en le présentant comme ouvrage « couronné, il ne dépendait pas de moi d'en altérer « la forme. » Ces représentations, qui m'ont été faites par des personnes dont l'amitié m'est bien chère, et à l'ascendant desquelles je ne sais pas résister, jointes à l'intérêt qu'elles ont bien voulu prendre à la prompte