‹ uvres de Maine de Biran (volume 4)Chapitre 33 sur 35 · I'KM)K-K 3S · texte numérisé non relu

I'KM)K-K 3S

iliiils irnim'dials de !a sensibilité \nniv trouver de nouvelles hraïK'lies d'analyse, et de tAcher de ramener les elTels pereus par la conscience à leurs rjiiises déterminantes, qui ne peuvent ^tre dilTérenles des modiiicalions et dispositions des or;ranes. Et en ed'et. la (|ueslion proposée, quoi qu'énoncée en termes idéolo-fiiiues, réveill»>ra nécessairement dans l'esprit du pliysicien l'idée d'une foule de phénomènes que l'observation et l'étude «le l'homme physique offrent perpétuellement à ses veux. Le mot habitude lui rappelle cette cause active ilont il a tant d'occasions d'admirer la puissanci* dans les modifications infiniment variées de la nature or-^anique, les degrés de force ou de sensibilité de chaque organe, la manière dfmt il exécute ses fonctions proportionnée à la fréquence ou au tnode de leur exercice. S'il songe alors que la pensée est aussi une fonction de l'être sensible, qu'elle a un organe propre, indiqué par l'observation et le sentiment intime, que son cxenicc est soumis à certaines conditions physiques, (jne tous les autres radient vers lui et qu'il réagit sur tous, comment ne tenterait-il pas de ramener les effets des impressions et des fonctions n'-pétées dans cet organe à ceux que l'expérience' lui montre dans des organes mieux connus et dont le mécanisme se décèle à l'observateur dune manière plus marquée '?

D'un autre côté, quelque effort que fasse le méta[)liysicien pour se concentrer dans le monde idéal pur, s'il s'occupe des phénomènes de l'habitude, il ne pourra fermer les yeux sur tous les actes mécaniques que sa propreexpérience lui découvre à chaque instant, sur tant de mouvements aux(iui'Is la volonté ne participe pas. tant de sentiments confus (|ui l'eiilrainent malgré lui. uniquement parce qu'ils ont été répétés, tant de besoins particuliers à chacun de ses organes et dont ds appètent les objets dans des périodts fixes déterminées par la coutume. Le voibî donc rentré malgré lui dans le monde physique et forcé de chercher un point de ralliement entre ses habitudes organiques et ses habitudes inlellecluelles.

Pour traiter la (juestion dans toute sa généralité et avec toute la précision dont elle est susceptible, pour ré|...iidrc aux

Siif (F.UVKKS DE MAINE IjE BIHAN

vues des philosophesqui l'ont proposée, il faudrait doncs'élever à cette hauteur d'où, embrassant l'ensenible des phénomènes physiques, moraux et idéologiques qui constituent la science de l'homme, on saisit les rapports qui unissent les facultés ou puissances de divers ordres. Après avoir suivi l'économie vivante et le microcosme en particulier dans ses divers étals, dans ses modifications, dans ses nuances successives, s'être assuré comment le développement des facultés intellectuelles suit constamment celui des organes, que les variations dans ces derniers amènent des changements proportionnels dans le mode d'exercice des autres, que les causes physiques dont la répétition assidue imprime telles déterminations à certaines parties du système sensitif, donnent en môme temps une tournure particulière au caractère, aux penchants, aux idées de l'individu, que l'état de maladie, les afîections organiques, contre nature et particulièrement les lésions du cerveau changent les déterminations, les habitudes auparavant contractées, et en font naître de nouvelles ou en réveillent d'anciennes, analogues à cet état, que les dispositions acquises et les haltitudes des pères sont souvent transmises à leurs enfants par la génération, qu'il est donc des déterminations antérieures à l'expérience et à l'éducation que celles-ci peuvent modifier, mais non d(''truire, que le tempérament primitif, le climat rendent l'individu propre à contracter telles habitudes exclusivement à d'autres. — fondé sur ces observations et sur plusieurs autres, on démontrerait que le système des habitudes ne peut avoir ses racines que dans le physique de 1" homme, dans ses dispositions organiques, dans les déterminations de sa sensibilité, qui sont en partie innées, et en partit^ résultantes de l'action répétée des causes externes; on parviendrait peut-être, en comparant les faits, à déterminer les conditions physiques de la formation, de la persévérance des habitudes. Alors les différents modes de l'exercice de la pensée, les degrés d'influence que la répétition a sur eux, ne seraient que des cas particuliers qui rentreraient dans l'explication générale des effets que produit la répétition lies divers classes d'im[)ressions ou dopéralions sur la sonsibi-

.\im'I:ni)ici. .<r.:t

lité de chaque or^Miu- ol la nianièrc dont il twercn son activité oti ses fonctions. Le parallélisme entre les facultés sensitives et intellectuelles, qui aurait servi à répandre du jour sur celles-ci, recevrait de même sa eonfircnation par lidentilé <ui l'analogie des effets produits par l'Iialiitiuh^ sur les unes et les autres.

.le sens couibien il me mancjue de forre el de idiinaissance pour exécuter ce plan dans toute son étendue. Lorsque, pénétré de la difficulté de la question et de la faiblesse de mes moyens, j'osai enti'eprendrede la traiter, j'ai été loin d'espérer ([ue mes efforts lussent couronnés du succès, .lésais combien il manquera de choses à mon écrit pour lui concilier les suffrages des juges qui ont acquis tant de droits pour être difficiles ; mais mon but est entièrement désintéressé ! Si dans l'ensentble des idées qui me sont proprt's, il v en a quelques-unes qui paraissent vraies et utiles, je serai assez payé de mes travaux, et du sein de l'obscurité dont je ne désire point de sortir, j'aurai la consolation de me dire : « et moi aussi j'ai apporté une petitf^ pierre dans la construction de cet édifice, dont les philosophes de notre siècle ont rassemblé les matériaux et jeté les fondements, de cet édifice qui, sous le nom de science de l'homme, s'élèvera par les travaux de ceux qui viendront après nous et servira de rempart et d'asile aux générations futures, contre les préjugés, les vices et la tyrannie ».

Un autre motif m'a déterminé, c'est que les questions, du genre de celles qui nous occupent, demandent de la part de ceux qui veulent les traiter, un retour absolu sur eux-mêmes et une espèce particulière d'observation intérieure, trop méconnu des métaphysiciens. Il ne s'agit pas seulenient de combiner les idées par leurs signes, de poser des principes abstraits et par la seule force de la tète, d'en suivre au loin les conséquences; il ne s'agit pas seulement d'observer la marche de son esprit dans l'exercice régulierde la pensée, et l'emploi de ses méthodes etde son instrument, il faut encore se surprendre, pour ainsi dire, dans ces états de rêverie, d'atonie ou d'exaltation, de saillies ou de langueur dans les modes de la pensée, revenir en même

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ŒUVRES DE MAINE DE lîIRAN

temps sur le sentiment particulier que l'on a de son existence, les modifications des forces motrices et des dispositions senties des organes intérieurs, s'observer, en un mol, sou? le double rapport, physique et intellectuel. Mais pour cela, il faut être douéd un certain tempérament qui rende les modesde la sensibilité, les dispositions morales et intellectuelles si variables, établisse entre eux des nuances successives si tranchées qu'elles ne puissent échapper à l'individu qui s'observe. Avec ce tempérament, lorsqu'il est excessif, on n'est guère propre à enchaîner et à ordonner ses idées, à suivre un plan quelconque avec quelque constance, et par conséquent à faire des grands progrès dans les sciences de raisonnement : mais comme l'individu ainsi affecté a le sentiment intime de la subordination de l'état moral à l'état phvsique, ou du parallélisme et peut-être de l'identité de ces deux modifications, il peut fournir des matériaux utiles à ceux qui s'occupent avec zèle de l'étude et de la connaissance de l'homme, envisagé sous ses divers rapports. Ils ne doivent donc pas dédaigner de l'écouter afin de profiter d'une expérience étrangère, qu'ils ne peuvent pas suppléer par la leur propre. Ilelvétius d'un tempérament fort et chez lequel il y avait stabilité d'énergie n'a soutenu légalité des esprits que parce qu il n'éprouvait aucune variation dans l'exercice de ses facultés. C'est ainsi que le médecin recueille souvent des lumières précieuses en conversant avec des malades qui savent s'observer et bien rendre ce qu'ils éprouvent, et que ces malades feraient mieux que les médecins les mémoires à consulter.

Je dirai enfin pour justifier une entreprise au-dessus de mes forces que s'il appartient au génie, lorsqu'il entrevoit la vérité dans les profondeurs où elle se cache, d'écarter tous les obstacles et de descendre jusqu'à elle et de la produire au grand jour, la médiocrité faible peut quelquefois découvrir l'endroit où il faut la chercher et comme ces statues placées dans les carrefours indiquer la roule aux voyageurs.

Comme la marche analytique demande que l'on commence toujours par les laits les plus simples et qui se présentent naturellement les premiers dans un ordre de succession que l'on

AI'PKNDICK

propose de déleniiiiier, ji; dois exatninor d'al)ord (pu-Ile est l'inllueiue de Iliahilude sur les sensations et les perceptions, considérées eonuue les premiers faits qu'olïre l'élude de la nature sensible et inlelli;.^ente. Je renferme à dessein la question dans les premiers termes dans les(|uels la classe l'a présentée.

Condillac, si lumineu.x. lorscpi'il approfondit les méthodes de raisonnement et met à nu les artifices du lan^^ige, a laissé dans le vague les plus simples éléments de la pensée. Suivez, dans ses ouvrages, les différents sens qu'il a attachés au.x mots sensation, perception, impression. idée, et vous serez étonné de la variété, souvent du louche, de l'ine.xactitude de ces expressions. Ce grand homme ne s'était pas placé, dès son début, dans le point de vue propre à apercevoir les faits dans leur source; or, c'est uni(juement sur la classification exacte des faits que peut être fondée une nomenclature, une langue fixe.

Bonnet qui a tant analysé, qu'on croit entendre, .selon l'expression d'un honifne de génie, le bruit que font en se heurtant les chaînons de ses idées, n'a pas poussé son analyse jusqu'aux sources de la sensation et de la perception : « elles ne diffèrent, dit il que par le degré ». Il suppose avec Condillac, quoiquesuivant une marche différent»*, que toutes nos sensations peuvent ôtn; également distinguées, les unes des autres et même dans leurs nuances, et servir de matériaux à l'entendement, et devenir les objets ou termes de ses opérations.

Cependant Reid, se di-tlarant l'avocat de ce qu'il nomme sens commun, avaitété conduit à distinguer la sensation de l'etlet de l'action des objets sur les organes, ou des modifications agréables ou désagréables qu'ils nous procurent, de l'apcrception de ces objets et de la connaissance que nous en prenons comme

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existants hors de nous, car c'est ainsi qu'il caractérise ces deux premières opérations de l'être intelligent, et reconnaissant qu'il n'y a entre elles aucun rapport que la raison puisse découvrir, il prétend que la liaison que l'esprit y met et la nécessité avec laquelle il passe de l'une à 1 autre est un résultat de l'instinct et non de l'expérience, une première loi de la nature, en vertu de laquelle la sensation est signe naturel delà perception qui la suit. La distinction de Reid a été renouvelée par des idéologistes très modernes dont l'un, auteur d'un grand ouvrage que la classe a couronné : il remarque très bien qu'il y a une si grande dilTérence entre sentir et apercevoir que souvent nous apercevons mieux lorsque nous sentons moins vivement; mais cet auteur estimable pressé d'en venir à l'objet principal de son travail ne fait qu'effleurer cette distinction. Selon lui la sensation et la perception sont simultanées. C'est la sensation même qui est aperçue et non l'objet extérieur, comme l'entendait Reid, le mot peut toujours se séparer de sa modification, fût-elle unique, pendant tout le cours de son existence; l'affirmation, je sens, suppose la connaissance d'un fait etconstitue un jugement, une perception.

On voit qu'ici la sensation et la perception sont toujours unies et simultanées, ne sont séparées que par une métaphysique assez subtile et tandis que Reid désigne la perception et le jugement par cette affirmation tacite « ce n'est pas rnoi » que nous faisons à la présence d'un objet extérieur, l'auteur de l'ouvrage des signes... trouve encore le caractère de la perception dans cette affirmation plus simple : c'est moi qui sens.

Il y a dans l'opinion deDegérando un cercle vicieux, car pour apprendre qu'une sensation nous affecte avec un tel degré de force, il faut l'avoir déjà comparée avec une autre, ainsi la comparaison ne résulte pas de deux jugements; je ne puis pas dire que je me sens sentir ou que je me perçois percevant.

Indépt'ndammi'ul do toute impression faite sur les sf^ns externes et ludiiw de toute modilication rapportée à quelque partie du corps, il y a encore en nous un sentiment fondamental qui est celui que nous avons de notre existence ; cette modilication générale est la résultante de toute les afFections particulières qu'éprouve plus ou moins sourdement chaque organe interne, selon ses dispositions variables, ellen'estpointsoumise aux actions du deliors, se combine il est vrai avec ces actions, s enveloppe et disparaît le plus souvent sous leurs produits, mais elle n'en détermine pas moins toute leurs formes et les teint pour ainsi dire le ses propres couleurs.

Isolons nous de tout ce qui peut agir sur nos sens; écartons, s'il est possible, tous les tableaux de l'imagination ; suspendons les mouvements du cerveau, le travail de la pensée, et fixés sur nos dispositions physiques intérieures, voyons s'écouler, se pousser lesmodussuccessifsde notreexistence, comme le sauvage assis tran([uillement sur les bords de la mer regarde couler les ilôts. Qu'apercevons-nous '.' des sentiments tantôt de bien-être, de calme, de sérénité, de confiance en nos forces, tantôt d'anxiété, de trouble, d'impatience, d'bésitation ou de timidité. Sortons-nous hors de nous-mêmes ? Nous portons dans tous les objets la tache ou la nuance qui est dans notre œil ; tous les êtres seront amis ou ennemis; il faudra voler au-devant d'eux ou les fuir, un coloris enchanteur sera répandu sur toute la nature, ou elles se présentera voilée d'un crêpe funèbre.

Ces fnodes variables du sentiment de notre existence, quoique presque toujours confondus avec les impressions des sens externes ou leurs images peuvent néanmoins sortir de leur obscurité, soit par l'attention particulière que nous leur donnons, en nous examinant sous ce rapport, soit, en prenant d'eux-mêmes des caractères saillants qui ne permettent plus de les méconnaître et de les rapporter à des causes étrangères ;

c'est ainsi que dans les états d'hilarité, de chatouillement intérieur qui résultent d'une harmonie parfaite entre toutes les parties du système, il est impossible de ne pas sentir que la cause de cette béatitude est en nous-mème ; il faut en dire autant de cette tourmente intérieure qui sans douleur locale, sans sujet de peine dont on puisse se rendre compte, rend quelquefois l'existence si pesante, si difficile à supporter.

Quoique l'analyse ne se soit point appliquée à ce genre d'impressions et qu'il soit même d'autant plus difficile de les classer qu'elles ne se rapportent directement à aucun organe, et se perçoivent plutôt par leur résultante, que parleur influence particulière, elles n'en ont pas moins tous les caractères que nous avons reconnus dans les sensations dont nous avons parlé et doivent être mentionnées par conséquent dans une classification ou énumération tant soi peu exacte des résultats immédiats ou des aflections simples de la sensibilité physique.

Je dis qu'elle ont tous les caractères de nos autres sensa lions ; elles les ont même dans un degré supérieur ; résultats immédiats de l'activité des organes internes, elles n'intéressent que le sentiment dont elles sont les propres excitateurs, ne s'adressent au centre de la pensée que pour ranimer son action, quelquefois pour la troubler, l'ofîusquer ou en faire jaillir des images importunes qui la distinguent de ses opérations, elles lui donnent des lois sans jamais en recevoir, déterminent ses combinaisons sans jamais en faire partie; sujettes à toutes les variations, elles se chassent, se poussent les unes les autres, et font de la vie qu'elles composent un fleuve rapide où il est aussi impossiblede jeter l'ancre quede remonter; fugitives dans le souvenir, elles se relusent à toute reproduction volontaire; ainsi les sentiments aimables de la jeunesse, cette douce chaleur dont nous sommes animés, ces sensations vives, dont nous portons en nous-mêmes la source ont disparu, et pour toujours. Nous ne concevons même plus la possibilité de ces penchants, de ces désirs, de ces passions véhémentes qui nous ont entraînés autrefois avec tant de force (1 ).

(i) Celte classe d'impressions inlérieurcs concourant à former le

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« Il est pourtant un A'^^v où pour corlains sujots, la vie semble revenir sur ses pas, et ramener les illusions et les rêveries heureuses de la jeunesse « (voyez ïeA/énioire sur fùi/lNence itea âges» ; de mt^me dans l'étal de gaiti', nous oublions entièrement tout ce qui tenait aux modifications de la tristesse, dans l'état sain, ce qui tenait à celui de maladie; en un mot jamais le même état physique ne ramène le même état moral, l'un entraine l'autre dans son flux rapide pI labilur in omne volubilis œvuni.

Ces sensations, enfin, quand elles sortent de leur obscurité et font prédominer le sentiment agréable ou fâcheux de notre existence sur toutes les impressions extérieures, ces sensations, dis-je, sont éminemment allectives; c'est à elles bien plus qu'aux événements, aux chances, aux divers jeux de la fortune que

senlinient de rcxislence ne sont point apcivues |)uis(jiic le moi est cntiorement idenlifié avec elles, comme nous ne voyons pas le fluide qui nous fait voir, nous n'entendons pas celui qui nous fait entendre, nous ne sentons pas non plus immédiatement ce en quoi et par quoi nous sentons. Si dételles impressions étaient seules, notre mode d'existence serait donc purement véirélatif et parce que \emoi seraittoul cequ'il éprouve, il n'y aurait pas de wc»/ à proprement parler. Mais lorsque par l'action et la résistance il y a une personnalité formée, ce sentiment d'existence résultant d'impressions intérieures continues se distingue par des variations successives et des contrastes, l'impression de résistance et d'effort étant le terme constant ; nous sentons donc l'identité du moi agissant et voulant au sein de toutes les variations sensitives. C'est sin- cette base que repose la personnalité, la réminiscence. Il me parafi évident que le méiue sentiment de l'existence ou les mêmes impressions intérieures qui le constituent, renaissant à diverses époques, nous n'aurions aucun moyen de les reconnaître. Voilà pourquoi ceux qui vivent avec nous s'a[ierçoivent bien mieux que nous-mêmes des variations et des retours de nos humeurs, de nos goùls, de notre carar-lère. Celui-ci, constituant noire m;inière d'être fondamentale la plus intime, est aussi la jtarlie de nous-mêmes sur laquelle nous sommes le plus aveuglés ; il décide de la tournure de notre imagination et lui donne des lois ; cette faculté a donc aussi des rapports immédiats avec notre vie intérieiu'e ; la réminiscence, la mémoire et tout ce qui lient au Jugement ('tant liées à la vie exlériem-e.

nous devons presque tout le bonheur OU le malheur de notre vie, comme le charme ou le dégoût de chacun de ses instants. S'il existait quelques moyens de fixer ces sensations heureuses ou de les multiplier, ceux qui auraient trouvé ce précieux secret seraient les premiers bienfaiteurs de l'espèce et les dispensateurs du souverain bien, de la sagesse même et de la vej-tu, si on pouvait appeler vertueux celui qui serait toujours bon sans effort, puisqu'il serait toujours calme et heureux, c'est ce sentiment que Rousseau avait puisé dans l'observation de lui -même auquel il revient dans tous ses ouvrages.

Les modifications, qui dépendent des organes internes, sont si nombreuses, si variées, si influentes, qu'on doit être surpris qu'elles aient échappé aux analystes des facultés de l'homme, lorsqu'ils rapportaient l'origine et le développement de toutes ses facultés aux impressions des sens extérieurs, comment pouvaient-ils méconnaître cet aiguillon interne qui le dirigeait, qui donna si souvent l'impulsion à leur volonté et des lois mêmes à leur génie ?

Ce fût donc une découverte précieuse en philosophie, un nouveau champ ouvert, un nouveau domaine ajouté à l'analyse, que de distinguer les impressions et les déterminations, dépendantes de l'activité des organes internes, de celles qui se rapportent à l'action de ceux que l'on a proprement appelé sens; cette découverte explique bien des phénomènes, sauve bien des contradictions et donne au principe de la sensibilité physique une étendue, une généralité qu'elle ne pouvait comporter tant qu'on en restreignait les limites à l'exercice des sens extérieurs.

Aux sensations dont nous venons de parler et qui résultent d'un ensemble d'impressions plus ou moins confuses, dont chacune en particulier échappe à la conscience, il faut joindre ici celles qui se rapportent subitement à quelques parties externes ou internes de notre corps, quand celles-ci s'érigent par un chatouillement voluptueux ou se resserrent, se contractentsous l'aiguillon de la douleur, ces sensations (que l'on peut considérer comme des modifications de celles du tact, séparées de la

n'sistance) sin{?urM''ipmonl varires dans louis nuances, multipliées à l'infini selon la sensibilité de cliafiiie individu, sont l'^'alenient fugitives, et se succèdent sans laisser de traces après elles; cependant lorsqu'elles ont vivement intéressé lasenslbilité et se sont associées parsimultanéitéavec (juciques mouvements, perceptions ou généralernent quelfjues déterminations naturellement persistantes dans l'organe cérébral, les mêmes signes ou circonstances qui provoqueront la reproduction de ces dernières pourront aussi remettre le système dans un état semblable à celui qu'il éprouva par l'effet premier et direct des causes de ces sensations.

C'est ainsi qu'à la présence ou même au souvenir de Tbomme ou de l'instrument qui nous a fait éprouver une opération très douloureuse, il se passe dans les parties qui ont souffert, un mouvement de rétraction suivi d'un frémissement, d'une sorte d'Iiorripilationqui ressemblent au commencement de la douleur autrefois ressentie, et en renouvellent l'idée ou plutôt la sensation même affaiblie. Locke qui cite l'exemple d'un fait semblable le rapporte à ce qu'il nomme assez vaguement des associations d idées ; ce n'est point un pbénomène du même

ordre (1 ).

(I) C'est toujours rassocialion ou la non-association des idées avec quelque sentiment qui décide si elle sont ou du ressort de l'irnagiiialion ou de celui de l'inlelligence.

taiuj: des m.vtièuks nr tomk svxom)

Pasfus

Inthoduction de l'éditeuu I

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