‹ uvres de Maine de Biran (volume 4)Chapitre 4 sur 35 · INFLUENCES DE CONDILLAC, BONNET, CABANIS, BARTHEZ, DE TRACY · texte numérisé non relu

INFLUENCES DE CONDILLAC, BONNET, CABANIS, BARTHEZ, DE TRACY

Cette question se divisait en deux parties, 1 une. prélimin.iire, portant sur la division de la pensée ou la classification des facultés ; l'autre, fondamentale, se rapportant à l'inlluence de l'habitude sur chacune d'elles. l*our répondre à la première

question il était nécessaire que Maine de Biran s'inspirât des travaux des philosophes antérieurs ou contemporains; et dans les vingt premières pages du brouillon de son Premier Mémoire, il a soin de noter ce qu'il leur doit.

La réputation de Condillac était grande auprès des membres de la deuxième Classe de l'Institut qui avaient mis ce sujet au concours. Destutt de Tracy, dans un mémoire sur la Faadté de penser quï\ lut lui-même devant ses collègues des Sciences morales et politiques, disait : « Condillac a été plus loin (que Locke) dans son admirable Traité des sensations : il a exposé un grand nombre des etîets de la sensation dans l'entendement, avec une analyse si exacte et si claire, qu'il ne reste plus aucun louche sur l'origine de nos idées. Cet excellent ouvrage me parait, sous ce rapport, d'une perfection qui ne laisse rien à désirer, et on peut dire que la statue de Condillac apprend complètement aux hommes comment ils sont moditiés intérieurement par leurs sensations. Voilà donc un point bien éclairci » (I).

Il est bien vrai, reconnaît Maine de Biran, que la sensibilité est pour les êtres vivants un principe d'une généralité aussi grande que l'attraction pour la matière. Mais tandis que ce dernier principe repose sur de très nombreuses observations et que les applications diverses, que l'on en a faites, en prouvent la fécondité, il s'en faut de beaucoup que le principe posé par Condillac comporte des applications aussi exactes et aussi générales. Si l'on admet que la sensibilité physique est tout entièredanslescinqsensextcrnes,il s'ensuilquerien n'estanléricur à leur exercice et par conséquent à l'expérience externe, que l'appétit et l'instinct se confondent avec les connaissances et les actes réfléchis, que les hommes ne peuvent différer que

(1) Mémoires de' V Institut national des Scienijes morales et politiques, t. I, p. 289.

INTKODUCTION DK L'I^LiITEUR IX

par la plus ou moins ^raink' (inossc dos sens. Aussi Ins philosoplu's se sonl-ils (j'aulant plus ôgarés (|u'ils sont rcslc's plus lidt'Ies à leurs prinripos ri l'esprit de système les a conduits h fomlialtre roxpérience la plus évidente. « Comment se ilissimuler, pourpeu qu'on se soit observé soi-même ou ipiOti .lit observt' la nature organique et sensible dans ses divers états, <|u'il existe une eorrespondanee parfaite entre les dispositions des organes internes, leur cxcilalinn par des moyens a ppi'o- [triés, leurs lésions dans divers ('lais di' maladie, leur df-veloppement naturel ou leur mutilation, les variations enlin de (|uelques-uns de ces organes ou de leur ensemble par des causes accidentelles ou naturelles, et les penchants, les modes de la sensibilité, l'apparition de telles images, la tournure des idées, toutes les nuances enlin, tous les degrés de force ou de langueur dans les facultt'S intellectuelles » (1). Le parallélisme n'est-il pas la preuve d'une liaison de cause et d'ellet entre les fonctions organiques et les facultés intellectuelles ?

Les excitations externes ne viennent donc pas impressionner un sujet ind(''lerminé comme la statue de Condillac ; elles servent bien plutôt à donnei- la foi'me à un fond primordial, déterminé par l'organisation intérieure et l'ensemble des dispositions que le système porte en lui. De là dépendent les appétits, les penchants des êtres sensibles, et, chez l'homme même, la direction de la volonté, la force des passions et l'iMiergie de certaines irlées, dont on chercherait vainement la cause en didiors. (lette erreur initiale de Condillac, nous avons vu que Maine de lîiran l'aperçut dès ses premières réflexions philosophiipies, bien avant que (iabanis l'eût dénuncé(; et rél'ut(''e dans son Mémoire sur l' liislnirc pliijsiolo(ji(jae des sfiisa/iotis.

Llle eût tmiacbé toute la science idéologique, si fidèles à leur méthode, Condillac et les philosophes, qui l'ont suivi, eussent tenté d'expliquer par de simples considérations sur le physique de l'homme toutes les opérations de l'intelligence ; mais

(1) l'remier appendice, p. 313.

délaissant de telles considérations, ils ont trouvé, dans l'usage des signes artificiels, un nouvel instrument d'analyse et ils ont désormais limité leurs recherches à l'étude de l'influence des signes sur toutes les opérations de l'entendement. Dès lors « ils ne songèrent plus qu'à composer et décomposer les signes de nos idées de tous les genres, pour en connaître les éléments, à observer et comparer l'ordre successif des signes dans les constructions des langues, pour apprécier la manière la plus naturelle, dont ces idées peuvent se lier entre elles et former des tableaux réguliers et complets. Ainsi la pensée fut considérée comme un art qui suit les mêmes progrès que l'art de |)arler et est identique avec lui. Ainsi l'idéologie fut transportée tout entière dans la grammaire générale » (1). Mais l'analyse abstraite des formes du langage ne remplace pas l'observation ; elle nous laisse non seulement dans l'ignorance de toutes ces opérations simples de l'entendement qui suivent immédiatement les lois delà sensibilité, mais nous trompe sur la véritable nature des idées. Toutes les sciences ne sont pas de même nature que les sciences mathématiques, où les rapports des idées découlent des rapports des signes. Quand il s'agit de connaître la nature de l'homme, les rapports des signes doivent être cabjués sur les rapports des faits ; on ne saur.iit assimiler les idées morales par exemple aux idées algébriques. Le sensualisme de Condillac enveloppe une contradiction interne, puisqu'il subordonne l'expérience à la logique. La réalité a une diversité d'aspects, et une richesse de contenu (|tii ne sauraient trouver place dans les cadres rigides où il prétend l'enfermer II ne suffit pas de renoncera la recherche des causes premières et des substances, ni d'assigner comme but à la science la connaissance des rapports, si l'on substitue des rapports fictifs cré(>s de toute pièce par une sorte d'imaginatJon abstraite aux rapports qui découlent delà nature des choses. (>ondillac n'est pas un esprit positif, soucieux de soumettre ses idées à l'épreuve des faits ; c'est un constructeur de

(i) .\ppendice, p. 346.

INTnODlTCTION DK L'l';UlTiaR XI

syslrmp, non un olis(>pval<'ur. Toute sa doclrine est hàlio sur une hypothèse qu'il netrontiùle jias; il lui arrive, pai- suite, de s'éloigner d'autant pliisde la n alité (|iril se nionliv plus lidèjc à ses princi|)OS.

]Maine de Hiran lui pri-fé-ra d'abord Cli. lionnel pour le souci (|u'il niauire>le .le rester >nr le tiMiaiu ïnlide de rexpérienee et dedonner un corpsà ses idiTS. I.uidii moins s'ostelVorcé d'expliquer le moral par le physique, en rapportant les diverses manifestations de la pensée aux mouvements des fibres du cerveau. Dans son Premier Journal, Maine de Biran se sépare de lui sur plusieurs points ; mais il semble du moins approuver sa méthode; il en est si profondément imprégné qu'on le voit à chaque instant traduire dans fon langage le sentiment qu'il a de l'étal de son àme. Il avait fait partager son admiration pour l'auteui- de V Essai ana/i/tifjue de l'aine h son ami N'ai) llullbem (juilui écrivait le 14 vendémiaire an Nil : « Votre Dupont de Nemours commence à radoter loutde bon. 11 a fait une critique très amère ou plutùldes invectives très déplacées contre Charles Bonnet, cet auteur estimable, cet excellent analyste, cet observateur exact et judicieux dont les ouvrages feront toujours le charme des philoso|)hes rationnels » (1). .Maine de lîiran place son Mémoire sur [habitude sous le patronage intellectuel de Honnet, en inscrivant en tète de sa [)réface cette pensé<! qui est comme la formulede son système : " Hue sont toutes les opérations de Tàme sinon des mouvements et des répétitions de mouvement ? » (2). Un peu plus loin, en tète de la Section première, il écrit cette pensée du même auteur, qui est un corollaire de la première: « Mon cerveau est devenu pour mui une retraite où j'ai goûté des plaisirs qui m'ont fait oublier mes aflliclions .. (1). .Mais il semble

(1) l-oiiiis .Navillf (lenéve.

(2) Bonnet, Fsychuloyie.

su ŒUVRES DE MAINE DE BIRAX

que dans la manière dont il traite le sujet, et quant à la méthode qu'il suit, comme aux résultats auxquels il aboutit, il soit beaucoup plus éloigné qu'il ne le croit de l'auteur qu'il prend pour modèle. Certes, Maine de Hiran est, comme lui, partisan de ce qu'il nomme la phijsique expérimentale de l'àme ; il aborde l'étude des opérations intellectuelles par l'observation interne et par l'observation externe ; il explique les facultés de l'cime par les fonctions du cerveau. Mais Bonnet suit-il fidèlementcelte méthode?Il semble bien qu'il soit plus préoccupé de construire une théorie que d'observer et d'expliquer exactement les faits. Il n'a nullement observé ces mouvements des fibres du cerveau qu'il considère comme le substrat matériel de loutes les opérations de l'âme? Il procède en ps^xhologie comme Descartes en phj'sique, et sa méthode diffère autant de celle de Maine deBiran que la méthode de Descartes dilfère de celle de Newton. Maine de Biran nous le dit lui-même. Il multiplie et complique les mouvements de ces libres et leur nombre, selon le besoin, arbitrairement, comme les Cartésiens imaginaient et variaient les tourbillons à chaque phénomène nouveau. Il imagine de toutes pièces ce mécanisme cérébral pour expliquer les faits qu'une observation rapide et souvent inexacle lui révèle. Bien n'est plus instructif à cet égard que son explication physiologique de la mémoire. Sa théorie est la simple traduction ou la représentation symbolique des lois (]u'i! a trouvées par l'observation interne: et comme il ne se rend pas compte de tout ce qu'il y a d'illusoire dans une semblable explication, il lui arrive ensuite de considérer le mécanisme cérébral comme la réalilé primitive dont la mémoire serait le reflet. De là vient qu'au lieu de corriger et de perfectionner la doctrine de Condillac, il commet par esprit de système de nouvelles erreurs, notamment au sujet de la liberté, qui ne saurait trouver place dans un tel système. Il confond la mémoire avec l'imagination, la perception avec la sensation, élimine des opérations intellectuelles toute activité

(I) Bonnet, prélacc de V Essai analu tique de Came.

iN-rnormcTioN i>k i. i:i)iTr.iJU xiii

ori,s;inale (le l'esprit, rôiliiit les sentiments aux images cl e(jnsiiière le eerveau coniinc le centre connnun de la sensihilité i-t de l'intellijïeiu'e. Quf reste-t-il enfin de la formule tant admirée par Maine de iiiian (jue les opérations de la pensée ne sont (|ue ties mouvements et des ré|)élitions de mouvements "! une allirmation vague, car nulle part dans les œuvres de Honnet ne se trouve exprimée la distinction précise (jue fait Maine de Bilan entre les mouvements organi(|ues qui retentissent dans le cerveau et les mouvements volontaires qui sont dus à son initiative et à son ellort propre, (le n'est donc ni de Bonnet, ni de (londillac (|uc Maine de Biran s'inspire dans sa division de la pensée. Ses deux véritables maîtres sont deux de ses futurs juges, Caùmn's cl (/c Tranj; au premier, il doit son explication physiologique des opérations intellectuelles, au second son idée du rùle de l'activité motrice, ou motilité. Maine de Biran a combiné dans une synthèse originale et en les appropriant à son sujet leurs idées fondamentales.

Nous ne prétendons pas que l'éloge de <".ondillac et de Bonnet, qui revient sans cesse dans les premiers écrits et dans la correspondance de Maine de Biran, manquAt de sincérité, et qu'il fut inspiré, dans le il/«motVe sî/r l' injtuence de llmbilude^ par le désir de se concilier la bienveillance d'un jury dont l'attachement aux doctrines de ces philosophes, notamment de (londillac, était connu ; non, il approuvait lui-même leur conception de la philosophie, comme d'une sorte de physi(|ue ou de chimie mentale, il appli(]uait leur méthode qu'il com[)are à celle de Lavoisier, et qui consiste à produire toutes les opérations de la pensée par la combinaison de ses éléments dégagt' s par l'analyse ; mais il leur reproche à l'un et à l'autre d'en avoir fait un mauvais usage ; au lieu de faire une analyse exacte et comi)lète des opérations intellectuelles, et de s'assurer, par un retour constant à l'expérience, de l'exactitude des résultats obtenus par la combinaison des éléments, ils se sont montrés l'un et l'autre plus épris de logique que de vérité, plus soucieux de construire un système que d'expliquer les faits, ils n'ont pas apporté dans TiHude de la pensée, les qualités

XIV œuvres; DR MATNK DE RIRAN'

intellectuelles qui ont assuré le succès des sciences expérimentales ; s'ils ont conçu en savants le but rie Tidéologie, ils l'ont réalisé en métaphysiciens.

Sans être eux-mêmes entièrement exempts de ce défaut qu'il est si difficile aux philosophes d'éviter, si toute philosophie est un essai de systématisation dans lequel l'imagination est en quelque sorte naturellement amenée à combler les lacunes d'une expérience toujours imparfaite, Cabanis et de Tracy ont apporté dans leurs études sur l'homme, un souci d'exactitude et de précision, qui devait séduire Maine de Biran. Maine de Hiran reconnaît ce qu'il leur doit dans une lettre à de Tracy qui est probablement de 1804. « Nous pouvez croire que vos deux premiers Mémoires de l'Institut, votre Idéologie et maintenant /a Grammaire que je tiens, m'ont fourni le texte de presque toutes mes Méditations idéologiques depuis cinq ans, comme l'ouvrage de notre grand et excellent ami m'a fourni toutes les données pour l'applicalion de la physiologie à la science de l'entendement humain. C'est à vous deux qui êtes unis dans mon esprit et mon cœur, comme aussi entre vous, par la plus tendre amitié, c'est à vous que je rapporte toutes mes idées et tout ce que je sais à l'époijuç présente de ma vie intellectuelle. Lalecturedes Mémoires précités fitdans mon esprit une révolution dont je conserverai probablement toujours les traces, quelques modifications, que d'autres circonstances et cette sorte de fatum qui maîtrise, entraîne souvent nos idées comme tout le reste, puissent lui imprimer à l'avenir .)(1).

Contrairement à ce qui lui arriva, à l'égard de Ch. IJonnet, Maine de Biran parut d'abord avoir été prévenu fâcheusement contre Cabanis, si l'on en juge par les critiques sévères qu'il lui adresse dans les fragments que nous avons conservés de

(1) i'oii.is Naville (MSS-NS-CXXXVIII).

INTKOhUi TION- DK

son Mhnnin' sur /'in/lni'iict' dis sit/iics. Il lui rcproflic loul à la fois (les inexafliliides, loistju'il anirme par ex(Mii|)l(' « (lu'on ne dislingue les sensalions (ju'en leur attachant dos signes (|ui les représentent et les earaelérisent » et sun parti pris nialérialisle lorsqu'il écrit dans son Second Mémoire « (jue le cerveau (ligèi-e en t|uel(jue sorte les impressions, qu'il fait organiquement la sécrétion de la pensée ». « C'est bien, s'écrie Maine de Iliran, la plusgramleahsurdité, la plus grande impropriété du langage ijuon puisse imaginer » (1).

Mais cette impression s'ell'acera bien vite et Maine de Iliran ne tardera pas à discerner sous ces métaphores et ces imprudences de langage, un riche fond d'observations solides et Unes, des connaissances précises en physiologie et en médecine, enfin un art véritablement exquis de moraliste par où Cabanis s'apparente aux Malebranche, Rousseau et à Maine de IJiran lui-nu^me. il y avait entre leurs esprits, comme entre leurs caractères des afiinités qui devaient créer entre eux ces liens de tendre amitié dont Maine de IJiran parie dans sa lettre à de Tracy.

(Jue doit-il à Cabanis? Nous savons que bien avant d'avoir lu /es Mémoires sur l'in/Iueuce du physique sur le moral, Maine de Hiran l'avait notée sur lui-même. Il loue, dans son Premier Journal, .lean-Jacques Rousseau de l'avoir aperçue, et même d'avoir songé à écrire un ouvrage qui lui permettrait, par une connaissance exacte des rapports qui unissent l'àme au corps, de gouverner ses alîections et d'atteindre au bonbcui-. Un tel ouvrage relèverait plus de la médecine que de la morale, et c'est sans doute pour cela que Rousseau ne put l'c'ciire. Ce soin revenait à Cabanis qui était tout à la fois un médecin et un moraliste. Mais ce n'est pas à lui qu'il faut en attribuer l'idée première. Avant lui, Rousseau et Maine de Biran avaient découvert en eux tout ce monde de sensations obscures, de sentiments confus où retentissent raille influen-

(1) Œuvres de Maine de Itiran (l'i-lix Alran), tome I, édition Tisserand, pf). 270 277.

XVI (KUVRES DK MAIXF. FJE BIRAN

ces, inconnues de nous, de nos organes, et par l'intermédiaire de ces organes, de l'univers tout entier. Avant lui, Maine de Biran a soupçonné la profondeur de cette vie inconsciente où notre personnalité plonge ses racines. Ce qu'il lui emprunte c'est la connaissance de ses conditions physiologiques; c'est au lieu du symbolisme imaginé de toutes pièces par Bonnet, la détermination précise des faits, telle qu'elle apparaissait à un savant de la fin du xviii^ siècle.

« il était réservé, dit-il, ;i l'auteur de V Histoire des sensations de porter les lumières de la physiologie dans cette partie de la métaphysique qui doit servir de hase à toutes les autres, de bien distinguer les phénomènes, d'en rapporter chaque classe à son principe, d'envisager les premiers matériaux de la pensée dans leur siège organique, d'assignei-, p.'ir la ditférence physique des organes, les degrés de persistance et de netteté dans les impressions, de trouver dans des foyers particuliers de sensibilité, dont l'influence avait été méconnue par les métaphysiciens, les causes des déterminations instinctives, des appétits violents, des sentiments énergiques, des anomalies et des variations des modes de la sensibilité qu'offrent les individus dans les divers âges de la vie, dans chaque période et (|ueIquefois dans chaque instant de leur mobile existence, enfin de lier le sentiment, le mouvement, et la pensée, et de faire voir par une collection précieuse de faits parfaitement appropriés à son dessein, comment ces trois grands phénomènes de la nature animée ne sont que des modilications du même principe, et des résultats purement oigani- (|ues de l'activité du système sensilif.

0 C'est après avoir lu cet ouvrage qu'on est conduit à penser avec Diderot : >< (|u'il appartient à celui-là seul qui a pralicpié la médecine d'écrire la métaphysique; lui seul a vu les phénomènes, la machine tranquille ou furieuse, faible ou vigoureuse, saine ou brisée, délirante ou réglée, successivement imbécile, éclairée, stupide, bruyante, muette, léthargique, jigissante, vivante, moi'le » (1).

(I) Appoiiilico. p. 3-48,

tNIMiODUcriON riK l/KIHTKfK XVIÎ

Dans st»n Dontihnc Mi'iiniin', (laltatiis t-lalilissail la sulxjriliiialion ili' luiil cr (|iii inaifiiic en nous de l'aclivité à la sensihilili'. •■! di' cllc-ii aux nerfs. Il nioulrc succ(?ssiveni(»nl (|ut' les nerfs sont les or^'anes de la sensihililé, (|ue de la sensiljililé seule dépendent les perceptions (|ui se produisent en nous, ijue les mouvements volontaires ne s'exécutent qu'en vertu lie ces perceptions et que les ori,'anes moteurs sont soumis aux organes sensilifsel ne sont animés et dirigés que par eux, que les mouvements involontaires et inaperçus dépendent d'impressions re<;ues dans les organes internes ou les viscères ; qu'il y a donc lieu d'admettre en nous, en dehors des sensations externes, des sensations internes, qui sont en grande partie indéterminées. Cabanis croyait pourtant pouvoir leur rapporter : I'^ les déterminations qui se manifestent dans les (enfants et les jeunes animaux au moment de leur naissance, et les passions qui se manifestent aussitôt sur leurs physionomies; 2° celles qui tiennent au développement des organes de la génération; 3" celles relatives, dans certaines espèces, à des organes qui n'existent pas en nous; i" l'instinct maternel ; 1j" les eiïels de la mutilation, en un mot tout ce qu'on appelle instincts par opposition à ce qu'on appelle déterminations raisonnées. Dans les Mémoires qui suivent, Cabanis établissait d'autre part l'influence des âges, des >exes, des tempéraments, des maladies, du régime, des climats, sur les idées et les aHeclions morales.

Enfin, indépendamment des impressions que le centre céréjjral reçoit de ses extrémités sentantes, tant internes qu'externes, il en reçoit de directes par l'elTet de changements qui se passent dans son intérieur. Telles sont les dispositions maniaques, si persistantes, si tenaces, qu'elles dominent, et les impressions qui viennent des organes internes, telles que les déterminations instinctives au sens large que Cabanis donne à ce mot et celles qui viennent par les organes des sens. La mémoire et l'imagination se produisent très souvent de même, <ans excitation étrangère.

Toutes ces impressions primitives ou dérivées ont d'étroits

M. DE B. II. — b

XVITI ŒUVRES DR MMKF, DR P.TRaK

rapports avec l'anatomie du cerveau et des nerfs; la distinction plus ou moins grande des impressions sensorielles tient à la nature de leurs terminaisons et des causes qui agissent sur elles; la santé morale provient d'une sorte d'équilibre entre les forces sensitives disséminées dans l'organisme et les forces motrices.

Maine de Biran emprunta directement aux Mémoires de Cabanis les considérations physiologiques dont il accompagne ses observations et ses analyses psychologiques. Il ne les invente pas comme Bonnet, pour les besoins de sa cause, il les demande à la physiologie et à l'anatomie de son temps. Elles sont beaucoup plus abondantes dans le Premier Mémoire que dans le Second; des pages entières consacrées à la structure des nerfs ont disparu dans celui-ci, ou du moins, ne sul)sistent que sous une forme résumée.

Il n'est pas douteux non plus qu'il ne doive à Cabanis de nombreuses observations sur la nature et les caractères de nos divers ordres de sensations, notamment des sensations alTectives, telles que les sensations de goût et d'odorat. Cabanis avait très nettement aperçu que les impressions des sens affectifs naturellement vives, changeantes, tumultueuses, sont très difficiles à rappeler, surtout volontairement, tandis que la vue et l'ou'ie sont les deux sens qui nous donnent les impressions dont le souvenir est le plus durable et le plus précis; que la raison en est, pour l'ou'fe. l'iisrige du langage articulé et peut-être aussi celui du caractère rythmique de ses impressions, pour la vue, la possibilité de renouveler, prolonger, séparer les sensations les unes des autres. Il semble en (in que .Maine de Biran nit emprunté à (;al)anis l'idée, illustrée par tant d'exemples divers, des sympathies étroites qui unissent l'imagination aux modifications des organes internes, telles qu'elles se manifestent dans la folie, les états extatiques, les passions, et à celles qui se produisent dans le centre sensilif lui-même.

I/inIluencede l'auteur de Vllisloire iilnjsiolocjique des sensations sur le jeune candidat au concours institué par l'Institut sur V Influence de fhubilude fut donc considérable; peut-

iN'TiioiMTTios: r>K i.'KDirKirr! XIX

•Mre m(?me aurait-on le droit de |RMisor (lu'elle ne (ut pas toujoiMi. Iioureuso. Si .Maine de Iliran subordonne, sinon dans \i' tond d." sa pensée, du moins dans l'expressiijn (|m"iI lui donne, l'aclivilé de l'esprit au centre cérébral, c'est iju il n'a pas encore réussi h en secouer le joug. Hien qu'il considère la conscience comme irréductible aux sensations externes ou internes, et qu'il en fasse l'origine de la mémoire et de toutes les opérations inlellecluelles, il ne dit nulle part expressément qu'elle suppose l'irruption dans le cerveau d'une force hyperorganique. Ce n'est pour lui, comme pour de ïrac}- h qui il en a emprunté l'idée, qu'un sens nouveau, le sens musculaire. L'elVort volontaire est assurément distinct des autres sens, puisqu'il a son origine dans le cerveau. Mais (Cabanis n'admettait-il pas que « le système cérébral a la faculté de se mettre en action par lui-même, c'est-à-dire de recevoir des impressions, d'exécuter des mouvements, et de déterminer des mouvements analogues dans les antres organes, en vertu de causes dont l'action s'exerce dans son seir), et s'applicpie directement h quelque point de sa pulpe externe » (1).

Kn écrivant cela, (Cabanis n'avait pas en vue le sens musculaire, dont il n'a pas saisi l'originalité, ni l'importance; mais du moins, on peut dire qu'il y avait place dans sa doctrine, pour une action motrice émanée du centre cérébral; et dans son Premier Mémoire notamment, Maine de lîiran enferme sa pensée dans le cadre des Mémoires sur l'Iiistoire des sensations. Il est vrai que pour Cabanis nulle action irradiée du cerveau ne saurait être véritablement jirimitive : elle est nécessairement déterminée par des modifications produites, soit dans les objets extérieurs, soit dans les organes, soit enfin dans sa substance même; c'est une réaction à une impression subie : et il ne peut en être autrement dans une doctrine matérialiste. .Maine de Hiran

(I) Cabanis. Troisii'iiie Mi-nioii-c sur fllisloji'c |iliysiol()i,'i(iiio des Si-nsalions. /i(i/)/)i>rfs iln itlnisii[Hf et tlii nutral ilf i'/iumi/iP (Paris, t.liarpenlier, tsi:{).

SX (KUVRr'.S DE MAISK DK RFRaS:

admet dans le Mémoire sur tliabiluUe une véritable initiative du cerveau : c'était la voie ouverte au réalisme spiritualiste, que dès le Mémoire sur la décomposition de la pensée, il professera. Il lui reste à comprendre qu'une initiative véritable du cerveau n'a de sens que si elle correspond à une initiative de l'esprit c'est-à-dire à sa liberté.

Il convient de rapprocher de l'influence qu'exerça Cabanis sur la pensée de Maine de Biran, celle de Barthez, à laquelle il fait plus d'une fois allusion dans ses premiers éci'its et qu'il note expressément dans son Premier et son Second Mémoire.

Harlliez partageait sur l'objet de la science les vues de Condillac, Bonnet, Cabanis, et d'une manière générale, des philosophes et savants français du win" siècle. Il est évident dit-il, que les causes premières ne peuvent être définies dans leur essence, quoique leur exislence nous soit intimement connue. Les phénomènes de la nature ne peuvent nous manifester que l'ordre dans lequel se succèdent les faits, c'est-à-dire quelles sont les règles que suit la production de ces ellets et non ce qui constitue la nécessité de cette production. De là il suit que, dans la philosophie naturelle, on ne peut connaître d'autres causes que les lois, que le calcul de l'expérience a découvertes dans la succession des phénon^^es. On peut donnera ces causes expérimentales les divers noms synon}mes et pareillement indéterminés de principes, de puissances, de forces, de facultés, etc. Une semblable expression indéterminée abrège le calcul analytique des phénomènes. Mais toute explication de phénomènes naturels ne peut en indiquer que la cause expérimentale.

Les doctrines « des médecins solidistes, des animistes, des mécaniciens » sur les phénomènes vitaux ne s'accordent pas

(I) Xouvenux. élihnenls dp la science de l'homme (lîarlliez, Paris (1778) (V, VI, Vil).

tN ri;ni.r.'Ti<)N rtF. i. i.imtf.ur xxI

avpc CCS principes de la philosophie nalnrelie, soit qu'elles aillent chercher des causes en dehors de rcxpérience, soit «|ue dans ses limites niAnies, elles se Iroitifienl sur les vraies causes. liCs nn'ilecins solidistes admettaient celte opinion de N'an llelmont, d'après laquelle il existe un esprit inné dans cha(juc organ<', qui s'est di'caué de la semcnn' dans la formation de cet organe où il a jii'is dos flt-ti'rniinatiiMiN s|t(Vi;ili's, pI une .^me sensilive ctendue à tout le corps, qui a vivili»' dans un insl.int cet esprit séminal <lont l'ilc s'est approprii- les alîections particulières [De Lethiaai, p. (iS).

11 sullil. répond liarlhez, pour détruire ces liclions et d'autres semhiables, d'observer qu'il est douteux si le principe de vie qu'on peut «lésigner par le nom d'Ame sensilive existe autrement que comme une loi de ces combinaisons du mouvement et de la matière qui font un corps vivant. On voit qu'une telle loi primordiale n'est point un être distinct, non plus que les lois moindi-es qu'elle renferme, et qui sont les causes des fonctions de chaque organe, tant générales de sensil)ililé,de nutrition, etc. .que particulières, dedigestlon de menstruation, etc. Mais dans la supposition même où l'àme sensitiveserait unètre subsistant par lui-même, on n'est point fondé à prétendre que les causes des fonctions des organes ne soient pas des facult»"s de cet être et qu'elles suivsislent hors de lui f I \

(Juant aux animistes, ils ne rendent pas compte [tar riinilt' d'un même principe des contradictions que l'homme éprouve si souvent entre sa volonté dirigée par la raison et sa volonté conforme à ses nppétits violents. IJarthez cite à l'appui de son opinion cette parole de Saint-l'aul, qu»! .Maine fie lîiran aimait lui-même à citer : « N'ideo aliam legem in membris meis, repugnantem legi mentis mem (Kpist. ad. Uomanos 117) (21.

Knfin il est impossible d'expliquer par des concepts méca-

(l)/r/.,.\lll,.\IV.

(2) Id., |)p. Zt-S.S.

XXII ŒUVRES DE MAIVE DE BIRAX

n"ques les forces surprenantes que le principe vital exerce dans la contention des divers muscles et les accroissements comme arbitraires dont ces forces sont susceptibles (1). Chaque organe a un degré de cohésion de ses parties que les impressions desagents extérieurs tcndentcontinuellement à affaiblir, mais qui est toujours conservé et reproduit par l'action de la force plastique et nutritive de cet organe (2).

Il faut donc admettre un principe distinct d(^ Tàmeetde la matière, si l'on veut expliquer les phénomènes qui se passent chez les êtres vivants ; mais il est difficile de séparer ce principe du corps dont il est la faculté vitale et génératrice. Il convient de distinguer en lui les forces sensilives d'avec les forces motrices, parce que ces deux sortes de force produisent des clfets (mtièrement dissemblaliles (division qui correspond h. celle de l'entendement et de la volonté, des métaphysiciens). Les forces agissent dans toutes les parties du coi'ps et ont entre elles cette liaison universelle qui forme l'unité du corps vivant et de plus elles ont dans les divers organes des communications particulières et plus fortes qui constituent les sympathies des organes. Ainsi s'explique le développement simultané des organes de la génération et de la voix (3), la grosseur du cou dans la femme après les premiers essais de plaisirs amoureux, et tant d'autres faits, qui attireront plus tard r.itlrntion de Cabanis. Il semble donc qu'il y ait en tout (Hre vivant, un principe qui veille à sa conservation* qui assure son unité, et la maintienne contre l'assaut des forces extérieures. Maine de Biran adopte cette idée dès le Mémoire surVIiabiludc, il s'en servira pour expliquer leselTets de l'habitude sur la sensibilité ; on la retrouve dans tous ses écrits,

(2) Id., p. 02.

['M Id., p. loi.

Maine de Biran dôdare dans une noie du Spnond .Mémoire que son Iravnij ('lall presque entièrement achevé lorsqu'il eut ronnaissanrc des l'ilétnenis d'idéologie mais il avait eu connaissance du .Mémoire sur V analyse de la pensée .

INTRODrCTIOK DE L'h'.DITEUR IXIII

l'Ile nVsl nulle part ailirmi-c plus cxplicilcmfnl qm* dans les \ourr(iu.r essais // tiii//iroiin/i)f/ir.

Si ilans l'explication (les tlillérents »''lals de sensibilit»', et de tout ce qiiil y a de passif dans la pensi'-e, il se rallie aux idt-es de Calianis et de liarlliez, c'est du Mi'nioire de de Tracy sur \'Ana/i/se f/i- la favnllr di' penser (|u"il s'inspire, dans ■> i conceplion des opérations intellectuelles.

" I/idéologie,dif de 7'rarijau ilébutde son Mémoire, me paraît se partager en physiologique et rationnelle, la première très curieuse, exigeant de vastes connaissances, mais ne pouvant guère, dans l'état actuel des lumières, se promiîttre d'au très résultats de ses plus grands elTortsciue la destruction de heaucoup d'erreurs et l'établissement de quelques vérités précieuses, mais encore éparscs et peu liées entre elles; la seconde l'idéologie rationnelle, exigeant moins de science, ayant peut-être moins de diflicult '", mais possédant des faits sullisamment liés et ne songeant qu'à leurs conséquences, a l'avantage d être susceptible d'applirîations plus directes et de former déjà un système complet, (l'est à celle-là que je me borne (1) ».

Disciple de Condillac, s'il reconnaît avec lui que la sensibilité est l'originede toutes nos idées et de toutes les opérations de la pensée, il admet cependant une soile de sens de l'activité, qui aurait la faculté de percevoir le mouvement. Il rattache à ce sens les facultés qui composent les opérations pro- [)remenl intellectuelles de la pensée, comme Cabanis rattachait au sens organique le plaisir et la douleur, les diverses déterminations de la sensibilité, de le'le sorte qu'on voit la doctrine de Condillac se développer chez ses disciples dans des voies que le maître n'avait pas prévues et qui devaient conduire à des résultats plus imprévisibles encore, puisque le septième

(I) Mémoires île l'Institut iiatiomU des sricnres morales et /)olili«/ues, p. '.Wi.

XXIV ŒUVRES DE MAIXE DE BIRAX

sens découvert pardeTracy, allait devenir, chez Maine de Biran, le sens de la liberté et le principe de toutes les opérations de l'enlendement.

Dans la première partie de son Mémoire, de Tracy montre que ce n'est pas au sens du toucher, comme l'avait cru Condillac, que nous devons la connaissance des corps, mais à la faculté de mouvoir. Cette faculté, dit de Trac}', que pour abréger je nommerai la motilité, est le seul lien entre le moi et l'univers sensible (I ). F^lle est pour ainsi dire, à elle seule, une moitié de notre faculté générale de sentir dont tous nos sens réunis composent l'autre moitié (2). L'idée de corps n'est d'abord pour nous que l'idée d'obstacle ù laquelle nous joignons ensuite celle de toutes les sensations que cet obstacle nous envoie. Si ce corps n'existait pas, je pourrais continuer à me mouvoir. Alors de ce qui ne m'empêche pas de me mouvoir et de ce qui m'en empêche, de rien et du corps, j'abstrais l'idée générale (ïespnce. Je ra;^pelle vide si je ne trouve rien ; et plein, si je trouve des-corps. . . Le mot espace est l'expression générale de tout ce qui peut ou ne peut pas être traversé par le mouvement. L'élendue d'un corps est pour nous la représentation permanente de la quantité de mouvements nécessaires pour la parcourir (.S).

Dans la seconde partie, il étudie les facultés (jui composent la faculté générale de la pensée, et il les ramène à cin(] : sensibilité, mémoire, jugement, volonté, motililé. Mais pour piîrcevoir les sensations et les souvenirs, et non seulement les ('•prouver ou se les représenter, il faut juger et le jugement primitif est celui qui accompagne la motilité. «Si l'intelligence n'avait jamais éprouvé que des modifications absolues et simples, comme sont toutes nos sensations, et par conséquent leurs souvenirs, elle n'aurait jamais pn se former la notion d'un rapport, mais par un effet admirable de, notre organisa-

t3) Id.. p. 310.

INTnoiUrcilMN- r>K I, KhlIKlR XXV

(ion, elle reroil la [xTroplion (rciïorl qui est essontidlnncnl relative, car elle est insi-paralile delà itereeption de résistance. Nous percevons le rapport de celli; sensation d'ellort avec c<N|ui lui résiste et liienlùl nous en pen-evons beaucoup fl'autrcs » (1). Nous formons l'idée fies corps étrangers en liant à la résistance, qu'ils nous opposent, toutes les aulres (jualités données par 1rs sens externes. I^a perception complète est un acte de concn-tion. (les synlhéses une fois fornn-fs. l'esprit les analyse, les compare, d par une ahslrarlion imlliu- 'lique. constitue la série ordonnt'C de nos idées alisirailcs cl U'iiérales.

Maine de lîiran reconnaît lui-même dans une note ciléepius haut, qu'il n'a guère fait que développer les premières idées de de Tracy en étudiant le rôle de l'activité motrice dans nos différentes perceptions sensibles; il lui a de même emprunté l'idée qu'il se fait de la mémoire, et des idées abstraites et générales : loutes ces opérations se référant pour lui, comme pour de Tracy, à la motilité. Sansdoule. Maine de Biran, dans ses premiers écrits, avait reconnu en nous l'existence d'une activité capal)lede modifier le cours de nos représentations et de rompre la chaîne du destin, mais il ne l'avait pas rattachée à un ordre de faits précis comme le sens musculaire, ("est à rie Tracy que revient la gloire de cette découverte, Maine de Miran en apercevra toute la signification et en développera les consé(|uences. Tandis (jue de Tracy reste tout imprégné fie la doctrine de (londillac et considère le moi comme 1 idée abstraite de la totalité des parties sentantes qui forment un ensemble, ou comme il le dit encore « des parties réunies pour sentir comme l'idée du bal est composée de personnes réunies pour danser » (2i. Maine de fiiran fera du moi une force distincte qui se manifeste à la conscience dans le sentiment de l'elTort volonfairi'.

'i'outefois, il importe de remarquer, que dans le Mhiinire

l'J) /(/.. p. 311 (noie).

sur tliahiiiirh, il ne s'en fait pas encore celte idée précise. Il toficJ à confondre le moi avec l'activité du centre cérébral, con)ine le laissent clairement entendre les deux pensées de Ch. Honnet qu'il inscrit en tète de son traité. Il est vrai qu'il est moins aflirmalif. sur ce point, dans le Second Mémoire que dans le Premier. On y relève même des expressions d'allure spiritualiste comme celle ci : « La volonté, ou pour substituer le fait à la cause, la réaction du centre, s'applique d'abord immédiatement aux organes mobiles » mais quel sens attribue-t-il au juste au mot cause? Il ne le dit nulle part avec précision. En fait, il admet dans la pensée bumaine une dualité primitive, celle de la sensibilité et de l'activité; mais il ne l'explique pas par deux principes de nature dilTérentc et contraire, l'un, organique, l'autre, hyperorganique.

L'originalité de Mainede Biran, dans son Premier Mémoire, consiste donc moins dans le fond même des idées, qu'il emprunte à Cabanis, Harthez, de Tracy, que dans leur syntbèse et l'applicalion qu'il en fait au sujet proposé par l'Institut.

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