DIVISION DES SENS EXTERNES
par un effort voulu. La possibilité de ce concours actif suppose que l'organe qui reçoit l'impression fait partie du sens de l'effort, ou rentre dans le domaine de la puissance motrice. Quoique cette force soit encore ici -ubordonnée à l'impression (non affective) d'un objet étranger, elle n'en concourt pas moins à donner à la sensation cette forme de l'un dans le multiple, à laquelle Leibnitz a rattaché le titre de perception, titre qu'il a rendu trop vague, en attribuant des perceptîons obscures aux monades dénuées de toute personnalité.
J'appellerai perception toute impression non affective à laquelle le moi participe par son action, consécutive à celle d'un objet extérieur. Le système perceptif embrassera donc tous les phénomènes qui naissent de l'action des objets sensibles, combinée avec celle d'une volonté -ubordonnée encore aux impressions qui occasionnent ou motivent son premier déploiement. Ce système comprendra aussi les phénomènes de l'ordre sensitif précédent, en tant que le moi qui y était spectateur passif pourra y prendre une part active.
L'ordre des progrès des trois systèmes, dont il vient d'être parlé, pourrait être exprimé par une sorte de proportion psychologique ainsi énoncée : L'affection simple est à la sensation, ce que celle-ci est à la perception; en observant que, comme il peut y avoir affection simple sans sensation, c'est-à-dire sans aucime participation même passive du moi, il peut y avoir sensation sans perception, c'est-à-dire sans aucune part expresse d'activité ou d'effort.
40 Le moi se trouve naturellement et indivisiblement uni avec une troisième espèce de modes éminemment actifs, qui ne peuvent ni commencer ni persister sans un acte exprès de la volonté motrice, alors même qu'ils
se réfèrent à un objet qni sert de but au vouloir ou de terme à l'effort. L'objet ou l'agent externe qui prenait l'initiative dans le système précédent, se trouve ici subordonné à son toiu", puisque son impression n'est que consécutive à l'action que la volonté détermine. Les modes actifs dont il s'agit sont de nature homogène avec celui dans lequel se trouve primitivement constituée notre personnalité. Ils ne sont donc qu'une extension de l'effort voulu, appliqué à des résistances étrangères, ou à des actes dont les résultats ou effets sensibles sont parfaitement distincts, dans la conscience, de la cause ou force agissante qui les produit. C'est là un caractère bien remarquable qui sert à différencier ce système du précédent, où le sentiment individuel de la cause, . moi, demeure toujours enveloppé dans la perception.
J'appellerai aperception toute impression oii le moi peut se reconnaître comme cause productive, en se distinguant de l'effet sensible que son action détermine. C'est ici que s'applique parfaitement la définition de Leibnitz : Aperceptio est perceptio cum reflexione conjuncta. En effet, tant que la volonté est subordonnée à une impression étrangère, le moi peut ignorer la part qu'il y prend, cette part active se confondant avec celle de l'objet ou de la cause extérieure qui prédomine. Aussi l'attention commandée, la plus active en apparence, exclut-elle la réflexion ou l'aperception interne de l'action ou du sujet qui l'exerce. Mais, lorsque la volonté a l'initiative sur les impressions et se commande elle-même, le moi ne peut méconnaître sa propre causalité. Il a l'aperception immédiate de la cause qui est lui, en même temps que l'intuition de l'effet ou du résultat sensible, qui vient de lui ou de son effort. L'acte de réflexion se