‹ uvres de Maine de BiranChapitre 29 sur 63 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

]l APPORT DES DIFFÉRENTES ESPÈCES DE PERCEPTIONS AVEC L'ATTENTION

I. — CÎOMMENT L'ATTÊXTIOK S'APPLIQTJE AtJX ObÊURS ET AUX SAVBtJBS

Si on considère, ainsi que nous l'avons fait d'abord, les in-emières sensations d'odeur et de saveur comme purement affectives et liées immédiatenjent à la vie «iiimale, à l'instinct nutritif et conservateur, elles ne

■nnent lieu à aucun exercice de l'attention, et sont plus pi"opres à empêcher qu'à favoriser le déploiement de cette faculté active. Mais, hors des limites de l'instinct, lorsque la première susceptibilité des organes de latten-

tn est émoussée par l'habitude, ces impressions, se •uvant plus ou moins dénuées du caractère excitatif,

approprient jusqu'à un ceilain point à la perc*eptibilité, rentrent indirectement dans le système de la con-

iissance, qui pourrait néanmoins être complet sans les nlmettre. On pourrait supposer, par exemple, une manière dodorer tout à fait active, ou telle qu'aucune sensation de cett« espèce ne pût commencer sabs lin effort d'inspiration volontaire, élevé au-dessus du ton naturel de la i-espiration ordinaire, qui est instinctive

et continue depuis rorigine jusqu'à la fin de la vie, mais qu'il dépend de la volonté de modifier de plusieurs manières. Dans cet état, l'individu pourrait donner une attention bien particulière aux odeurs comme résultats d'actions ou de mouvements disponibles. Il pourrait distinguer ces mouvements des impressions qui les accompagneraient ou les suivraient, les instituer signes volontaires et s'en faire une sorte de langage, comme avec les signes oraux dont nous parlerons bientôt, s'en servir comme de moyens pour communiquer avec lui-même, comparer, rappeler, réfléchir, exercer enfin ses facultés factives. Mais, sans nous arrêter à une hypothèse qui nous fournirait, pour assigner l'origine et la génération des facultés actives, une base aussi solide que l'hypothèse de la statue odorante d'où Condillac a pu déduire toutes les facultés passives, nous nous bornerons à faire remarquer qu'il y a des impressions d'odeur très peu affectives, qui ne font presque aucune impression sensible sur l'organe, et ne sont perçues que de la manière la plus obscure, tant qu'elles se lient au ton naturel de la respiration. Si ce ton s'élève par une action directe et expresse de la volonté, la sensation sort de son obscurité, et l'individu concourt ainsi à se modifier luimême par une action dont il dispose Cette participation active et volontaire est expressément distinguée dans le langage ordinaire, par le verbe flairer, qui dit plus que sentir, et auquel tout le monde attache aussi une signification vraiment active.

L'action de flairer est l'attention même donnée aux odeurs ; cette attention n'est pas subordonnée à la vivacité de l'impression sensible. Au contraire, l'impression, sinon plus vive, du moins plus distincte, dépend de l'exercice de l'attention, qui s'applique ici à accroître

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