‹ uvres de Maine de BiranChapitre 4 sur 63 · CHAPITRE PREMIER DES AFFECTIONS SIMPLES ET DE LEURS CARACTÈRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER DES AFFECTIONS SIMPLES ET DE LEURS CARACTÈRES

On pourrait chercher à définir Vaffection simple, en disant que c'est ce qui reste d'une sensation complète, quand on en sépare V individucdiié personnelle ou le moi, et avec lui toute forme de temps et d'espace, ijour me servir de l'expression des Kantistes, tout sentiment de causalité externe ou interne; ou, dans le langage de Locke, quand l'idée de sensation se trouve réduite à la simple sensation, sans idée d'aucune espèce; ou enfin, dans le point de vue de Condillac, quand la statue devient sensation, sans être encore rien de plus.

Mais ce n'est point ici une abstraction, une vaine hyi)othèse que nous voulons exprimer sous le titre d'affection ; c'est un mode positif et complet dans son genre, qui a formé dans l'origine notre existence tout entière, et qui constitue celle d'une multitude d'êtres vivants, de l'état desquels nous nous rapprochons, toutes les fois que notre

nature intellectuelle s'affaiblit ou se dégrade; que la pensée sommeille; que la volonté est nulle; que le moi est comme absorbé dans les impressions sensibles ; que la personne morale n'existe plus; toutes les fois enfin que notre nature, mixte, double dans l'humanité, redevient simple dans la vitalité.

Nous avons reconnu l'origine de la personnalité individuelle ou du mx)i ; du moins, nous avons vu qu'il pouvait et devait y avoir une telle origine ; nous verrons aussi qu'il y a une époque dans l'existence absolue où le moi vient s'associer aux affections qui ont précédé sa naissance ; mais, quant à l'origine de l'affection simple, pour la connaître, il faudrait remonter à la formation ou au premier développement du germe organisé vivant, car, commencer à vivre, c'est commencer à recevoir des impressions, à en être affecté et à réagir en conséquence.

Leibnitz considère le corps d'un animal comme une substance {unum per accidens) composée d'une infinité de monades, à chacune desquelles il attribue des perceptions obscures (sans aperception). Suivant lui, la substance simple ou la monade centrale représente ce qui se passe dans le corps, d'une manière harmonique aux affections qu'éprouvent les monades composantes. En écartant ce qu'il y a d'absolu dans ce système, on conçoit que les affections propres aux monades composantes ou éléments sensibles, peuvent avoir lieu sans être représentées ou aperçues par la monade centrale, qui fait le moi ou principe d'unicité.

C'est à peu près dans le même point de vue que Buffon a attribué aux molécules organiques, coordonnées dans le système animal, des espèces de sensations matérielles, étrangères à la pensée ou au moi. D'autres philosophes, qu'on appelle matérialistes, sans donner à cette épi-

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