DES AFFECTIONS SIMPLES
thète aucun sens déterminé, admettent aussi une matière vivante, aux éléments de laquelle ils attribuent, même en dehors de toute coordination en système, des espèces d'affections vagues ou confuses (1).
Bacon dit lui-même que la perception est partout {ubique denique est perceptio). Charles Bonnet, enfin, incline fortement à penser que la faculté de sentir, ou d'être affecté par des impressions, s'étend à des degrés plus bas que tous ceux que nous imaginons et que les plantes mêmes ont leur manière de sentir ou de jouir de l'existence.
C'est donc peut-être en effet jusqu'au germe organisé, jusqu'au point vivant qu'il faudrait remonter, pour atteindre les limites ou l'origine de cette capacité réceptive des affections les plus simples. Le développement de ce germe, ou la coordination de tous les points vivants en im seul système sensitif, solidaire dans toutes ses parties, qui constitue l'animal, ne fait que réunir et confondre, pour ainsi dire, une multitude de vies dans une seule vie, ou une multitude d'affections composantes en une seule résultante.
Considérons ici de cette manière l'être sensitif comme agrégat, caractérisé par Leibnitz unum per accidens^ et faisons abstraction de ce qui peut constituer la véritable unité individuelle {unum per se), qui n'a aucun rapport avec la première (2). Nous trouverons, dans chaque impression faite sur un organe particulier, deux
(1) Voyez, dans les Pensées sur rinterpréiation de la Tiatvre de Diderot, l'opinioii du docteur Baumann.
(2) Une conséquence nécessaire de la doctrine qui part de la sensation affective comme du principe générateiir de la connaissance, est de considérer le moi comme une sorte d'unité collective, ou comme la résultante de sensations partielles : point de vue absolument opposé au fait de conscience.
circonstances élémentaires auxquelles nous devrons avoir égard, savoir : 1° l'affection immédiate et partielle de l'organe, ou la modification qu'en éprouve sa vie propre ; 2° l'affection générale ou la modification résultante de tout le système sensitif .
Supposons d'abord que tout est en équilibre dans ce système, c'est-à-dire qu'il n'y a point actuellement de cause externe d'impression nouvelle, qu'aucune affection particulière ne prédomine, et que toutes se confondent, pour ainsi dire, en une seule affection générale; il ne pourra y avoir alors qu'un sentiment vague d'une sorte d'existence intérieure que nous pourrions appeler impersonnelle, puisqu'il n'y a point encore de personne ou de vrioi capable d'apercevoir ou de connaître. C'est là l'état où doit se trouver la statue dans l'hypothèse de Condillac, avant d'avoir été impressionnée du dehors, et par ime cause particulière, telle que l'odeur de la rose. L'auteur du Traité des sensations devait au moins présupposer cette vie générale et l'espèce de sentiment confus qui s'y lie, car autrement il n'y aurait pas d'impression reçue et sentie; la statue ne pourrait devenir odeur comme être sentant, si elle n'était pas déjà quelque chose audedans d'elle-même comme être vivant.
Si nous modifions actuellement ce sentiment général par une impression quelconque interne, ou externe (il importe peu, puisque dans l'état supposé il n'y a pour l'être sensitif ni dehors ni dedans), cette impression devra affecter d'abord immédiatement l'organe qui la reçoit ; mais comme rien ne se localise pour l'être sensitif qui n'a pas encore mu ou agi (1), l'effet local de l'impression tendra à se confondre entièrement dans l'affection
(1) Voyez l'exemple du paralytique de M. Bégis, cité dans la première partie de l'ouvrage.