‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 104 sur 415 · LIVRE DEUXIEME. fS · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME. fS

En huitième lieu, parce que lorsqu'on estime une opinion nouvelle et un auteur du temps, il semble que leur gloire efface la nôtre, à cause qu'elle en est trop proche ; mais on ne craint rien de pareil de l'honneur qu'on rend aux anciens.

En neuvième lieu, parce que la vérité et la nouveauté ne peuvent pas se trouver ensemble dans les choses de la foi ; car les hommes ne voulant pas faire de discernement entre les vérités qui dépendent de la raison et celles qui dépendent de la tradition, ne considèrent pas qu'on doit les apprendre d'une manière toute différente : ils confondent la nouveauté avec Terreur et l'antiquité avec la vérité. Luther, Calvin et les autres ont innové, et ils ont erré. Donc Galilée, Uarvey, Descartes se trompent dans ce qu'ils disent de nouveau. L'impanation de Luther est nouvelle, et elle est fausse : donc la circulation d'Harvey est fausse, puisqu'elle est nouvelle. G*est pour cela aussi qu'il» appellent indifiéremment du nom odieux de novateurs les hérétiques et les nouveaux philosophes. Les idées et les mots de venté et d'antiquité, de fausstté et de nouveauté, ont été liés les uns avec les autres : c'en est fait. Je commun des hommes ne les sépare plus, et les gens d'esprit sentent même quelque peine à les bien séparer.

En dixième lieu, parce qu'on est dans un temps auquel la science des opinions anciennes est encore en vogue, et qu'il n'y a que ceux qui font usage de leur esprit qui puissent, par la force de leur raison, se mettre au-dessus des méchantes coutumes. Quand on est dans la presse et dans la foule, il est difficile de ne pas céder au torrent qui nous emporte.

En dernier lieu, parce que les hommes n'agissent que par intérêt; et c'est ce qui fait que ceux mêmes qui se détrompent et qui reconnaissent la vanité de

no RECHERCHE DE LA VÉRITÉ.

ces sortes d'études ne laissent pas de s'y appliquer, parce que les honneurs, les dignités et môme les bénéfices y sont attachés, et que ceux qui y excellent les ont toujours plutôt que ceux qui les ignorent.

Toutes ces raisons font, ce me semble, assez comprendre pourquoi les hommes suivent aveuglément les opinions anciennes comme vraies, et pourquoi ils rejettent sans discernement toutes les nouvelles comme fausses; enfin pourquoi ils ne font point, ou presque point d'usage de leur e3prit. Il y a sans doute encore un fort grand nombre d'autres raisons plus particulières qui contribuent à cela; mais si Ton considère avec attention celles que nous avons rapportées, on n'aura pas sujet d'être surpris de voir l'entêtement de certaines gens pour l'autorité des anciens.

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