‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 143 sur 415 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

proportion! Combien forme-t-on de questions quine $e résoudront jamais sur ce sujet et sur beaucoup d*autrès qui renrerment quelque chose d'inûni, desquelles on veut trouver la solution dans son esprit! On s'y applique, on s'y échauffe, mais enfin tout ce que l'on y gagne c'est que l'on s'entête de quelque extravagance et de quelque erreur.

N'est-ce pas une chose plaisante de voir des gens qui nient la divisibilité de la matière à l'infini pour cela seul qu'ils ne la peuvent comprendre, quoiqu'ils comprennent fort bien les démonstrations qui la prouvent, et cela dans le même temps qu'ils confessent de bouche que l'esprit de l'homme ne peut connaître l'infini ? Car les preuves qui montrent que la matière est divisible à l'infini sont démonstratives s*il en fut jamais : ils en conviennent quand ils les considèrent avec attention ; néanmoins, si on leur fait des objections qu'ils ne puissent résoudre, leur esprit se détournait de l'évidence qu'ils viennent d'apercevoir, ils commencent d'en douter. Ils s'occupent fortement de l'objeclion qu'ils ne peuvent résoudre, ils inventent quelque distinction frivole contre les démonstrations de la divisibilité à l'infini, et ils concluent enfin qu'ils s'y étaient trompés et que tout le monde s'y trompe. Ils embrassent ensuite l'opinion contraire ; ils la défendent par des points enflés et par d'autres extravagances que l'imagination ne manque jamais de foui^nir. Or ils ne tombent dans ces égarements que parce qu'ils ne sont pas intérieurement convaincus que l'esprit de l'homme est fini, et que pour être persuadé de la divisibilité de la matière à l'infini il n'est pas nécessaire qu'il la comprenne,.parce que toutes les objections qu'on ne peut résoudre qu'en la comprenant sont des objections qu'il est impossible de résoudre.

Si les hommes ne s'arrêtaient qu'à de pareilles ques-

35i RECIIGBCnE DE LA VÉRITÉ.

lions, on n'aurait pas sujet de s'en mettre beaucoup en peine; parce que s'il y en a quelques-uns qui se préoccupent de quelques erreurs, ce sont des erreurs de peu de conséquence. Pour les autres, ils n'ont pas tout à lait perdu leur temps en pensant à des choses qu'ils n'ont pu comprendre ; car ils se sont au moins convaincus de la Taiblesse de leur espril. Il est bon, dit un auteur fort judicieux ^, de fatiguer l'esprit à ces sortes de subtilités, afin de dompter sa présomption et lui ôler La hardiesse d'opposer jamais ses faibles lumières aux vérités que l'Église lui propose, sous prétexte qu'il ne les peut pas comprendre. Car puisque toute la vigueur de l'esprit des hommes est contrainte de succomber au plus petit atome de la matière et d'avouer qu'il voit «clairement qu'il est infiniment divisible sans pouvoir comprendre comment cela se peut faire; n'est-ce pas pécher visiblement contre la raison que de refuser de croire les effets merveilleux de la toute-puissance de Dieu, qui est d'elle-même incompréhensible, par celte raison que notre esprit ne les peut comprendre ?

III. L'effet donc le plus dangereux que produit l'i* gnorance ou plutôt l'inadvertance où l'on est de la limitation et de la faiblesse de l'esprit de l'homme, et par conséquent de son incapacité pour comprendre tout ce qui tient quelque chose de l'infini, c'est l'hérésie. Il se trouve, ce me semble, en ce temps-ci plus qu'en

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