‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 145 sur 415 · LIVRE THOISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE THOISIÈME

lement contre le mystère de la Trinité sont si fortes qu'il n'est pas possible d'en donner des solutions claires, évidentes, et qui ne choquent en rien notre faible raison, parce qu'en eflet ces mystères sont incompréhensibles.

Le meilleur moyen de convertir les hérétiques n'est donc pas de les accoutumer à faire usage de leur esprit en ne leur apportant que des arguments incertains tirés de la philosophie, parce que les vérités dont on veut les instruirîf ne sont pas soumises à la raison. Il n'est pas même toujours à propos de se servir de ces raisonnements dans des vérités qui peuvent être prouvées par la raison aussi bien que par la tradition, comme l'immortalité de Tâmc, le péché originel, la nécessité de la grâce, le désordre de la nature, et quelques autres, de peur que leur esprit, ayant une fois goûté l'évidence des raisons dans ces questions, ne veuille point se soumettre à celles qui ne se peuvent prouver que par la tradition. Il faut, au contraire, les obliger à se délier de leur esprit propre en leur faisant sentir sa faiblesse, sa limitation et sa disproportion avec nos mystères ; et quand l'orgueil de leur esprit sera abattu, alors il sera facile de les faire entrer dans les sentiments de l'Église en leur représentant que Tinfaillibilité est renfermée dans l'idée de toute société divine, et en leur expliquant la tradition de tous les siècles s'ils en sont capables*.

Page 1