‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 154 sur 415 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

I. (^c^ <|u'o!i entend par idées. Qu'elles existent véritablement, et <iu*e]le8 sont nécessaires pour aperce voir tous les objets matériels. — II. Division de toutes les manièi*es par les(|uelles on peut voir \e8 objets de dehors.

L Je crois que tout le raonde tombe d'accord que nous o'apercevons point les objets q(ii sont bors de nous ^^ .^"^"^'^^mes. Nous voyons le soleil, les étoiles et anemûDiié d'objets hors de nous ; et il n'est pas vraisemblablB q^^ j'^n^e sorte du corps et qu'elle aille, q<Ktt aiDsi (jîpg^ g^ promener dans les cieux pour y coDtempletr tous ces objets. Elle ne les voit donc point

37 4 BECUERCUE DE LA \ÉRI1^.

quelque objet, il est absolument nécessaire que l'idée i de cet objet lui soit actuellement présente, il n'est pas possible d'en douler ; mais il n'est pas nécessaire qu'il y ait au dehors quelque chose de semblable à cette idée, car il arrive très-souvent que l'on aperçoit des choses qui ne sont point, et qui même n'ont jamais été. Ainsi Ton a souvent dans l'esprit des idées réelles de choses qui ne furent jamais. Lorsqu'un homme, par exemple, imagine une montagne d'or, il est absolument nécessaire que l'idée de cette montagne soit réellement présente à son esprit. Lorsqu'un fou ou un homme qui a la fièvre chaude ou qui dort, voit devant ses jeux quelque animal, il est constant que l'idée de cet animal existe véritablement; mais cette montagne d'or et cet animal ne furent jamais.

Cependant, les hommes étant comme naturellement portés à croire qu'il n'y a que les objets corporels qui existent, ils jugent de la réalité et de l'existence des choses tout autrement qu'ils devraient; car qu'ils sentent un objet, ils veulent qu'il soit très-certain que cet objet existe, quoiqu'il arrive souvent qu'il n'y ait rien au dehors. Ils veulent, outre cela, que cet objet soit tout de même comme ils le voient, ce qui n'arrive jamais. Mais pour l'idée, qui existe nécessairement et qui ne peut être autre qu'on la voit, ils jugent d'ordinaire sans réflexion que ce n'est rien ; comme si les idées n'avaient pas un fort grand nombre de propriétés, comme si l'idée d'un carré, par exemple, n'était pas bien différente de celle de quelque nombre et ne représentait pas des choses tout à fait différentes : ce qui ne peut jamais arriver au néant, puisque le néant n'a aucune propriété. Il est donc indubitable que les idées ont une existence très-réelle. Mais examinons quelle est leur nature et leur essence, et voyons ce qui peut être dans l'âme capable de lui représenter toutes choses.

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