‹ Œuvres de Malebranche (volume 2)Chapitre 156 sur 415 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

peuvent s'unir à notre âme de la façon qui lui est nécessaire afin qu'elle les aperçoive ; parce qu'étant étendues, et l'âme ne l'étant pas, il n'y a point de rapports entre elles. Outre que nos âmes ne sortent point du corps pour mesurer la grandeur des cieux, et par conséquent elles ne peuvent voir les corps de dehors que par des idée^qui les représentent. C'est de quoi tout le monde doit tomber d'accord.

II. Nous assurons donc qu'il est absolument nécessaire que les idées que nous avons des corps et de tous les autres objets que nous n'apercevons point par euxmêmes, viennent de ces mêmes corps ou de ces ob jets ; ou bien que notre âme ait la puissance de produire ces idées, ou que Dieu* les ait produites avec elle en la créant, ou qu'il les produise toutes les fois qu'on pense à quelque objet, ou que l'âme ait en elle-même toutes les perfections qu'elle voit dans ces corps, ou enfin qu'elle soit unie avec un êlre tout parfait, et qui renferme généralement toutes les perfections intelligibles ou toutes les idées des êtres créés.

Nous ne saurions voir les objets que de l'ime de ces manières. Examinons quelle est celle qui paraît la plus vraisemblable de toutes sans préoccupalion, et sans nous effrayer de la difficulté de cette question. Peutêtre que nous la résoudrons assez clairement, quoique nous ne prétendions pas donner ici des démonstrations incontestables pour toutes sortes de personnes; mais seulement des preuves très-convaincantes pour ceux au moins qui les méditeront avec une attention sérieuse ; car on passerait peut-être pour téméraire, si l'on parlait autrement.

chapitkl: Il

Que les objeu matériels n 'envoient point d'espèces qui leur resbcmbient.

La plus commune opinion est celle des péripatéticiens, qui prétendent que les objets de dehors envoient des espèces qui leur ressemblent, et que ces espèces sont portées par les sens extérieurs jusqu'au sens commun; ils appellent ces espèces-là impresses, parce que les objets les impriment dans les sens extérieurs. Ces espèces impresses étant matérielles et sensibles, sont rendues intelligibles par Vintellect agent ou agissant, et sont propres pour être reçues dans Vintellect patient. Ces espèces ainsi spiritualisées sont appelées espèces expresses, parce qu'elles sont exprimées des impresses; et c'est par elles que Vintellect patient connaît toutes les choses matérielles.

On ne s'arrête pas à expliquer plus au long ces belles choses et les diverses manières dont différents philosophes les conçoivent, car, quoiqu'ils ne conviennent pas dans le nombre des facultés qu'ils attribuent au sens intérieur et à l'entendement, et même qu'il y en ait beaucoup qui doutent fort qu'ils aient besoin d'un intellect agent ^owv connaître les objets sensibles; cependant ils conviennent presque tous que les objets de dehorseuvoient des espèces ou des images qui leur ressemblent, et ce n'est que sur ce fondement qu'ils multiplient leurs

Page 1