LIVRE TROISIEME. H
facultés el qu'ils défendent leur intellect agenl. De sorte que ce fondement n'ayant aucune solidité, comme on le va faire voir, il n'est pas nécessaire de s'arrêter davantage à renverser tout ce qu'on a bâti dessus.
On assure donc qu'il n'est pas vraisemblable que les objets envoient des images ou 4es espèces qui leur ressemblent; de quoi voici quelques raisons. La première se tire de l'impénétrabilité des corps. Tous les objets, comme le soleil, les étoiles et tous ceux qui sont proches de nos yeux, ne peuvent pas envoyer des espèces qui soient d'autre nature qu'eux; c'est pourquoi les philosophes disent ordinairement que ces espèces sont grossières et matérielles, à la différence des espèces expresses, qui sont spiritualisées. Ces espèces impresses des objets sont donc de petits corps : elles ne peuvent donc pas se pénétrer, ni tous les espaces qui sont depuis la terre jusqu'au ciel, lesquels en doivent être tous remplis. D'où il est facile de conclure qu'elles devraient se froisser et se briser, les unes allant d'un côté et les autres de l'autre, et qu'ainsi elles ne peuvent rendre les objets visibles.
Deplus,onpeutvoird'unmêmeendroit ou d'un même point un très-grand nombre d'objets qui sont dans le ciel et sur la terre, donc il faudrait que les espèces de tous ces corps se pussent réduire en un point. Or elles sontimpénétrables,puisqu'ellessontétendues:donc,etc.
Mais non-seulement on peut voir d'un même point un très-grand nombre de très-grands et de très-vastes objets ; il n'y a même aucun point dans tous ces grands espaces du monde d'où on ne puisse découvrir un nombre presqueinfini d'objets, et même d'objets aussi grands que le soleil, la lune et les cieux. Il n'y a donc aucun point * dans tout le monde où les espèces de toutes ces
* Si l'on veut savoir comment toutcîs les impressions des objets
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choses ne se dussent rencontrer ; ce qui est contre loule apparence de vérité.
La seconde raison se prend du changement qui arrive dans les espèces. Il est constant que plus un objet est proche, plus l'espèce en doit être grande, puisque nous voyons l'objet plus grand. Or, on ne voit pas ce qui peut faire que cette espèce diminue et ce que peuvent devenir les parties qui la composaient lorsqu'elle était plus grande. Mais ce qui est encore plus difficile à concevoir selon leur sentiment, c'est que si on regarde cet objet avec des lunettes d'approche ou un microscope, l'espèce devient tout d'un coup cinq ou six cents fois plus grande qu'elle n'était auparavant; car on voit encore moins de quelles parties elle peut s'accroître si fort en un instanf.
La troisième raison, c'est que quand on regarde un cube parfait, toutes les espèces de ses côtés sont inégales, et néanmoins on ne laisse pas de voir tous ses côtés également carrés. Et de même lorsque l'on considère dans un tableau des ovales et des parallélogrammes qui ne peuvent envoyer que des espèces de sem blable figure, on n'y voit cependant que des cercles et des carrés. Gela fait manifestement voir qu'il n'est pas nécessaire que l'objet que l'on regarde produise, afin qu'on le voie, des espèces qui lui soient semblables.
Enfin on ne peut pas concevoir comment il se peut faire qu'un corps qui ne diminue point sensiblement envoie toujours hors de soi des espèces de tous côtés, qu'il en remplisse continuellement de fort grands espaces tout à l'entour, et cela avec une vitesse inconcevable ; car un objet étant caché, dans l'instant qu'il se dévisibles, quoique opposées, se peuvent communiquer sans s'affaiblir» on peut lire la Dioptrique de M. Descartes, et V Éclaircissement sur le quatrième ch. de la deuxième part, du sixième liv., qui traite de la lumière et def» couleurs. On le trouvera à la fin de ce liv.