LIVRE TROISIEME
Ainsi il ne faut pas s'étonner s'ils tombent dans un nombre infini d'erreurs et s'ils font souvent des jugements assez incertains.
lY. Les hommes, par exemple, n'ont point d'autres idées de substance que celle de l'esprit et du corps, c'est-à-dire d'une substance qui pense et d'une substance étendue. Et de là ils prétendent avoir droit de conclure que tout ce qui existe esi corps ou esprit. Ce n'est pas que je prétende assurer qu'il y ait quelque substance qui ne soit ni corps ni esprit ; car oi^ ne doit pas assurer que des choses existent lorsqu'on n'en a point de connaissance; puisqu'il semble que Dieu, qui ne nous cache point ses ouvrages, nous en aurait donné quelque idée. Cependant, je croîs qu'on ne doit rien déterminer touchant le n^mbre«des genres d'êtres que Dieu a créés, par les idées que Ton en a, puisqu*il se peut absolument faire que Dieu ait des raisons de nous les cacher que nous ne sachions pas ; quand ce ne serait qu'à cause que, ces êtres n'ayant aucun rapport à nous, il nous serait assez inutile de les connaître : de même qu'il ne nous a pas donné des yeux assez bons pour compter les dents d'un ciron, parce qu'il est assez inutile pour la conservation de notre, corps que nous ayons la vue si perçante .
Mais, quoique l'on ne pense pas devoir juger avec précipitation que tous les êtres soient esprits ou corps; on croit cependant qu'il est tout à Mi contre la raison que des philosophes, pour expliquer les effets naturels, se servent d'autres idées que de celles qui dépendent de la pensée et de l'étendue, puisqu'en effet ce sont les seules que nous ayons qui soient distinctes ou particulières.
Il n'y a rien de si déraisonnable que de s'imaginer une infinité d'êtres sur de simples idées de logique, do leur attribuer une infinité de propriétés, et de vouloir